Économie

Gabon : pourquoi l’agence Moody’s a dégradé la note du pays

Vue de Libreville © Tiphaine Saint-Criq pour JA

L'agence de notation justifie l'abaissement de la note souveraine du pays - de B3 à Caa1 - par la récurrence des retards de paiements de l'État, soulignant ses difficultés de trésorerie et ses faiblesses institutionnelles.

Moody’s a dégradé le 8 juin dernier la note souveraine de l’État gabonais de B3 à Caa1 et a fait passer les perspectives de « négatives » à « stables ». Selon la définition de l’institution, « les obligations notées Caa sont considérées de mauvaise qualité et présentent un risque de crédit très élevé ». L’agence de notation justifie cette dégradation par le fait que le gouvernement a des retards de paiements récurrents auprès de ses créanciers et de ses fournisseurs.

Cette situation démontre le renforcement des difficultés de trésorerie que connait l’État gabonais et souligne ses faiblesses institutionnelles, selon Moody’s. Les arriérés aux créditeurs, qu’ils soient auprès des préteurs bilatéraux et multilatéraux ou des banques commerciales sont estimés par Moody’s à 2 % du PIB à la fin du mois de mars 2018.

 L’accumulation d’importants retards de paiements reflète de la faible capacité institutionnelle du Gabon

Bien que l’Etat ait réglé ses arriérés aux bailleurs internationaux à la fin 2017, un peu avant la première revue du FMI, dans la cadre de l’accord élargi de crédit de 642 millions d’euros sur trois ans, il a récemment commencé à accumuler les retards de paiements.

De plus, les difficultés à lever des recettes publiques non-pétrolières en 2017 ont pesé sur le budget de l’État. En conséquence, des coupes importantes dans les dépenses d’investissement. « Le programme du FMI a prévu des revenus fiscaux à 11,5 % du PIB en 2017, un niveau plus élevé que les 9,7 % qui ont été effectivement réalisé » écrit Moody’s. « De fait, le gouvernement a coupé les dépenses en capital, en particulier pour les projets d’investissement financé par l’extérieur », poursuit l’agence de notation.

Enfin, « l’accumulation d’importants retards de paiements reflète de la faible capacité institutionnelle du Gabon et dénote des faiblesses particulières en matière de gestion de trésorerie ».

Cercle vicieux

« Moody’s s’attends à ce que le gouvernement prenne des mesures de consolidation budgétaire mais avec un impact limité en 2018 », indique l’agence de notation. Pour Moody’s, les tensions en termes de liquidité ainsi que l’accumulation des arriérés devraient se poursuivre. Il s’est en effet mis en place un cercle vicieux, dans lequel le cumul des retards de paiement vient peser sur la croissance économique, qui a sont tour limite la collecte des impôts et rend plus difficile le remboursement des arriérés.

En jugeant les perspectives « stables », Moody’ considère cependant que ces risques sont contrebalancés par le soutien technique et financier du Fonds monétaire international qui, bien que possiblement retardé, va rester en place. L’agence estime également que la dette publique va certainement continuer à être considérée comme soutenable par le FMI. Sur la base des projections de l’agence de notation, « la dette publique va rester globalement stable, autour de 60 % du PIB ».

Moody’s avait déjà dégradé la note souveraine du Gabon en juillet 2017 de B1 à B3 sur la base de « la détérioration des finances publiques en raison de la faiblesse prolongée des prix du pétrole et d’une faible capacité d’ajustement des politiques » et déjà, « des tensions intenses sur la liquidité de l’État, telle que démontrée par l’accumulation de retards de paiements.

Fitch avait fait passer sa notation de B+ à B en octobre 2017 tandis que le Gabon avait demandé à Standard & Poor’s d’arrêter de noter ses titres publics en avril 2016.

L’économie gabonaise a durement été touchée par la baisse du prix du pétrole, avec un ralentissement de la croissance de 4,4 % en 2014 à 2,1 % en 2016, tandis que la dette publique avait progressé de 34,1 % du PIB en 2014 à 64,2 % en 2016. Du fait de cette dégradation de la situation économique, le pays est rentré dans un programme FMI en juin 2017.

Apurer la dette intérieure

Le pays a lancé le 9 février 2018 une initiative afin de régler ses arriérés de paiements. L’objectif était d’apurer 310 milliards de Franc CFA de paiements en souffrance, représentants environ deux tiers de la dette interne.

« Il s’agit pour l’ensemble des PME d’être réglées de l’ensemble des arriérés dus par l’État gabonais. Toutes les entreprises qui auront des créances inférieures à 2 milliards de francs CFA dus seront intégralement payées d’ici les dix prochains jours », expliquait Brice Laccruche, le directeur de cabinet du président gabonais.

L’initiative a cependant pris du temps à ce mettre en place. Dans un entretien à Jeune Afrique fin mai 2018, le Premier ministre gabonais confiait :  « Affiner ces procédures a pris du temps. Et c’est maintenant à la banque qui a été retenue [BGFIBank] de mobiliser les fonds. Mais ces retards ne sont pas de nature à compromettre cette initiative. »

Reste que pour le FMI, le compte n’y est pas encore. Après une visite les 25 et 26 mars 2018, Abebe Aemro Sélassié, directeur Afrique du FMI expliquait qu’il est « nécessaire […] de mettre en place un plan crédible de règlement des arriérés intérieurs et extérieurs ». Selon l’institution financière internationale, il est également primordial « d’opérer des réformes dans les finances publiques afin de réduire les dépenses non essentielles, d’accroître la transparence des dépenses et de protéger les dépenses sociales ».

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