Droits de l’homme

Polémique en Europe après le refus de l’Italie d’accueillir les 629 migrants bloqués à bord de l’Aquarius

Des migrants et des réfugiés à bord d'une embarcation, en mer Méditerranée, en mai 2018. © Felipe Dana/AP/SIPA

Depuis que l'Italie a refusé de les accueillir, dimanche 10 juin, 629 migrants secourus au large de la Libye sont ballottés en Méditerranée à bord de l'Aquarius. Ils seront transportés vers l'Espagne, seul pays à avoir proposé son aide. Un trajet qui devrait encore prendre au moins trois jours, alors que la polémique enfle en Europe.

Leur calvaire n’est pas encore terminé. Secourus entre samedi et dimanche au large de la Libye par l’Aquarius, un navire affrété par l’association française SOS Méditerranée, ces 629 rescapés doivent encore affronter trois ou quatre jours supplémentaires en Méditerranée avant de poser pied à terre en Espagne.

629 migrants, dont sept femmes enceintes et 123 mineurs isolés

« L’Aquarius a reçu l’instruction de mettre le cap vers le port de Valence en Espagne », a indiqué mardi 12 juin un communiqué de SOS Méditerranée. « Cependant, le voyage n’est pas terminé et les rescapés devront parcourir encore 1 500 km avant d’atteindre ce port sûr », poursuit l’association. Le trajet jusqu’à Valence devrait prendre au moins trois jours de navigation.

SOS Méditerranée, inquiète de la durée du voyage pour ces 629 migrants, dont sept femmes enceintes, 11 enfants en bas âge et 123 mineurs isolés, avait dans un premier temps refusé l’offre de l’Espagne. Mais les heures passant, l’association s’était retrouvée à court de solution.

Polémique sur la réaction tardive de la France

L’Espagne est en effet le seul pays à avoir proposé son aide. Entre l’Italie et l’Espagne, la France a été critiquée pour sa réaction tardive et pour ne pas avoir proposé d’accueillir le bateau humanitaire. Des critiques émises y compris par des représentants du parti présidentiel La République en marche (LRM) comme Anne-Christine Lang, députée de Paris :

Face au silence de Paris, les autorités nationalistes corses ont proposé mardi matin d’accueillir les rescapés. « Manque de vivres, mauvaises conditions météo, et port espagnol trop éloigné : face à l’urgence, le Conseil exécutif de Corse propose d’accueillir l’Aquarius dans un port », a ainsi écrit sur Twitter Gilles Simeoni, Président du Conseil exécutif de Corse.

Face à la polémique grandissante, Emmanuel Macron a finalement réagi mardi midi, dénonçant la « part de cynisme et d’irresponsabilité du gouvernement italien », a indiqué son porte-parole.  Le chef de l’État français « a tenu à rappeler le droit maritime » qui indique « qu’en cas de détresse, ce soit la côte la plus proche qui assume la responsabilité de l’accueil ». « Si un bateau avait la France pour rive la plus proche, il pourrait accoster » en France car « c’est le respect du droit international », a ajouté le président français.

Les ports italiens désormais fermés aux ONG ?

C’est la première fois que l’Aquarius se voit interdire de débarquer en Italie. Cette interdiction pourrait n’être qu’un début :  Rome a laissé entendre que les ports italiens seraient désormais interdits aux autres ONG patrouillant au large de la Libye.

L’avertissement a été lancé par Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur et leader de la Ligue, parti d’extrême-droite membre du nouveau gouvernement italien. « L’Italie en a fini de courber l’échine et d’obéir, cette fois il y a quelqu’un qui dit non », a-t-il assuré sur Twitter, exultant d’avoir réussi à contraindre d’autres pays européens à prendre en charge une partie du « fardeau » de la crise migratoire. « Nous avons ouvert un front en Europe », s’est-il ainsi félicité lundi.

Des missions de sauvetage de plus en plus entravées

L’Aquarius, « ambulance des mers » ayant secouru en deux ans près de 30 000 migrants au large de la Libye, se heurte désormais au durcissement des politiques migratoires en Europe et aux tensions avec les autorités libyennes.

La situation a commencé à se tendre en 2017, quand les garde-côtes libyens, formés par l’UE, ont repoussé les ONG plus au large de leurs côtes. « Les sauvetages sont de plus en plus compliqués, de plus en plus ralentis, avec beaucoup de confusion », a fait savoir Nick Romaniuk, qui les coordonne. « Chaque interaction avec les Libyens est très tendue », a-t-il ajouté.

Les initiatives de ces ONG sont également vu d’un œil au mieux indifférent, au pire hostile, par les dirigeants européens. Certains ont accusé les humanitaires d’avoir créé un « appel d’air », voire d’être « complices » des passeurs. Pour résister aux pressions, l’association, qui compte à plus de 90% sur des dons privés pour les 11 000 euros nécessaires par jour de mer, table sur l’indignation des citoyens européens.

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