OGM : quels sont les pays africains les plus avancés ?

Variétés de riz 'normal' et génétiquement modifié. © International Rice Research Institute/Wikimedia Commons

Dans "Technologies agricoles génétiquement modifiées pour l'Afrique", un rapport commandité par la Banque africaine de développement, l'Institut international sur les politiques alimentaires préconise l'adoption par les pays africains des "innovations agricoles afin de profiter d'un marché mondial de la bio-économie en pleine évolution".

Plus de 15 ans après la première production commerciale de plants génétiquement modifiés, s’étonne l’Institut international sur les politiques alimentaires dans un récent rapport, seuls quatre pays africains (Burkina Faso, Égypte, Afrique du Sud et le Soudan) ont franchi le pas de la culture commerciale de ces produits agricoles. À ce jour, seule une poignée d’entre eux se sont risqués au stage préalable, celui des « essais en milieux confinés » : le Ghana, le Kenya, le Malawi, le Nigeria, la Tanzanie, l’Ouganda, et le Zimbabwe.

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« Pas de risques significatifs »

Pour l’IFPRI, cette prudence est difficilement compréhensible pour deux raisons. Premièrement, parce que les données recueillies depuis plus d’une décennie « suggèrent que le processus de modification génétique, en soi, ne pose pas de risques significatifs pour la santé humaine ou pour l’environnement ».

Deuxièmement – et c’est le point le plus important – la réticence des pays africains à la « biotechnologie » est inadéquate, selon le centre de recherche, au vu de « la faiblesse persistante de la productivité agricole dans la région » et de l’urgence d’inverser « des performances agricoles historiquement basses » des pays africains.

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Normes

Dans « Technologies agricoles génétiquement modifiées pour l’Afrique », rapport commandité par la Banque africaine de développement, l’IFPRI se garde bien d’épouser le tout-OGM et la dérégulation complète en matière d’expérimentation biotechnologique.

L’institution insiste toutefois sur les limites du principe de précaution dans ce domaine, appliqué presque « par défaut » dans nombre de pays africains.

Ces technologies agricoles, plaide l’institution basée à Paris, permettent de mettre en valeur le « potentiel de développement économique » et agricole de la région, « en s’appuyant sur des améliorations technologiques et systémiques favorisant l’intensification des cultures ». L’utilisation de « ces technologies de pointe » dans le secteur agricole – « en conformité avec les normes mondiales »- représente un pas important vers « l’augmentation rapide des rendements et de la productivité [agricoles] sur le continent ».

Le rapport de l’IFPRI ne convaincra pas les adversaires résolus des cultures génétiquement modifiées. C’est néanmoins une contribution importante à un débat majeur, car il présente des arguments solides autant qu’étayés sur les mérites de ces technologies et dresse un diagnostic intéressant des « capacités biotechnologiques » des pays africains.

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Les hésitations de la BAD

Si la Banque africaine de développement n’a toujours pas pris de position tranchée sur la question des cultures OGM en Afrique, elle semble de moins en moins hésitante sur ce sujet. Lors de la conférence marquant le lancement de ce rapport et célébrant l’Année africaine de l’agriculture et de la sécurité alimentaire, Aly Abou-Sabaa, l’un des vice-présidents de la BAD, a insisté sur le besoin, pour les pays africains, de trouver « des solutions innovantes à même, non seulement de dynamiser la productivité agricole, mais aussi de promouvoir le commerce agroalimentaire et la sécurité alimentaire ».

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Il a également regretté le fait que pour « répondre à leurs besoins alimentaires et nutritionnels, les pays africains importent quelque 25 milliards de dollars de produits alimentaires chaque année », ceci alors que « le commerce intra-africain ne représente qu’un milliard de dollars dans ces importations ». Jolie pirouette.