Elections

Élections en RDC : les bizarreries de la loi de répartition des sièges

Corneille Nangaa, président de la Ceni en RDC. © Alain Wandimoyi/Monusco

Promulguée le 8 mai par le président Joseph Kabila, la nouvelle loi de répartition des sièges comporte quelques bizarreries susceptibles d’alimenter le doute sur la sincérité du processus électoral.

Pour parvenir à répartir les 500 sièges à l’Assemblée congolaise, les autorités se sont basés sur le nouveau fichier électoral réalisé par la Ceni. Officialisé le 6 avril dernier, celui-ci compte très exactement 40 287 385 électeurs, après la radiation de plus de 5 millions de doublons et d’environ 900 000 mineurs. À ceci près que la loi de répartition votée et promulguée évoque un total de 40 371 439 d’électeurs – soit un surplus de 84 000 personnes par rapport aux chiffres avancés par la Ceni en avril.

Malgré la radiation de millions de doublons, des interrogations demeurent sur quelques provinces, qui ont vu leur population électorale croître de manière exponentielle par rapport à 2011. C’est notamment le cas du Sankuru, une province rurale dans le centre du pays, où le nombre d’électeurs a augmenté de 45,8 %. Même scénario dans les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba, qui ont connu des augmentations proches de 30 %. Autant de hausses à mettre en regard avec celle observée en moyenne au niveau national, qui est de l’ordre de 20 %.

« C’est tout bonnement une fraude », juge l’opposant Martin Fayulu, candidat déclaré à l’élection présidentielle. Et ce dernier de donner pour preuve le cas de la capitale Kinshasa, traditionnel bastion de l’opposition, qui compte 55 sièges. « L’Organisation internationale de la francophonie estime qu’environ 44 % de la population s’inscrit sur les listes électorales, explique-t-il. Si l’enrôlement des électeurs avait été fait correctement, Kinshasa aurait dû avoir 67 sièges. »

Quid des Congolais de la diaspora ?

La loi de répartition ne prévoit également aucun siège pour les Congolais de l’étranger. D’après le calendrier publié par la Ceni, leur enrôlement devait débuter au mois de juillet. Car il était prévu qu’ils puissent voter uniquement à l’occasion de l’élection présidentielle. Mais son président Corneille Nangaa estime désormais l’opération trop difficile à réaliser dans les temps impartis, en raison notamment des complications liées à la double nationalité d’une partie des Congolais de la diaspora. « Cinq à sept millions de personnes ne pourront ainsi pas voter, déclare Martin Fayulu. Et l’on sait très bien que la grande majorité d’entre eux ne se retrouve pas dans Joseph Kabila. »

Soumis à de nombreuses critiques, le fichier électoral doit faire l’objet d’un audit des experts de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Or ce fichier conditionne la répartition des sièges en vue des élections, dont la loi a été votée et promulguée. Sur son compte Twitter, le député de l’opposition Claudel-André Lubaya s’interroge : « La loi sur la répartition des sièges étant déjà votée et promulguée, à quoi servirait l’audit du fichier ? »

« Si l’audit révèle beaucoup de faiblesses », il faudra repartir de zéro, estime pour sa part Martin Fayulu. Et de souligner, qu’à ses yeux, « la seule solution qui vaille, c’est une transition sans Joseph Kabila ».

Déjà 250 000 inscrits !
NEWSLETTER

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Fermer

Je me connecte