Politique

Tunisie : ouverture du procès de Ben Ali… sans Ben Ali

L'ancien président tunisien, Zine El Abidine Ben Ali, à l'aéroport de Tunis Carthage, le 13 décembre 2010. © Hassene Dridi/AP/SIPA

Le premier volet de la série de procès diligentée par l'Instance vérité et dignité contre l'ancien président Zine el-Abidine Ben Ali et ses proches pour leurs exactions à l'encontre d'opposants s'est ouvert le 29 mai dans un tribunal comble, mais en l'absence des principaux accusés.

Kamel Matmati, membre du mouvement islamiste Ennahdha, a été arrêté sur son lieu de travail le 7 octobre 1991 à Gabès, dans le sud de la Tunisie. Il a ensuite rejoint la foule des « disparus » du régime Ben Ali. Sa famille devra attendre 2016 pour qu’il soit déclaré mort après avoir été torturé en prison, peu après son arrestation, et n’a toujours pas récupéré son corps.

Sept ans et demi après la révolution et quatre ans après la mise en place de l’Instance vérité et dignité (IVD), chargée de rendre justice aux victimes des violations des droits de l’Homme sous les régimes ayant suivi l’indépendance et durant les troubles post-Révolution, le procès pour le meurtre de Kamel Matmati s’est ouvert mardi 29 mai  dans une salle comble, mais en l’absence des accusés, a constaté une journaliste de l’AFP.

Après une journée d’audience émouvante, qui a permis d’éclairer les exactions policières, la cour a fixé la prochaine audience au 10 juillet, s’engageant à s’assurer que les accusés soient dûment convoqués, sans préciser si des mandats d’arrêt ou demandes d’extradition seraient délivrés.

Outre Ben Ali, exilé en Arabie saoudite, douze accusés dont son ministre de l’Intérieur Abdallah Kallel et Mohamed Ali Ganzoui, ancien chef de la Sûreté, sont poursuivis pour homicide, torture ou disparition forcée dans les 25 dossiers renvoyés par l’IVD devant les treize tribunaux spécialisés créés dans le cadre du processus de justice transitionnelle.

Années terribles

Ben Ali et certains piliers de son régime policier ont déjà été condamnés à des années de prison dans des procès menés immédiatement après la révolution de 2011, qui ont été critiqués pour leur approche expéditive et parfois politique.

En amont de ce procès, des tentes ont été dressées devant le tribunal et plus de 150 personnes ont manifesté, scandant « Non à l’impunité », « Justice équitable = pays sécurisé ». « Nous voulons que ceux qui l’ont tué, torturé, soient jugés », a déclaré à l’AFP l’épouse de Kamel Matmati, Latifa. « Nous sommes passés par des années terribles. Le plus dur est de ne pas avoir sa dépouille (…). Mais il y a une joie aujourd’hui, parce que finalement la vérité va être dévoilée », a-t-elle ajouté.

Pour l’ONG Human Rights Watch (HRW), « si le pouvoir judiciaire, l’un des piliers des dictatures passées, peut obtenir que les responsables rendent des comptes de façon équitable pour des cas aussi symboliques, cela sera une grande avancée pour la démocratie en Tunisie — et un exemple pour la région ».

 

Critiquée pour sa lenteur, l’instance a fait face à des réticences politiques avec le retour au pouvoir de responsables de l’ancien régime, mais aussi à des différends internes et au manque de coopération d’organes étatiques.

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