Sécurité

Côte d’Ivoire : Justin Koné Katinan visé par un nouveau mandat d’arrêt international

Justin Koné Katinan, ministre du Budget sous Laurent Gbagbo, et porte-parole du président ivoirien déchu. © Reuters/Thierry Gouegnon

Selon la défense de Justin Koné Katinan, ce mandat d'arrêt international émis par la Côte d'Ivoire le 28 mars, et que JA a pu consulter, n'a pas encore été notifié au porte-parole de Laurent Gbagbo par la justice du Ghana, où il vit en exil.

Justin Koné Katinan n’en a pas fini avec la justice ivoirienne. En exil à Accra depuis le 11 avril 2011, le dernier ministre du Budget de Laurent Gbagbo est visé par un nouveau mandat d’arrêt international.

Le document, que Jeune Afrique a pu consulter, a été signé le 28 mars par le juge d’instruction du tribunal de première instance d’Abidjan, Ndri Kran, et le procureur de la République, Richard Adou. Selon la défense de Justin Koné Katinan, il a été émis au Togo, au Bénin et au Ghana, mais n’a pas encore été notifié à l’intéressé. Le mandat d’arrêt prie en effet « les autorités compétentes de la République du Bénin où il été aperçu, de rechercher, d’arrêter et de conduire à la maison d’arrêt la plus proche » l’actuel porte-parole de Gbagbo et indique que « l’inculpé serait (à la date d’émission du document) actuellement au Togo ».

« Nous avons été informés que trois autres mandats d’arrêt avaient été émis depuis le 28 mars », affirme-t-on dans l’entourage de Katinan. Le ministère de la Justice n’a pas souhaité réagir, et le procureur de la République n’a de son côté pas répondu aux sollicitations de JA.

Visé pour des faits de tentative de déstabilisation

Justin Koné Katinan est visé pour des faits de tentative de déstabilisation « allant de 2012 à 2017 ». La justice ivoirienne affirme avoir interpellé un certain « Jacques Louis Yedagn alias Souleymane Meïté », considéré comme l’un des meneurs « d’un vaste réseau de déstabilisateurs ayant pour objectif d’entreprendre un mouvement subversif d’envergure ». Un courrier adressé à un chef de guerre libérien dont il sollicitait l’appui militaire, aurait été retrouvé en sa possession.

Ledit Souleymane Meïté aurait déclaré aux enquêteurs avoir personnellement sillonné plusieurs villes du pays « en vue de mobiliser et galvaniser les chefs de guerre et leurs troupes ». Lors d’une de ces réunions, qui aurait eu lieu en 2016, un certain « pasteur Zoumé », lui aussi exilé au Ghana, aurait déclaré que Justin Koné Katinan « donnait directement des instructions aux chefs de guerre du Nord ». Le mandat d’arrêt ne donne pas plus de précisions.

Katinan, qui a publié des extraits du document sur sa page Facebook, a annoncé avoir demandé à son avocate, la Camerounaise Me Josette Kadji, de saisir le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH), la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, et le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

Une précédente demande d’extradition refusée

Ce n’est pas le premier mandat d’arrêt émis par la Côte d’Ivoire à l’encontre de Justin Koné Katinan. En 2012, Abidjan avait demandé au Ghana de l’extrader pour des faits de « crimes économiques et de meurtres », ce que la justice ghanéenne avait refusé en août 2013 à l’issue d’un bras de fer judiciaire. L’ancien ministre de Gbagbo a également été condamné en janvier 2018 à Abidjan à 20 ans de prison dans l’affaire du casse de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Un mandat d’arrêt avait déjà été émis à cette occasion.

En septembre 2017, après plusieurs attaques contre des postes de gendarmerie et de police, les autorités ivoiriennes avaient accusé plusieurs personnalités pro-Gbagbo « de mener des projets de déstabilisation ». Deux anciens proches de Laurent Gbagbo avaient été directement mis en cause : Damana Pickass, ex-leader des jeunes du Front populaire ivoirien (FPI) et Stéphane Kipré, président du parti l’Union des nouvelles générations (UNG) et gendre de Laurent Gbagbo.

Pickass, qui vit en exil au Ghana, et Kipré, installé en France, avaient démenti ces allégations par voie de presse.

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