Diplomatie

Rwanda : la France officialise son soutien à la candidature de Louise Mushikiwabo à la tête de l’OIF

Paul Kagame, le président du Rwanda, et Emmanuel Macron, président français, à l'Élysée le 23 mai 2018. © Francois Mori/Pool via Reuters

Emmanuel Macron a confirmé qu'il était favorable à une candidature de Louise Mushikiwabo, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, à la tête de l'Organisation internationale de la Francophonie. L'élection aura lieu les 11 et 12 octobre prochains à Erevan.

« S’il y a une candidature africaine au poste de secrétaire générale de la Francophonie, elle aurait beaucoup de sens. Si elle était africaine et féminine, elle aurait encore plus de sens. Et donc, je crois qu’à ce titre la ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Louise Mushikiwabo, a toutes les compétences pour exercer cette fonction (…). Je crois qu’avoir une candidate africaine est une très bonne nouvelle et, à ce titre, je la soutiendrai », a déclaré Emmanuel Macron à l’issue de sa rencontre, à l’Élysée, ce 23 mai, avec son homologue rwandais Paul Kagame. L’information selon laquelle la France soutiendrait la candidature de Louise Mushikiwabo à la tête de l’OIF, révélée le 8 mai dernier par Jeune Afrique , a donc été officialisée par le président français.

Kagame « heureux de participer » à l’OIF

Vincent Fournier/JA

Louise Mushikiwabo apparaît comme un personnage clé du régime rwandais

Paul Kagame a pour sa part souligné sa volonté de « contribuer à la Francophonie », rappelant que « le Rwanda n’a jamais quitté l’organisation ». Il s’est dit « heureux de participer en proposant des personnalités comme Louise Mushikiwabo ». Dans le cadre de cette candidature, le président rwandais a insisté sur l’importance du consensus et du soutien des membres africains de la Francophonie, mais aussi du soutien, désormais officiel, de la France.

« Je crois très profondément que le centre de gravité de la Francophonie est en Afrique, et que si nous voulons faire réussir la Francophonie, on doit la décentraliser, s’assurer que la jeunesse africaine se l’approprie et penser la Francophonie dans le plurilinguisme », a ajouté Emmanuel Macron.

Ministre des Affaires étrangères et porte-parole du gouvernement depuis près de dix ans, Louise Mushikiwabo apparaît comme un personnage clé du régime rwandais. Elle est aussi un rouage essentiel dans le projet de réformes porté par Paul Kagame à l’Union africaine, que le chef de l’État rwandais préside cette année. Une organisation avec laquelle Emmanuel Macron a dit souhaiter collaborer plus étroitement.

Michaëlle Jean organise la contre-attaque

Élodie Grégoire/RÉA

Au sein de l’OIF les méthodes de la secrétaire générale ne font pas l’unanimité

L’élection au poste de secrétaire général de l’OIF aura lieu les 11 et 12 octobre prochains à Erevan, en Arménie. Michaëlle Jean, actuelle présidente de l’Organisation internationale de la Francophonie, briguera un second mandat. « Pour l’instant, on continue notre travail, nous ne sommes pas encore en campagne, mais plutôt dans une phase d’explication du bilan », explique Bertin Leblanc, porte-parole de Michaëlle Jean, qui rappelle les « solides soutiens » de la Canadienne sur le continent – au Sénégal, au Mali et en Côte d’Ivoire, notamment.

En coulisses, il semble néanmoins que la contre-attaque s’organise. Le 12 mai, deux émissaires de la secrétaire générale étaient à Ouagadougou. Le Burkinabè Malik Sarr, représentant de l’OIF à Madagascar, et le Malien Adama Ouane, l’administrateur de l’organisation, ont rencontré à cette occasion le président Kaboré, officiellement pour l’inviter au sommet d’Erevan, en octobre.

Le bilan de la première femme élue à la tête de l’OIF apparaît toutefois mitigé. Et au sein de l’organisation, les méthodes de la secrétaire générale ne font pas l’unanimité. Par ailleurs, ses relations avec Paris sont pour l’instant perfectibles. En novembre 2017, Emmanuel Macron avait ainsi demandé à Leïla Slimani, sa représentante personnelle pour la Francophonie, de réaliser un Dictionnaire de la francophonie, sans passer par la directrice « Langue française, culture et diversité » de l’OIF, Youma Fall. Une décision qui n’avait pas été bien accueillie avenue Bosquet, à Paris, où siège l’organisation. Mais parmi les proches de Michaëlle Jean, on considère que cette supposée tension avec l’Élysée « alimente surtout beaucoup de fantasmes ».

Louise Mushikiwabo va devoir rassembler sur le continent

DR / Union africaine

Le sommet de l’UA, que préside actuellement Paul Kagame, pourrait être une bonne occasion de fédérer les soutiens africains

Pour Louise Mushikiwabo, le plus dur commence désormais. À cinq mois du sommet d’Erevan, le ministre rwandaise des Affaires étrangères va devoir rassembler largement derrière sa candidature afin d’éviter au continent africain – le plus représenté au sein de l’organisation – de connaître la même déconvenue qu’au sommet de Dakar, en 2014.

Les pays africains, incapables de trancher entre les candidatures de l’ancien président burundais Pierre Buyoya et de l’écrivain et diplomate congolais Henri Lopes, avaient alors ouvert une voie royale à la Canadienne Michaëlle Jean. François Hollande avait, à l’époque, opposé un veto à la candidature du Congolais, proche du président Denis Sassou Nguesso, et fait pencher la balance en faveur de l’ancienne représentante de la reine d’Angleterre au Canada.

Si le soutien déclaré de la France est un atout de poids pour la Rwandaise, le consensus qu’elle espère obtenir sur le continent sera décisif, comme l’a rappelé Paul Kagame lors du point presse à l’Elysée. Les relations diplomatiques du Rwanda sont déjà bonnes avec le Congo Brazzaville, le Gabon, le Bénin, le Sénégal, le Mali, la Guinée ou encore le Maroc. D’après nos informations, Rabat avait même joué le rôle d’intermédiaire, à la demande de la France, pour suggérer à Kigali de présenter cette candidature rwandaise.

Prévu début juillet à Nouakchott, en Mauritanie, le sommet de l’Union africaine, que préside actuellement Paul Kagame, pourrait être une bonne occasion de fédérer les soutiens africains autour de la candidature de Louise Mushikiwabo.

Si d’un côté comme de l’autre on refuse de parler de normalisation, cette annonce du président français marque la suite d’un « dégel » des relations franco-rwandaises amorcé avec l’arrivée de l’administration Macron.

Fermer

Je me connecte