Politique

Tunisie : le ministre de l’Intérieur Lotfi Brahem limogé par Youssef Chahed

Lotfi Brahem, ministre de l'intérieur © Hichem pour JA

Le ministre tunisien de l’Intérieur Lotfi Brahem a été démis de ses fonctions mercredi 6 juin par Youssef Chahed. Le chef du gouvernement entreprend ainsi de faire le ménage au sein de son gouvernement, une manière d’anticiper le remaniement ministériel prévu à la reprise des discussions de l’accord de Carthage, en début de semaine prochaine.

Le premier à passer à la trappe : le ministre de l’Intérieur, Lotfi Brahem. Le chef du gouvernement tunisien Youssef Chahed l’a démis de ses fonctions ce mercredi 6 juin, selon un communiqué du gouvernement, sans en donner les raisons. 

Ghazi Jeribi, le ministre de la Justice, assurera l’intérim dans l’attente de la nomination de son successeur. « Premier flic du pays et chef du Parquet en même temps, même pour une courte période, cela n’est-il pas un peu dérangeant dans une démocratie qui se construit ? » s’interroge ainsi à Tunis l’avocat Ghazi Mrabet, suite à la désignation de Jeribi.

Relations tendues avec Youssef Chahed

Ce limogeage surprend mais était inéluctable au vu des relations tendues depuis quelques semaines entre le locataire de la Kasbah et le patron de la sécurité tunisienne qui avait pourtant nié, devant l’Assemblée, tout différend avec le chef de l’exécutif.

Lotfi Brahem, 56 ans, ancien commandant en chef de la garde nationale, est connu pour ses méthodes rigoureuses. À son actif, depuis sa nomination le 6 septembre 2017, il avait rétabli les équilibres au sein de son ministère traversé par différents courants politiques et obtenu des résultats tangibles en matière de lutte contre le terrorisme et la délinquance. Deux points essentiels pour consolider le retour de la sécurité dans le pays.

L’une des raisons de la tension entre les deux hommes : la difficulté des agents du ministère de l’Intérieur à exécuter le mandat d’amener émis à l’encontre de Najem Gharsalli, qui demeure introuvable depuis deux mois. Cet ancien ministre de l’Intérieur doit être entendu par la justice pour avoir été cité dans une affaire d’atteinte à la sûreté de l’État, révélée à faveur de la guerre contre la corruption lancée par Youssef Chahed en mai 2017.

Catastrophe humanitaire du 2 juin

Les différends entre les deux hommes ont été exacerbés suite à une opération de migration clandestine qui s’est soldée, le 2 juin dernier, par la disparition d’au moins 63 personnes au large des îles Kerkennah (sud-est). Suite à sa visite sur l’archipel le 4 juin, Lotfi Brahem a démis de leurs fonctions une dizaine de cadres de la sûreté nationale et de la garde nationale des districts de Sfax et Kerkennah. Cet énième drame en mer a mis en lumière l’existence de réseaux et de complicités mais a surtout provoqué des mouvements protestataires dans différentes villes du pays qui réclamaient la chute du gouvernement.

Tous avaient également remarqué que Youssef Chahed s’était également rendu à Kerkennah le 5 juin mais en compagnie du ministre de la Justice, Ghazi Jeribi, qui a été chargé d’assurer l’intérim de Lotfi Brahem, selon la présidence du gouvernement.

Une catastrophe humanitaire qui permet à Youssef Chahed d’anticiper le remaniement ministériel qu’il souhaite opérer sans prendre en compte les directives de l’accord de Carthage qui devraient lui édicter une nouvelle feuille de route. Il avait à ce propos présenter à Béji Caïd Essebsi, lors d’un entretien du 4 juin, une ébauche de gouvernement sans qu’elle ait été commentée par le président de la République.

Le ministre de l’Intérieur belge, lors de la réunion au Luxembourg, le 5 juin, des ministres de l’Intérieur européens, avait désigné la Tunisie comme nouveau hot spot du départ des clandestins. Le geste de Chahed sert-il à complaire à l’Union européenne ou à remettre de l’ordre dans la maison ?

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