Politique

Côte d’Ivoire : réactions mitigées de dirigeants politiques sur l’éventualité d’un 3e mandat de Ouattara

Le président ivoirien, Alassane Ouattara. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

La classe des dirigeants politiques ivoiriens est divisée suite à l’annonce faite dans Jeune Afrique par le chef de l’État ivoirien Alassane Ouattara, qui a laissé entendre que la Constitution qu’il a fait adopter en 2016 lui en donnait le droit.

Le président Alassane Ouattara a-t-il le droit d’être éligible à la présidentielle de 2020, de manière constitutionnelle ? Les dirigeants politiques ivoiriens sont divisés. Tour d’horizon des déclarations.

  • Daniel Kablan Duncan (PDCI)

Plus haute autorité à s’être publiquement exprimée sur la polémique, Daniel Kablan Duncan, vice-président de la République et vice-président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI d’Henri Konan Bédié) relativise la déclaration du chef de l’État. Pour lui, ces propos seraient « une réplique » de ceux qui, y compris au sein de son propre parti, entretiendraient une « atmosphère incroyable ». « Écoutez bien la formulation de sa phrase, c’est une possibilité, il n’a pas dit qu’il va l’être. Il se prononcera le temps venu », a-t-il ainsi déclaré à Bongouanou le 3 juin.

En effet, dans l’entretien paru dans l’édition n°2995 de Jeune Afrique (actuellement en kiosques ou disponible en édition digitale), le chef de l’État ivoirien Alassane Ouattara a déclaré que « la nouvelle Constitution [votée en 2016, un an après sa réélection, ndlr] m’autorise à faire deux mandats à partir de 2020. Je ne prendrai ma décision définitive qu’à ce moment-là, en fonction de la situation de la Côte d’Ivoire. La stabilité et la paix passent avant tout, y compris avant mes principes ».


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  • Maurice Kakou Guikahué (PDCI)

Pour Maurice Kakou Guikahué, secrétaire exécutif en chef du PDCI et bras droit de Bédié, Ouattara a une interprétation erronée de la Constitution. S’appuyant sur des explications antérieures des rédacteurs de ladite Constitution, en l’occurrence le constitutionnaliste Ouraga Obou et Cissé Bacongo, conseiller juridique du président, Guikahué estime dans un communiqué que « Ouattara ne sera pas candidat pour un troisième mandat. C’est écrit dans la Constitution qu’au plus tard, le 5 décembre 2020, le président sortant devra se soumettre à une passation des charges avec le nouveau président ».

  • Georges Armand Ouégnin (EDS)

Quant à Georges Armand Ouégnin, président d’Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS, coalition de mouvements et partis politiques de l’opposition), il fait remarquer dans un communiqué que « l’idée d’un troisième mandat, le chef de l’État actuel le sait, est anticonstitutionnelle, inacceptable et irréalisable en Côte d’Ivoire ».


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  • Pascal Affi N’Guessan (FPI)

De son côté, Pascal Affi N’Guessan, président du Front populaire ivoirien (FPI de Laurent Gbagbo divisé en deux camps rivaux) dit ne pas comprendre « comment Ouattara peut s’imaginer un troisième ou un quatrième mandat. Ce serait même une violation flagrante de la Constitution et de la volonté exprimée par les Ivoiriens. On ne peut pas dire que l’application de la loi dépend des circonstances, des situations, ou des ambitions des uns et des autres. La loi, c’est la loi. »

  • Félicien Sekongo (MVCI)

La réaction la plus déchaînée vient du camp de Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale. Félicien Sekongo, président du Mouvement pour la promotion des valeurs nouvelles en Côte d’Ivoire (MVCI, composé d’ex-rebelles) « invite les Ivoiriens à se concentrer sur l’essentiel, contenu uniquement dans la sauvegarde de la démocratie, l’amélioration des conditions de vie du peuple, largement endommagées et laisser monsieur Ouattara, assis seul devant la marre à s’amuser à y lancer des pavés. Que personne ne donne vie à cette distraction ».

  • Francis Wodié, ancien président du Conseil constitutionnel

Comme pour calmer le jeu, Francis Wodié, ancien président du Conseil constitutionnel, conseille la prudence : « Nous en sommes encore au stade des supputations, des hypothèses. Mais le président de la République est un homme majeur, un homme responsable qui sait ou doit savoir ce qu’il doit faire, non pas seulement pour lui-même, mais d’abord pour le pays. Donc c’est à lui de voir, de juger pour n’avoir à faire que ce qui va dans le sens de l’intérêt de la Côte d’Ivoire, donc de l’intérêt général ».

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