Vie des partis

Côte d’Ivoire : Bédié tente d’étouffer les voix discordantes au sein du PDCI

Henri Konan Bédié, président du PDCI, à Paris, en juin 2017. © Vincent Fournier/JA

Au lendemain de sa rencontre avec Alassane Ouattara, le 24 mai, Henri Konan Bédié a pris des mesures en toute hâte pour contrebalancer l’influence grandissante des cadres de son parti favorables au futur parti unifié du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP).

Ce soir du jeudi 24 mai, le sphinx de Daoukro passe un coup de fil à Maurice Kakou Guikahué, son fidèle secrétaire exécutif en chef. Rendez-vous est pris pour le lendemain à son domicile abidjanais. Cette séance de travail dure des heures.

A l’issue de celle-ci, décision est prise de démettre Kobenan Kouassi Adjoumani, le ministre des Ressources animales et halieutiques, de son poste de porte-parole du du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, membre de la mouvance présidentielle). Il est également décidé de remanier le secrétariat exécutif, le « gouvernement » du PDCI.

Pour mieux faire passer la pilule, Bédié démet aussi Jean-Louis Billon, un fidèle qui occupait le poste de deuxième porte-parole. A la différence d’Adjoumani, le limogeage de Billon est fait avec l’accord de ce dernier. Mais quand un proche de Bédié lui rappelle qu’Adjoumani est aussi porte-parole du RHDP, l’équation devient difficile à résoudre.


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Des signaux à destination de Ouattara

L’élu de la région du Zanzan (dans l’est du pays) a en effet été nommé à ce poste avec l’accord de Ouattara. Les limogeages-nominations de Bédié sont certes destinés à réduire au silence les pro-RHDP de son parti, mais surtout à envoyer des signaux de mécontentement à Ouattara, sans l’affronter directement. Et un limogeage d’Adjoumani – qui continue de bénéficier de la confiance de Ouattara, aussi bien au gouvernement qu’au porte-parolat du RHDP – serait une défiance à l’encontre de Ouattara.

Henri Konan Bédié évite avec beaucoup de précaution le conflit ouvert. La parade est vite trouvée : le président du PDCI nomme un nouveau porte-parole personnel au RHDP, en l’occurrence Narcisse N’Dri, sans démettre Adjoumani qui demeure donc porte-parole de la mouvance présidentielle. Au passage, Bédié remanie certaines délégations à l’intérieur du pays et prend soin de placer des fidèles de Maurice Kakou Guikahué, rival au secrétariat exécutif, d’Adjoumani.

Tout a été décidé par Henri Konan Bédié au sortir de son entrevue, la veille, avec Alassane Ouattara, au palais présidentiel du Plateau, à Abidjan. Preuve que les communiqués ont été signés dans la précipitation, les dates de certaines décisions affichaient mai… 2017.

Le « trouble jeu » de Bédié

Des indiscrétions sur la teneur des sujets abordés lors de la brève rencontre entre les deux alliés font état de la formation du futur gouvernement, qui devrait voir le maintien de presque tous les cadres issus du PDCI.  Des cadres, qui pour la plupart, sont favorables au parti à unifié, alors que Bédié ne voit pas l’urgence de sa création avant la présidentielle de 2020.

Si les mesures de Bédié semblaient destinées à étouffer toute voix dissidente, elles ont néanmoins jeté davantage le trouble, dans l’esprit de ses militants. « PDCI-RDA, où on va ? », a barré à sa « une » le quotidien Le Nouveau Réveil, proche de ce parti. Habituellement introduit chez Bédié, le journal lui-même semble ne pas savoir vers quelle destination ce dernier conduit ses militants.

La stratégie de Bédié fait douter de nombreuses personnalités, y compris au sein de son entourage

« Le président Henri Konan Bédié, président du PDCI-RDA, par ailleurs, président de la Conférence des présidents du RHDP a, certes, dit ce qu’il pense de la question du RHDP et donné des recommandations quant à sa vision pour le mieux-être de son parti. Toutefois, des militants se poseraient toujours des questions quant au sort de leur parti à court, moyen et long termes », écrivait un éditorialiste du journal.

De fait, la stratégie de Bédié fait douter de nombreuses personnalités, y compris au sein de son entourage. Si ses dernières décisions ont rencontré l’assentiment des anti-RHDP, qui se comptent majoritairement parmi les structures de jeunesse, celles-ci ne les rassurent pas quant-au futur.

« Tout porte à croire que le refus de déterminer une ligne claire du parti vis-à-vis du RHDP, d’une part, et vis-à-vis de la collaboration avec le Rassemblement des républicains [RDR, parti présidentiel, ndlr], de l’autre, participe d’une stratégie de pourrissement de Bédié, qui se poserait ainsi comme la seule option, pour la présidentielle de 2020. C’est la seule explication possible face à son jeu trouble », confie un expert en communication, proche du PDCI.

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