Vie des partis

Guinée équatoriale : Obiang veut dialoguer, l’opposition pose ses conditions

Le président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema à Harare, lors d'une rencontre avec son homologue zimbabwéen Emmerson Mnangagwa, le 24 mai 2018. © REUTERS/Philimon Bulawayo

Le chef de l'État s'est exprimé à la télévision nationale, lundi 11 juin, pour inviter tous les opposants à une table ronde en juillet. Un décret est paru précisant les conditions de cette offre de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. L'opposition en exil pose ses conditions.

Coup de bluff ou réelle ouverture ? Le président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo a pour la sixième fois en presque quarante ans de pouvoir proposé un dialogue national à l’ensemble de l’opposition, y compris celle en exil. Cette dernière a été appelée à « rentrer » au « pays qui les a vu naître ».

« Nous envoyons notre invitation au dialogue national à tous les Équato-guinéens dispersés dans la diaspora pour des raisons politiques, pour certains délits politiques, afin de rentrer », a-t-il lancé le 11 juin sur la télévision nationale.

« Atteinte à l’harmonie »

Selon un décret publié dans la nuit du 13 au 14 juin, « la VIe Table de dialogue national entre le gouvernement, les institutions publiques, les partis politiques légalisés, les dirigeants politiques et les activistes et la société civile en Guinée équatoriale est convoquée du 16 au 21 juillet 2018 ». Le texte indique que « malgré tous les efforts et l’atmosphère de paix et de stabilité interne que connaît la République de Guinée équatoriale, il y a encore des attitudes et des comportements de citoyens en intelligence avec des puissances étrangères qui prennent des mesures qui portent atteinte à la paix et à l’harmonie. »

Et de faire référence au coup d’État déjoué à Noël dernier , aux « plans d’invasion de mercenaires organisés depuis l’étranger contre la République de Guinée Equatoriale [qui] auraient pu conduire le pays à une escalade de violence aux conséquences imprévisibles s’il avait prospéré ».

Pour cette table ronde, « le gouvernement de la République adoptera toutes les mesures politiques, juridiques, administratives, sociales et humanitaires pour faciliter la participation de tous les acteurs politiques exilés à l’étranger », poursuit le décret.

L’opposition en exil pose ses conditions

Malgré cela, l’opposition reste dubitative, comme en 2014, lorsque la même initiative avait eu lieu. Pour Salomon Abeso, leader de la principale coalition de partis en exil, la Cored, « nous allons poser nos conditions, et si le président ne les acceptent pas, nous n’irons pas », a-t-il expliqué à Jeune Afrique.

Parmi celles-ci figurent la libération des prisonniers politiques (estimés par la Cored à 120) ; la présence de médias internationaux, et d’observateurs de l’Union européenne, de l’Union africaine, et de l’Onu ; ainsi que la présence de diplomates américains, français et espagnols, principaux partenaires commerciaux du pays.

Tout comme l’opposant historique Severo Moto Nsa, exilé en Espagne et dont le Parti du progrès a rejoint la Cored, Salomon Abeso a toutes les raisons de craindre pour sa sécurité. Le premier a été condamné à 160 ans de prison pour une tentative de coup d’État (le célèbre « Wonga coup » de 2004 du mercenaire Simon Mann) et a expliqué à RFI : « Le président Obiang ne manque pas de me le rappeler chaque fois que je lui écris pour lui demander un dialogue national ». Obiang Nguema avait lui de son côté expliqué à Jeune Afrique, en 2016, que Severo Moto Nsa pouvait « rentrer quand il veut, il bénéficie d’une amnistie ».

Quid de l’opposition intérieure ?

Toutes ces précautions sont insuffisantes pour rassurer l’opposant qui, par ailleurs, n’a plus de réelle base au pays. Salomon Abeso quant à lui est au cœur de l’enquête sur le coup d’État de Noël, soupçonné par les enquêteurs équato-guinéens d’en être l’un des cerveaux, ce qu’il a toujours nié.

L’enjeu de ce dialogue sera donc aussi de convaincre l’opposition intérieure de s’asseoir autour de la table, même si beaucoup de partis sont acquis au Parti démocratique de guinée équatoriale (PDGE, au pouvoir).

La Convergence pour la démocratie sociale (CPDS), qui a longtemps eu le seul député de l’opposition « réelle » au sein de l’Assemblée, jusqu’en 2017, avait refusé d’y participer en 2014. Le Citoyen pour l’innovation (CI), qui avait remporté un siège lors des législatives de novembre dernier, a été dissout en début d’année, après le coup de Noël, et son député, Jesus Mitogo Mitogo Andeme, emprisonné. Le leader du CI, Gabriel Nse Obiang, a multiplié les recours pour annuler l’interdiction de sa formation. L’affaire est désormais devant la Cour constitutionnelle.

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