Politique économique

Aide au développement : un an après l’élection de Macron, les priorités sont claires… les actions un peu moins

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Friederike Röder est directrice de l'ONG ONE France.

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Emmanuel Macron à Ouagadougou, le 28 novembe 2017. © Ahmed Yempabou Ouoba/AP/SIPA

En un an de mandat présidentiel, Emmanuel Macron n’a pas caché ses ambitions internationales, en particulier son aspiration de refondre les relations entre la France et l’Afrique en profondeur.

[Tribune] Déplacements en nombre, grands discours, nouvelles initiatives et nouveaux partenariats… Le Président de la République a remis l’Afrique au centre du monde, ou tout du moins au cœur de la politique internationale de la France. Mais qu’en est-il réellement, un an après ?

Dans les faits, le nouveau locataire de l’Elysée n’a pas démarré en grandes pompes. Après avoir raboté le budget d’aide au développement pour 2017, le budget pour 2018 n’aura vu qu’une très timide augmentation de 100 millions d’euros. Et les prévisions pour 2019 ne sont guère plus ambitieuses. Le budget est donc encore loin d’être à la hauteur des besoins qu’il a pourtant lui-même identifié, notamment pour la région vulnérable du Sahel.

En même temps, comme le veut la formule, la liste des progrès et des symboles est prometteuse. Emmanuel Macron a visité l’Afrique 9 fois en 9 mois, créé le Conseil présidentiel africain, commandité une mission sur la modernisation de la politique d’aide au développement, lancé les prémices d’une Alliance avec le Sahel, et s’est engagé à une augmentation d’aide au développement inédite d’ici la fin de son quinquennat.

En augmentant de quelque 6 milliards d’euros, pour atteindre 15 milliards en 2022, l’aide au développement de la France devrait atteindre un niveau qu’on n’avait plus vu depuis longtemps

En effet, il l’a dit, redit et répété, en 2022, la France devrait atteindre 0,55% du revenu national brut alloué à l’aide au développement. Bien que ce chiffre soit encore inférieur à l’objectif international de 0,7%, et ne permettrait à la France que de revenir à la quatrième place du classement des donateurs (devant le Japon, mais toujours derrière l’Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis), il a le mérite d’être accompagné d’un délai précis et d’une trajectoire, une première en matière d’engagements présidentiels. En augmentant de quelque 6 milliards d’euros, pour atteindre 15 milliards en 2022, l’aide au développement de la France devrait alors atteindre un niveau qu’on n’avait plus vu depuis longtemps, et qui permettrait à la France de rattraper les coupes à répétition subies par ce budget depuis vingt ans.

Reste à savoir comment sera utilisé cet argent. L’éducation, le climat, l’égalité entre les femmes et les hommes et la santé ont été présentés comme les futurs grands axes de la politique de développement dans le relevé de décisions du comité interministériel de la coopération internationale et du développement (CICID), qui identifie également les zones en crise et les pays les plus pauvres, plus particulièrement en Afrique et le Sahel, comme ses priorités géographiques. Dans la pratique, c’est encore loin d’être le cas. Aujourd’hui, par exemple, seuls 27% de l’APD française sont alloués aux pays les plus pauvres et les plus fragiles en Afrique, seuls 17% financent des projets qui contribuent activement à réduire les inégalités entre les femmes et les hommes, et si l’Alliance Sahel a été lancée en juillet dernier, elle a encore tout à prouver.

Les récents engagements pris par le gouvernement doivent être traduits dans la future loi relative à la politique de développement et de solidarité internationale

C’est pourquoi il est maintenant primordial qu’Emmanuel Macron tienne l’une de ses promesses prise il y a plus d’un an, lors de la campagne présidentielle : la révision de la loi d’orientation et de programmation relative à la politique de développement et de solidarité internationale. Un nom à rallonge mais qui vaut le coup d’être retenu car il s’agit là de l’outil de pilotage de l’aide au développement française. Les récents engagements pris par son gouvernement doivent être traduits dans cette loi, afin de permettre non seulement un meilleur contrôle démocratique, mais surtout une meilleure efficacité de cette aide, en s’assurant qu’elle aille vraiment vers les priorités identifiées par la France.

L’enjeu est de taille : il faut faire en sorte que les augmentations de l’aide soient investies aussi efficacement que possible pour lutter contre l’extrême pauvreté. Inscrire des promesses présidentielles dans la loi permettra aussi à la France de rendre plus crédible son action à l’international.

En effet, la France accueillera le G7 en 2019, Emmanuel Macron est donc attendu au tournant. Il s’agit non seulement de se donner dès aujourd’hui les moyens de ses ambitions, pour que la France tienne enfin ses promesses internationales de financement de l’aide aux pays en développement et conserve son statut de leader pour la santé mondiale, mais aussi de réunir la communauté internationale autour d’un objectif commun de solidarité internationale en ces temps de repli sur soi.

Ce leadership est plus important que jamais, car celui qui a décrit à plusieurs reprises l’Afrique comme « un continent d’avenir », ne doit pas l’oublier : l’avenir de l’Afrique se joue aujourd’hui.

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