Société

Maghreb : le parcours sous haute surveillance des sujets du baccalauréat

Dans une salle de classe à Casablanca, au Maroc, le 22 octobre 2012. (photo d'illustration) © Hassan Ouazzani pour Jeune Afrique

Les examens du bac ont déjà commencé au Maghreb. De l’écriture des sujets à leur arrivée sur la table des bacheliers le Jour J, ces examens font l’objet d’une surveillance accrue dans les trois pays maghrébins. Tour d'horizon.

En plein mois de Ramadan, le coup d’envoi du baccalauréat pour les jeunes tunisiens a été donné mercredi 6 juin, un jour après leurs camarades marocains. Il faudra attendre la fin du mois de jeûne pour les bacheliers algériens, qui plancheront sur leurs sujets à partir du 20 juin. Et chaque année, le précieux sésame met les autorités à rude épreuve.

Les Algériens se souviennent tous d’un scandale de fraude national en 2016, qui a conduit à l’arrestation d’enseignants et à des coupures d’Internet pour éviter la propagation de la triche. Que ce soit au Maroc, en Algérie ou en Tunisie, les ministères de l’Éducation ne cessent de prendre des mesures afin d’éviter fraudes et fuites. De l’élaboration des épreuves des examens à leur distribution aux candidats le Jour J, le cheminement d’une copie du bac fait l’objet de mesures drastiques d’année en année.

Des commissions spéciales élaborent les sujets 

Dès la rentrée scolaire précédant l’échéance, des commissions sont chargées de proposer des sujets dans chaque matière. En Algérie, Meziane Meriane, directeur du syndicat algérien des enseignants du secondaire (Snapest), explique que cette charge revient à plusieurs commissions nationales formées uniquement par des inspecteurs de chaque matière.

Leurs propositions font l’objet d’une validation par l’Office national des examens et concours (ONEC) qui valide trois sujets, dont un de secours, notamment en cas de fuites. Les membres de l’Office sont ensuite mis sous quarantaine, sans contact avec l’extérieur.

En Tunisie, la procédure inclut des enseignants. D’après Ahmed Mellouli, secrétaire du Syndicat national des inspecteurs de l’enseignement, des commissions régionales formées par un inspecteur et deux enseignants du secondaire rédigent et proposent des sujets à des inspecteurs qui élaborent les barèmes au niveau national. Seules les matières scientifiques font l’objet de tests. En février, 3 à 4 sujets sont validés par un inspecteur et un universitaire.

Quant au Maroc, le processus est chapeauté par le Centre national des examens (CNE). Les épreuves, 50 % de la note finale, sont préparées tout au long de l’année scolaire par des commissions nationales de cinq personnes, constituées d’enseignants et d’inspecteurs, au sein du centre, avec l’aide de propositions d’enseignants de toutes les régions. Objectif : faire coïncider ce qui est réellement enseigné avec le cadre de références pédagogiques.

« Nous leur apportons une assistance matérielle et pédagogique. Ces commissions ont à disposition des ordinateurs sécurisés qu’ils rangent dans des coffres-forts », explique Mohamed Sassi, directeur du CNE. Deux inspecteurs qui n’ont pas pris part à l’élaboration testent ensuite les exercices proposés, pour d’éventuelles modifications avant une validation définitive.

Acheminement sous haute surveillance

Dans tout le Maghreb, l’acheminement des sujets revet une importance cruciale. En Algérie, les copies sont escortées par le service d’ordre algérien, 48h avant l’épreuve. Elles sont ensuite mises sous scellé dans des coffres. Pour la première fois cette année, elles sont imprimées par l’Office national d’imprimerie, sous vidéosurveillance.

En Tunisie, l’acheminement s’effectue par voie aérienne, sous haute surveillance militaire et sécuritaire, le 3 juin, de la direction des examens vers l’aéroport militaire d’El Aouina, puis vers les aéroports de Monastir, Sfax, Gabès et Tozeur, avant d’être réceptionnées par les centres régionaux et fermés jusqu’au matin de l’épreuve, a déclaré à l’agence Tunisie Afrique Presse Omar Ouelbani, directeur général des examens.

Au royaume chérifien, ce sont les directeurs d’académie des régions qui viennent en personne chercher les sujets au CNE, avant de les transmettre à la reprographie au niveau régional. « Ces centres d’imprimerie font l’objet d’une grande surveillance. Les imprimeurs, sous vidéosurveillance, sont confinés jusqu’à la distribution des sujets le Jour J, et ne peuvent utiliser des moyens de communication avec l’extérieur », précise Mohamed Sassi.

Traque aux fraudeurs le Jour J

« Lutter contre la fraude, c’est protéger la validité et la fiabilité de notre examen, et défendre le droit du candidat lui-même, car s’il y a de la triche, il n’y a plus de mérite », affirme ce dernier.

Le royaume a prévu cette année des mesures drastiques : contrôles surprises, détecteurs d’objets électroniques ou des surveillants de surveillants, comme chez ses voisins du Maghreb. En cas de triche, interdiction de passer un examen pendant cinq ans en Algérie et en Tunisie, et deux ans au Maroc.

La fraude est telle en Algérie, que les autorités installent une équipe de cyber-gendarmes pour veiller au piratage, des brouilleurs et des agents de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) pour patrouiller.

Décision étonnante en Tunisie, le ministre de l’Éducation a déclaré, lundi 4 mai, que les sujets du baccalauréat seront publiés 30 minutes après le début des épreuves sur la page Facebook du ministère. Une mesure censée couper court aux rumeurs de fuites sur les réseaux sociaux durant l’épreuve, qui donnent lieu à un véritable business dans les trois pays.

Les résultats sont attendus le 22 juin au Maroc, le 24 juin en Tunisie, et courant juillet en Algérie.

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