Vincent Dabilgou, ministre burkinabè des Transports : « La sortie du Fonds Aga Khan n’a pas été facile pour Air Burkina »

Par - à Ouagadougou

Vincent Dabilgou, le ministre des Transports du Burkina Faso © Ministère des Transports du Burkina Faso

Relance d’Air Burkina, réhabilitation du chemin de fer Abidjan-Kaya, construction d’une nouvelle ligne ferrée entre Ouagadougou et Accra et d’un aéroport à Donsin, à 35 km au nord-est de la capitale... Le nouveau ministre burkinabè des Transports, Vincent Dabilgou, détaille ses priorités.

Promu au gouvernement lors du remaniement du 31 janvier dernier, le ministre burkinabè des Transports, de la Mobilité urbaine et de la Sécurité routière est un homme de dossiers. Président de la formation politique Nouveau temps pour la démocratie (NTD) – mouvance présidentielle, l’ingénieur d’une cinquantaine d’années est un proche de l’influent Simon Compaoré dont il fut le directeur technique des services municipaux lorsque le président du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP, au pouvoir) était bourgmestre de la capitale. Ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme en 2007 sous Blaise Compaoré, c’est lui qui avait initié le programme de construction de 10 000 logements sociaux.

Jeune Afrique : Un an après le départ du Fonds Aga Khan pour le développement économique du capital d’Air Burkina, comment se porte le transporteur national ?

Vincent Dabilgou : La sortie du Fonds n’a pas été facile pour Air Burkina ; d’autant que sous son aile notre compagnie nationale bénéficiait d’une situation florissante. Elle rayonnait dans la sous-région avec une capacité opérationnelle appréciée et un appareillage adapté.

Un an après, le bilan du point de vue économique et financier n’est pas reluisant même si la compagnie continue à desservir la sous-région. Aga Khan nous avait permis de renforcer la capacité à voler d’Air Burkina. Aujourd’hui, notre compagnie dispose d’un Embraer 170 et loue un Boeing 737 à la société sud-africaine African Charter Airline.

Que fait le gouvernement pour relancer le transporteur aérien ?

Nous avons entrepris trois actions majeures dès la reprise de la compagnie, à savoir la rigueur dans la gestion et la réduction des coûts, ainsi que l’élaboration d’un plan stratégique.

Je suis particulièrement satisfait de cela, dans la mesure où nous avons pu ramener le déficit annuel qui avoisinait les 3 milliards à seulement 300 millions de FCFA. Ces mesures ont donné un bol d’air à la compagnie qui a vu le taux de remplissage bondir à près de 70 %, pour un chiffre d’affaires d’environ 16 milliards de FCFA.

Il importe d’ouvrir le capital de la compagnie au secteur privé régional

Parallèlement à ces actions, nous venons de confier au cabinet McKinsey l’élaboration du plan stratégique destiné à relancer la société. Il s’agit de nous proposer un schéma prospectif sous-régional et africain assorti d’un modèle économique ainsi que le choix de l’appareillage en fonction des dessertes.

McKinsey va également nous suggérer le type de société approprié pour atteindre les ambitions d’Air Burkina. Pour nous, il importe d’ouvrir le capital de la compagnie au secteur privé régional. C’est une attente forte du gouvernement qui continue de prospecter pour trouver un partenaire crédible, qui accepte d’injecter des fonds pour la relance de ce label national. Je dois avouer d’ailleurs qu’il y a de l’engouement autour de la compagnie.

Qui sont les partenaires intéressés par la reprise ?

Permettez-moi, à ce stade, de ne pas citer de noms pour des raisons évidentes de stratégie. D’une manière générale, pendant que McKinsey élabore le plan stratégique, nous négocions avec des partenaires qui ont manifesté un intérêt pour Air Burkina.

Le partenaire que nous allons choisir doit renforcer la flotte d’Air Burkina et faire du Burkina un hub, en partant du principe que la mise en service du nouvel aéroport de Donsin [à 35 km au nord-est de la capitale, ndlr] doit lui permettre de transporter au moins un million de passagers par an.

Aujourd’hui, les travaux des voies d’accès au site de l’aéroport de Donsin sont parachevés

Où en est le chantier du nouvel aéroport ?

Je dois admettre que la complexité et les modes de décaissements différents d’un bailleur à l’autre que nous avons mobilisé pour le financement du projet, conjugués à la crise politique de 2014, sont à l’origine des retards accusés sur le planning du projet.

Aujourd’hui, les travaux des voies d’accès au site de l’aéroport sont parachevés. Les travaux de clôture vont bientôt démarrer. L’appel d’offres pour la réalisation des infrastructures aéroportuaires, comme la tour de contrôle et la piste d’atterrissage, attendent l’accord de non objection avant le démarrage des travaux.

Nous avons également lancé un appel à candidatures pour choisir un opérateur international. Une fois désigné, ce dernier va financer la construction de l’aérogare et créer une société d’économie mixte, chargée de la gestion de l’aéroport et dans laquelle l’État sera actionnaire minoritaire.

Pour nous, l’affaire Bolloré pose le problème de la capacité des États africains à gérer les ports et les infrastructures ferroviaires dans la transparence

Le PDG du groupe français Bolloré, avec qui le Burkina et la Côte d’Ivoire ont renouvelé la concession révisée sur le chemin de fer Abidjan-Ouagadougou, a été mis en examen pour corruption. Comment avez-vous réagi à l’annonce des déboires judiciaires de Vincent Bolloré ?

Nous avons été surpris par l’affaire Bolloré. Pour nous, ce dossier pose le problème de la capacité des États africains à gérer les ports et les infrastructures ferroviaires dans la transparence et le respect des intérêts publics. Nous suivons donc cette affaire avec beaucoup d’attention.

Les démêlés judiciaires de Bolloré compromettent-ils l’avenir de la réhabilitation de la voie ferrée Abidjan-Ouagadougou ?

Pas du tout. Il n’y a pas de blocages, le groupe Bolloré devait réhabiliter la ligne à hauteur de 400 millions d’euros sur cinq ans. La concession révisée pour la gestion et l’exploitation du chemin de fer Abidjan-Ouaga [signée en juillet 2016 par le Burkina et la Côte d’Ivoire et Sitarail, ndlr] nous permet de confier la réhabilitation des rails jusqu’à Kaya par le groupe Bolloré, contrairement à l’accord précédent qui conférait cette tâche aux seuls États.

La nouvelle convention permet ainsi de moderniser le réseau ferroviaire, d’accroître la vitesse du train de transport de voyageurs et d’améliorer le trafic entre les deux pays. Le dossier est à l’Assemblée nationale, qui doit adopter la concession révisée.

Pour quelles raisons le Burkina et le Ghana ont décidé de lancer la construction d’une ligne ferrée ?

Nous avons finalisé l’accord de coopération nécessaire à la mise en œuvre du projet qui va poser les rails entre Ouagadougou et Accra par un même opérateur. Nos deux chefs d’État veulent ainsi redonner une valeur primordiale au chemin de fer comme mode de transport économique et intégrateur. Environ 150 véhicules lourds traversent notre frontière commune, ce qui dégrade considérablement le réseau routier.

Connaît-on les détails du projet ?

Nous avons achevé la rédaction des termes de référence pour la maîtrise d’ouvrage délégué. Nous allons recruter un bureau d’étude pour nous conseiller et aider à contrôler la mise en œuvre du projet. Nous avons lancé une manifestation internationale pour permettre la sélection de l’opérateur privé chargé d’exécuter les travaux sous forme de BOT (construction-exploitation-transfert) que nous pensons démarrer avant la fin de cette année. Je peux vous assurer que des partenaires sont prêts à s’engager sur ce projet dont la mise en service est prévue en 2020.

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