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Mondial 2018 – Nabil Maâloul : « L’Angleterre et la Belgique respectent la Tunisie… »

Le sélectionneur de la Tunisie, Nabil Maâloul, pendant un match amical face au Costa Rica, le 27 mars 2018 à Nice, en France. © Claude Paris/AP/SIPA

La Tunisie débute la Coupe du monde en Russie le 18 juin contre l’Angleterre à Volgograd. Nabil Maâloul, le sélectionneur tunisien, nous livre son analyse des préparatifs de la cinquième phase finale de l’histoire des Aigles de Carthage.

Le jeudi 31 mai dernier, à la veille du match amical contre la Turquie à Genève (2-2), les internationaux tunisiens déambulent dans les couloirs de l’hôtel Beau Rivage, le somptueux palace situé à Lausanne, en face du Lac Léman, en attendant une réunion technique et le départ vers Montreux, pour l’entraînement quotidien. Nabil Maâloul, leur sélectionneur, a accepté de recevoir longuement Jeune Afrique dans un des salons du rez-de-chaussée du prestigieux établissement vaudois, pour évoquer une Coupe du monde que la Tunisie attend depuis douze ans.

Jeune Afrique : en mars dernier, la Tunisie avait dominé l’Iran (1-0) puis le Costa Rica (1-0) – deux mondialistes – en matches amicaux. Le 28 mai, elle a obtenu un bon résultat au Portugal (2-2), chez le champion d’Europe en titre… Estimez-vous que ces performances contribuent à renforcer la méfiance de vos adversaires, notamment belges et anglais, avant la Coupe du monde ?

Nabil Maâloul : J’ai tendance à le croire. Après les deux victoires de mars, on a lu dans des journaux belges et anglais que l’opinion à notre égard changeait un peu. L’Angleterre et la Belgique nous respectent. Mais ce que nous avons fait au Portugal, en revenant de 0-2 à 2-2, en proposant un football ouvert et attractif et en imposant notre style, a, je pense, renforcé la méfiance concernant la Tunisie. Je sais que nos adversaires regardent nos matches et connaissent nos joueurs. Le regard sur la Tunisie évolue.

Le tirage au sort vous a donc proposé l’Angleterre, la Belgique et le Panama au premier tour. Les deux premiers sont considérés comme les favoris…

C’est normal. La Belgique a beaucoup de talent. Individuellement, c’est très fort, avec De Bruyne, qui est un des meilleurs joueurs du monde à son poste, ou Eden Hazard. C’est au sélectionneur [Roberto Martinez, NDLR], de trouver l’équilibre entre les individualités et le collectif. La Belgique fait partie des équipes les plus fortes du moment et c’est le favori du groupe. L’Angleterre, elle, a beaucoup changé. Elle ne mise plus principalement sur un jeu athlétique. Techniquement, c’est autre chose, grâce notamment à l’apport de techniciens étrangers comme Guardiola, Wenger, Mourinho… La philosophie de jeu a changé. Je pense cependant que nous avons le jeu pour gêner les Anglais, qui ont toujours eu des difficultés face aux sélections nord-africaines. Quant au Panama, c’est une formation avec un certain potentiel athlétique et technique. Il faut la prendre au sérieux.

Nous allons tout faire pour franchir le premier tour, pour le football tunisien et africain

Mais la Tunisie a de l’ambition…

Bien sûr. Avec le staff technique et les joueurs, nous faisons tout pour nous préparer le mieux possible, et donc faire une bonne Coupe du monde. La Tunisie n’a jamais franchi le premier tour en quatre participations. Nous allons donc tout faire pour y parvenir, pour le football tunisien et africain. Ce sera très difficile, mais à ce niveau, ce n’est pas étonnant.

L’absence de Youssef Msakni, blessé, est-elle un vrai handicap ?

C’est un coup dur pour lui, pour la Tunisie. C’est un excellent joueur, impliqué à environ 80 % des buts de la sélection. Il marque, fait marquer, il est très fort techniquement et tient un rôle très important dans la sélection. Il n’est pas là, et il faudra cependant faire sans lui. Nous avons de la qualité dans l’effectif. Un joueur comme Naïm Sliti, qui a réalisé une magnifique fin de saison avec Dijon, peut beaucoup nous apporter. Il peut jouer à gauche, à droite, dans l’axe ou en pointe. C’est un excellent dribbleur, il est capable de marquer et faire marquer.

La préparation a débuté le 21 mai. Dans quelle forme sont les joueurs ?

C’est un travail immense ! Des joueurs sont arrivés après une saison à quarante ou cinquante matches, d’autres à quinze ou vingt ! Il y a de la fatigue. Il faut évaluer selon chaque cas, essayer de prévenir le risque de blessure, adapter la charge de travail, penser aux soins… Certains sont blessés, comme Khazri, et on ne prendra aucun risque avec lui lors des matches amicaux. C’est le cas aussi de Ben Amor. Ali Maâloul a repris il y a peu, après une blessure de plusieurs semaines. Le staff médical est très attentif à tout cela.

Armando Franca/AP/SIPA

Vous êtes revenu à la tête de la sélection en avril 2017, près de quatre ans après votre démission. Pour le premier match de votre second mandat, la Tunisie a battu l’Égypte (1-0) en qualifications pour la CAN 2019. Ce match a-t-il constitué un déclic ?

Oui. La Tunisie avait été éliminée en quarts de finale de la CAN 2017 par le Burkina Faso (0-2) et restait sur deux défaites, en amicaux, contre le Cameroun (0-1) et le Maroc (0-1). Battre l’Égypte, une des meilleures sélections africaines, finaliste de la CAN au Gabon, cela a constitué un pas en avant, un premier déclic. Le second a eu lieu à Kinshasa, au début du mois de septembre, contre la RD Congo, en qualifications pour la Coupe du monde. On avait gagné le match aller (2-1) quelques jours plus tôt à Radès. À Kinshsasa, devant 80 000 spectateurs, on obtient le point du match nul (2-2), alors que les Congolais menaient 2-0. Ce point a ouvert les portes de la Coupe du monde à la Tunisie, et notre succès en Guinée (4-1) l’en a rapprochée. Par contre, nous avions mal préparé notre dernier match, face à la Libye (0-0). Nous étions trop tendus.

Depuis votre retour, vous avez appelé plusieurs binationaux. Les derniers arrivés sont Hassen, Benalouane, Khaoui et Shkiri. Auraient-ils pu être intégrés plus tôt ?

Il y a eu des discussions, des rencontres. Il fallait prendre le temps de se parler. Ils ont rejoint le groupe en mars. Je ne voulais pas le faire avant, pour ne pas perturber l’équilibre du groupe qui disputait les qualifications pour la Coupe du Monde. Ils ont réussi leur adaptation, ils apportent quelque chose à la sélection. Pour les binationaux, la porte n’est fermée à personne. Il faut être lucide : le championnat tunisien n’est pas d’un grand niveau, si on enlève quatre équipes qui le dominent (Espérance Tunis, CS Sfax, Etoile du sahel, Club Africain) et qui sont au-dessus. D’ailleurs, j’encourage les joueurs à aller dans les championnats européens. Et pour un pays comme la Tunisie, l’apport des binationaux est très important.

Quand je suis redevenu sélectionneur, j’ai appelé Hamdi Harbaoui…

Un expatrié, Hamdi Harbaoui (Zulte-Waregem, Belgique), a parlé de mafia à propos de la fédération tunisienne, il vous a attaqué personnellement, en apprenant qu’il ne figurait pas parmi les présélectionnés pour la Coupe du Monde…

Je n’ai pas grand-chose à répondre à cela. En fait, je m’en balance un peu. Quand je suis redevenu sélectionneur, je l’ai appelé, contre l’Égypte. Il a joué. C’était peut-être à lui de montrer qu’il méritait d’être présélectionné pour être utile à la sélection.

Les portes de la sélection restent-elles néanmoins ouvertes pour lui ?

C’est un récidiviste. Sincèrement, cela me semble difficile d’imaginer qu’il puisse y revenir…

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