Vie des partis

Tunisie : Youssef Chahed sort du silence et attaque Hafedh Caïd Essebsi

Le Premier ministre tunisien Youssef Chahed lors d'une conférence de presse à Tunis, en avril 2017 © Hassene Dridi/AP/SIPA

Alors que la Tunisie s'enlise peu à peu dans une crise politique, Youssef Chahed est sorti de son silence mardi 29 mai pour déclarer la guerre à Hafedh Caïd Essebsi, le directeur exécutif de Nidaa Tounes.

Les signataires de l’accord de Carthage ont achoppé sur un point : le maintien ou pas de Youssef Chahed à la tête de l’exécutif. Mais les divergences étaient telles que les discussions ont été suspendues, lundi, par le président de la République, Béji Caïd Essebsi. Résultat, la Tunisie s’enlise un peu plus dans une crise politique qui, à 18 mois d’élections générales, fait le jeu des islamo-conservateurs. Tandis que Youssef Chahed reste à la Kasbah.

Après plusieurs semaines de silence, le Chef du gouvernement a pris la parole et une position inattendue. Certains pensaient que, sous la pression, Chahed pouvait présenter sa démission. Il n’en a rien été, au contraire. Malgré les désaveux, il y est et il y reste.

Volonté de rassurer

De son allocution de 11 minutes diffusée sur la chaîne nationale, les Tunisiens retiendront une tentative de les rassurer, mais aussi l’ouverture d’hostilités contre Hafedh Caïd Essebsi, directeur exécutif de Nidaa Tounes, parti dont Chahed est issu. Youssef Chahed reconnaît implicitement la fin du gouvernement d’union nationale et le fait qu’il n’a plus le soutien de sa propre famille politique. Par défaut, le gouvernement tunisien devient donc un gouvernement de coalition conduit par Ennahda, soutien du locataire de la Kasbah à l’Assemblée.

Chahed assure être aux commandes par devoir et non par attrait du pouvoir. Il présente d’ailleurs les  2,5 % de croissance réalisés depuis début 2018 comme une performance et envisage 0,5 points de mieux d’ici fin de l’année. Des perspectives qui restent cependant insuffisantes pour sortir la Tunisie des difficultés économiques imputables au déficit des finances publiques. Chahed annonce d’ailleurs devoir traiter en urgence les réformes des caisses sociales et la situation des entreprises publiques. Des arguments que les Tunisiens ont déjà entendus à diverses reprises.


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Attaque en règle contre le fils du président

Ils ont néanmoins été étonnés par la salve tirée par Youssef Chahed à l’encontre de Hafedh Caïd Essebsi, fils du président de la République, Béji Caïd Essebsi et directeur exécutif de Nidaa Tounes. Le patron de la Kasbah, qui a toujours affiché comme leitmotiv que « la patrie passe avant les partis », se fait cette fois partisan, et sort de sa réserve.

Il impute directement l’échec de Nidaa Tounes à Hafedh Caïd Essebsi et ses hommes, rappelle le départ de dirigeants historiques, la décomposition du groupe parlementaire et les deux défaites électorales aux municipales de mai 2018 et aux législatives partielles de décembre 2017.

Il invite également le parti à se reprendre en main pour retrouver sa popularité. Une manière également de signifier ses projets politiques et de lancer une pique à Ennahda, qui tient à ce que les membres du gouvernement renoncent à être candidats aux prochaines élections.

Chahed a quand même marqué un point en prenant les Tunisiens à témoins

Ceux qui souhaitaient juste être rassurés, le sont. Mais beaucoup sont dubitatifs. « C’est un début de mise en orbite ! Après, il faut que la mécanique suive et que les batailles soient gagnées », estime Nafaa Ennaifar. Mouna Allani, activiste de la société civile et membre de la fédération tunisienne de l’hôtellerie, exige pour sa part « des actes et non de la parlotte ».

Chahed a quand même marqué un point en prenant les Tunisiens à témoins. Reste à savoir ce que pense Béji Caïd Essebsi de cette manœuvre. Actuellement en déplacement à Paris, le chef de l’État l’a-t-il suggérée ? Appuyée ? Cette sortie de Chahed n’est pas gratuite, d’autant qu’il est difficile de déloger le fils sans approbation du père. Un feuilleton qui va passionner les Tunisiens dans les mois à venir, mais qui ne doit pas occulter les priorités économiques.

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