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Mondial 2026 : le Maroc entre fausses rumeurs et chasse aux voix

Le président du comité marocain pour l'organisation du Mondial 2026, Moulay Hafid Elalamy, en conférence de presse le 20 avril 2018. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Le rapport de la « Task Force » de la Fédération internationale de football sera publié début juin. Et le vote final pour départager les dossiers présentés par le Maroc et par le trio États-Unis-Canada-Mexique doit avoir lieu le 13 juin. En attendant, au Maroc, c'est la chasse aux voix et la multiplication des rumeurs.  

La tension monte à mesure que la date fatidique du 13 juin approche. Le moindre mot, la moindre rumeur portant sur le duel entre les deux candidats en lice, le Maroc d’un côté, le trio États-Unis-Canada-Mexique de l’autre, se diffuse à grande échelle et réveille rancœurs et craintes… Dernier exemple en date, samedi 26 mai. Ce jour-là, la crise est venue de Juan G. Arango, un journaliste sportif collaborant à la chaîne qatari Al Jazeera et au journal britannique The Guardian, qui a posté un tweet assez surprenant, dans lequel il affirme que le dossier marocain aurait été disqualifié avant même le vote officiel du 13 juin prochain.

Le reporter – twittos compulsif, il compte plus de 93 000 messages en quatre ans soit environ 64 chaque jour… – affirme alors tenir l’info de l’ex-footballeur Zvonimir Boban. Celui-ci, devenu secrétaire général adjoint de la FIFA, est également membre de la Task Force qui a visité les infrastructures du Maroc début mai. L’ancien international Croate aurait avancé que cinq villes du royaume présentaient des défaillances au niveau logistique, ce qui serait un motif « suffisant » d’élimination directe.

Intox virale

La rue marocaine s’est aussitôt emballée. Médias et reporters sportifs se sont précipités pour connaître les motifs de cette disqualification surprise, avant que la FIFA n’intervienne pour démentir le tweet en question.

« La Fifa et M. Zvonimir Boban réfutent catégoriquement de telles rumeurs infondées, à propos d’un processus toujours en cours. Quand il sera achevé, un rapport d’évaluation détaillé sera publié », a déclaré un porte-parole de la FIFA au site d’information marocain Médias 24.

Du côté du comité en charge du dossier marocain, on confie que l’équipe n’a accordé « aucune importance » au tweet en question. « La Fifa ne dévoilera jamais des infos aussi sensibles. La Task Force a toujours respecté le secret professionnel. Ce ne sont que des spéculations sans fondement », assure une source interne au comité marocain, sous couvert d’anonymat.

Pour preuve, notre source indique que la FIFA vient justement de convoquer les deux comités concurrents (Maroc et États-Unis-Canada-Mexique) à Zurich, ce 29 mai. Son président Gianni Infantino ainsi que ses équipes ont besoin d’un complément d’information concernant les deux candidatures avant de livrer le compte rendu de la Task Force.

La diffusion de ce dernier, initialement prévue mardi 29 mai, a été reportée à la première semaine de juin. « Avec le dossier que nous présentons, il est fortement exclu que la candidature marocaine soit disqualifiée ou écartée avant le jour du vote. C’est impensable !», martèle notre source au sein du comité marocain.

Soutien au Maroc d’une majorité de Fédérations africaines

Les équipes de Moulay Hafid Elalamy, président du comité en charge de la candidature du Maroc, sillonnent le monde à la rencontre des différentes Fédérations, en quête de soutiens. Depuis le début de la campagne, environ 160 pays ont été visités, sur les 207 qui vont voter le 13 juin prochain. « Tous ces pays ont été impressionnés par la qualité de notre dossier. Ceci ne veut pas dire qu’ils vont tous voter pour nous, mais cela montre que nous sommes sur une bonne voie », se réjouit notre source. 

L’Afrique du Sud et le Liberia ont montré des signes de désistement

En Afrique, il semblerait qu’une majorité écrasante des Fédérations soient du côté du Maroc. Lors de la dernière réunion de la Confédération africaine du football (CAF) à Accra au Ghana, il a été convenu que l’ensemble des pays votent pour qu’une deuxième Coupe du monde soit organisée en Afrique.

Sauf que, depuis quelques jours, l’Afrique du Sud et le Liberia ont montré des signes de désistement. « Dans le cas de ces deux pays, ce ne sont que des déclarations de politiques, les présidents des Fédérations n’ont toujours rien dit et ce sont eux qui votent enfin de compte », relativise-t-on au sein du comité marocain. 

En Europe, plusieurs pays soutiennent l’organisation au Maroc et plusieurs Fédérations, dont celle de la France, l’ont affirmé publiquement. En revanche, le comité marocain est presque sûr que les pays scandinaves et l’Europe de l’Est vont voter pour le dossier concurrent. Quant à l’Asie, les relations politico-économiques entre le Maroc et les pays de ce continent vont peser dans la balance. 

Exit les pistes d’athlétisme

Lors de la visite de la Task Force, en avril, plusieurs « oints noirs » ont été relevés dans le dossier du Maroc. En plus des huit nouveaux stades qu’il faudra construire, ceux qui sont déjà bâtis n’ont pas séduit les émissaires de la FIFA. Et pour cause : ils contiennent tous une piste d’athlétisme, qui réduit la visibilité pour les spectateurs. Le comité marocain a proposé de rectifier le tir en sollicitant des architectes et des cabinets internationaux spécialisés.

Les Marocains ont cherché aussi à convaincre la Task force que leur pays présente plusieurs avantages. Pour les supporters, une Coupe du monde au Maroc serait bien plus simple, en particulier pour ceux des pays africains et européens.

Le fuseau horaire et la passion du football au Maroc sont aussi mis en avant par les ambassadeurs de cette candidature. « Tout le monde se rappelle du décalage horaire lors de la Coupe du monde 1994 aux États-Unis. Les amoureux du football vont comprendre que chez nous ça sera meilleur », conclut notre interlocuteur, omettant au passage les supporters sud-américains… Et notamment Mexicains. 

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