Politique

Tunisie : après les municipales, le jeu complexe des alliances locales

Les élections municipales en Tunisie devaient se dérouler en décembre 2017. © Hassene Dridi/AP/SIPA

Après les élections locales du 6 mai qui ont sacré les listes indépendantes, le nouveau défi de la jeune démocratie tunisienne est de constituer les premiers conseils locaux post-révolution. Un défi jonché d'embûches, selon le politologue Riadh Sidaoui.

Les premières élections municipales depuis la chute de Ben Ali, qui se sont tenues le 6 mai, ont donné victorieuses les listes indépendantes avec 32,3 % des suffrages, devant les islamistes d’Ennahdha (28,6 %) et le parti laïc Nidaa Tounes (20,8 %). Des scores nuancés par une abstention record de 64,4 %.

L’ancrage de la démocratie au niveau local sera un pas supplémentaire dans le jeu politique tunisien. Les élus doivent à présent se constituer en conseils municipaux et élire les maires. Riadh Sidaoui, politologue et directeur du Centre arabe de recherches et d’analyses politiques et sociales (Caraps) décrypte pour Jeune Afrique les enjeux de ces communales.

Jeune Afrique : Les élus locaux ont jusqu’à juillet pour élire leur maire. Quels sont les enjeux de cette échéance ?

Riadh Sidaoui : Ces élections présentent un tout nouveau défi pour la démocratie tunisienne. Les listes gagnantes vont élire les présidents des conseils municipaux, un rôle très important d’un point de vue symbolique et politique, et créer des alliances. Elles devront ainsi faire l’apprentissage de la cohabitation au sein de conseils municipaux où seront présents toutes les couleurs politiques.

À ce titre, il sera intéressant d’observer ces nouvelles coalitions locales, différentes dans chaque municipalité, et la manière dont elles apprendront à travailler ensemble malgré les différences politiques et idéologiques. C’est une toute nouvelle étape et une toute nouvelle expérience démocratique pour la Tunisie.

Il faudra attendre le jeu des alliances locales qui nous permettra de savoir quelle liste est véritablement indépendante

Les indépendants vont-ils changer la donne quant à la bipolarité Nidaa-Ennahdha qui s’est dessinée dans ces élections ?

Tout d’abord, une ambiguïté persiste sur l’identité de ces listes indépendantes. Nombre d’entre elles seraient affiliées au parti islamiste Ennahdha ou au parti de gauche Front populaire. Il faudra attendre le jeu des alliances locales qui nous permettra de savoir quelle liste est véritablement indépendante. Il est certain que cette victoire des listes indépendantes confirme le désaveu des deux grands partis Ennahdha et Nidaa Tounes chez les citoyens. Malgré tout, aucun autre parti n’a réussi à percer et ils restent confirmés dans leur statut de grands partis. Les listes indépendantes seront de toute façon amenées à former des alliances locales et à cohabiter au sein des conseils municipaux.

Les bons scores de ces partis dans les grandes villes confirment que le paysage politique national restera partagé par ces deux grands partis bien structurés et financés

L’alliance de ces deux partis au gouvernement se répercutera-t-elle sur les communes ?

Elle ne se répercutera pas au niveau des municipalités, où le jeu est plus complexe. Il y aura des alliances différentes dans chaque localité car les citoyens votent d’abord pour des personnalités connues localement. De plus, l’alliance nationale entre les dirigeants de Nidaa Tounes et d’Ennahdha a choqué leurs bases militantes qui se combattent.

Toutefois, les bons scores de ces partis dans les grandes villes confirment que le paysage politique national restera partagé par ces deux grands partis bien structurés et financés, qui ont la même politique économique néo-libérale et sont proches sur les questions sécuritaires. Sur le plan local, les élus auront plus de marge de manœuvre. La complexité du jeu politique tunisien s’écrit à présent grâce à ces élections communales.

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