Entreprises & marchés

Maroc : le gouvernement demande l’arrêt du boycott

Un supermarché Carrefour au Maroc en 2014 © Hassan Ouazzani pour Jeune Afrique

Après l'annonce par Centrale Danone d'une réduction conséquente de ses achats, en conséquence du boycott que subit l'entreprise depuis plus d'un mois, le gouvernement a appelé à l’arrêt du boycott.

Plus de cinq semaines après son lancement, l’appel au boycott au Maroc connaît un grand succès populaire sans précédent. Trois marques sont visées : le lait de Centrale Danone, filiale du géant français Danone, l’eau minérale Sidi Ali, marque historique de l’entreprise Eaux minérales d’Oulmès, dirigée par Miriem Bensalah (ex-présidente de la CGEM), et enfin le carburant distribué par Afriquia du groupe Akwa, dont l’actionnaire majoritaire est Aziz Akhannouch, le ministre de l’Agriculture.

Mésestimé à ses débuts, le mouvement a pris une ampleur inédite qui est a causé de fortes turbulences au sein des trois entreprises. La plus touchée, ou du moins celle qui a osé le dire, est Centrale Danone. Son PDG, Didier Lamblin, d’habitude très discret et n’appréciant pas particulièrement les sorties médiatiques, fait la tournée des plateaux radios et télé depuis le 30 mai.

Avec une communication méticuleusement préparée, il a annoncé la prise de mesures draconiennes pour accompagner ce mouvement. Une fois annoncée, cette nouvelle stratégie a fait réagir le gouvernement qui a diffusé un communiqué ce vendredi.

Centrale Danone diminue ses achats 

Selon son PDG, Centrale Danone connaît l’une des pires périodes de son existence. Commercialement, et même si aucun chiffre officiel n’a été annoncé, l’entreprise a été fortement impactée par le boycott. Ses parts de marché ont  baissé au profit des autres marques du secteur. Ceci a imposé une baisse de la production dans les usines de la filiale marocaine de Danone, qui jouissait de presque 60 % de parts de marché avant le début du mouvement.

Une situation qui a poussé Centrale Danone à réduire de 30 % ses achats auprès des 120 000 éleveurs qui l’approvisionnent généralement. Le PDG du groupe a aussi annoncé une suspension immédiate des contrats du personnel intérimaire. Pour les observateurs, Didier Lamblin souhaite ainsi que les Marocains prennent conscience que le boycott a des répercussions sociales sur des milliers de familles. « Centrale Danone a voulu tordre le bras au gouvernement et elle a réussi », estime le directeur d’une grande agence de communication casablancaise.

Stress 

Il a fallu, en effet, moins de vingt-quatre heures pour voir un communiqué du gouvernement, qui assure suivre  « avec un grand intérêt l’évolution du boycott du lait, qui se caractérise essentiellement par la décision de la société concernée de réduire de 30 % la quantité de lait achetée auprès des coopératives, avec tout son impact sur les agriculteurs et le secteur agricole »

« La poursuite du boycott est à même de causer de gros dommages pour les coopératives laitières et les producteurs qui y adhèrent, dont une majorité de petits agriculteurs, ainsi que pour le tissu économique national dans ce secteur et les secteurs qui y sont liés », ajoute le communiqué du gouvernement. L’exécutif ajoute même que « ce mouvement pourrait également avoir un impact négatif sur l’investissement national et étranger et, par conséquent, sur l’économie nationale ».

« C’est un communiqué avec d’énormes erreurs. En plus du fait de réagir en stress après les mesures de Centrale Danone, le gouvernement ne s’intéresse que très peu à la population et à ce qui a pu causer ou ce qui explique ce boycott. Pis encore, il ne parle que du lait, les autres produits attendront leur tour », juge le communiquant que Jeune Afrique a interrogé.

Le boycotteur oublié  

Sur les quatre points abordés par le communiqué de l’équipe de Saededdine El Othmani, une seule petite phrase, glissée avant la signature, était en effet destinée aux boycotteurs : « Le gouvernement est déterminé à entreprendre des initiatives visant à améliorer le pouvoir d’achat des citoyens et à agir avec fermeté en matière de contrôle du marché, de la qualité des produits et de lutte contre la spéculation et le monopole. »

Sur les réseaux sociaux, le mouvement ne s’essouffle pas et les messages désavouant la communication du gouvernement se multiplient. « Ce qui ressort en premier des différentes réactions du gouvernement, c’est qu’il prend la défense de l’entreprise au détriment des attentes des boycotteurs. Il faut qu’El Othmani prenne des décisions et applique à son tour des mesures s’il veut que le mouvement cesse au lieu de multiplier les promesses molles », conseille ce directeur d’entreprise.

Déjà 250 000 inscrits !
NEWSLETTER

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Fermer

Je me connecte