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Accaparement des terres : Bolloré accepte d’écouter les revendications paysannes

Pépinière de la Société des Caoutchoucs de Grand-Béréby (SOGB), filiale de Socfin, en Côte d'Ivoire. © Socfin

Les riverains des plantations d'huile de palme et d'hévéa de Socfin, dont Bolloré est l'actionnaire principal, devront attendre. Leurs représentants ont décliné ce 24 octobre au groupe français leurs revendications contre ce qu'ils dénoncent comme un accaparement des terres. Mais le dialogue commence à peine.

L’alliance des paysans riverains de Socfin représente plusieurs milliers de paysans du Cameroun, de Sierra Leone, de Côte d’Ivoire et du Liberia, en lutte contre les pratiques de la société luxembourgeoise. « De nombreuses terres, utilisées pour l’agriculture familiale ont été cédées sous la pression de Socfin. Un grand nombre de personnes se sont retrouvées sans ressources, dans la pauvreté, sans obtenir les emplois promis et avec des compensations extrêmement faibles », a insisté leur porte-parole Shiaka Musa Sama, venu de Sierra Leone pour cette rencontre organisée dans un hôtel parisien. Les militants dénoncent aussi des promesses restées lettre morte, disent-ils, sur la construction de centres médicaux et d’écoles.

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En plus de voir ces engagements concrétisés, l’alliance réclame une expertise indépendante sur les conflits fonciers, l’abandon des charges judiciaires contre ses membres et de meilleures compensations financières pour les paysans.

« En Sierra Leone, un loyer misérable est payé par la Socfin pour les terres, environ 12 dollars par hectare et par an, à répartir entre l’État, la collectivité publique et les paysans. Donc au final, les paysans récupèrent environ un dollar par an », s’insurge à titre d’exemple Shiaka Musa Sama, selon qui les loyers sont similaires dans les autres pays.

Menaces de manifestation

Représenté par Marie-Annick Darmaillac, secrétaire générale adjointe en charge de la RSE, le groupe Bolloré s’est dit à l’écoute mais dans l’impossibilité de prendre à lui seul des décisions pour Socfin, dont il détient moins de 40%. « Nous sommes facilitateurs sur ce dossier, indique-t-on chez Bolloré, c’est une première étape pour mettre en place une plateforme de dialogue. »

« Nous étions étiquetés comme des délinquants, maintenant nous sommes des partenaires »

L’alliance des paysans a déploré l’absence d’un représentant de Socfin, basée au Luxembourg. Elle attend désormais une nouvelle réunion tripartite au mois de février.

« Nous n’avons pas obtenu tout ce que nous demandions mais la bonne nouvelle c’est que le dialogue a commencé. Nous étions étiquetés comme des délinquants et maintenant nous sommes des partenaires », s’est satisfait Shiaka Musa Sama.

Si les discussions n’avancent pas, des manifestations seront organisées notamment au Cameroun, prévient Emmanuel Elong, représentant pour ce pays. « Elles sont généralement très suivies, et ne seraient pas très bonnes pour l’image de Bolloré », a-t-il conclu.