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Cet article est issu du dossier «Crise en Libye : accord à Paris pour des élections le 10 décembre»

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Elections

Élections libyennes : le parcours du combattant de Ghassan Salamé

L'émissaire de l'ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, lors d'une conférence de presse en mars 2017. © Thein Zaw/AP/SIPA

Confronté à une situation politique et militaire libyenne confuse, l'émissaire de l'ONU Ghassan Salamé ne ménage pas ses efforts pour accompagner la transition pacifique vers un gouvernement central. Ce qui semble loin d'être gagné...

« Ne pas réussir à organiser les élections prolongera la crise libyenne », avait prévenu Ahmed Aboul Gheit, secrétaire général de la Ligue arabe, le 30 avril, au cours d’une réunion du quartet (Union africaine, Union européenne, Ligue arabe et Nations unies) au Caire.

Deux jours plus tard, comme en réponse à l’appel du quartet, quatre hommes prenaient d’assaut la Haute commission électorale libyenne à Tripoli et ouvraient le feu, avant de se faire exploser dans l’enceinte du bâtiment. L’attentat, revendiqué par Daesh, a fait 12 morts et a renforcé les doutes sur la capacité du pays à poursuivre sereinement son processus électoral, annoncé « au printemps » par Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar à La Celle-Saint-Cloud en juillet dernier.

• Un pays toujours divisé

Depuis le 20 juin 2017, l’ancien ministre libanais de la Culture et de l’éducation, Ghassan Salamé, est chargé par le Conseil de sécurité de l’ONU d’établir un plan d’action pour la stabilisation de la situation libyenne. Le processus prévoit l’organisation d’une grande conférence nationale pour la réconciliation des Libyens, une réforme constitutionnelle et la tenue des élections présidentielles, municipales et parlementaires. Mais les conditions préalables à de telles élections sont loin d’être réunies.


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Le pays est toujours divisé entre le gouvernement d’union nationale, reconnu par la communauté internationale, installé à Tripoli et dirigé par Fayez al-Sarraj, et le Parlement de Tobrouk, qui lui refuse son investiture. Ce dernier s’appuie sur l’Armée de libération nationale (ALN) du maréchal Khalifa Haftar. Soutenu par les Émirats arabes unis et l’Égypte, l’homme fort de la Cyrénaïque a pris acte en décembre de la mort des accords de Skhirat conclus en 2015. Ils donnaient deux ans au gouvernement d’union nationale pour mettre fin à la division politique.

• Des assauts qui continuent

Entre temps, Khalifa Haftar a avancé ses pions sur le terrain. Il s’est emparé du Croissant pétrolier dans l’Est du pays et a arraché Benghazi aux groupes islamistes en juillet dernier. Alors que des doutes subsistent sur son état de santé, le général Haftar a lancé au soir du 7 mai une grande offensive pour récupérer la ville côtière de Derna. Il s’avère difficile de réunir les deux gouvernements sur un agenda commun.

Ghassan Salamé devra également composer avec Aguila Saleh, le président de la Chambre des représentants de Tobrouk, sans qui il sera difficile d’imaginer un accord à l’échelle nationale. Quant à Fayez al-Sarraj, son autorité reste fragile et dépend en partie des milices de Tripoli.

• Une réconciliation difficile

Pour compliquer la mission de l’émissaire de l’ONU, le pays est divisé en plusieurs territoires contrôlés par des milices rivales dont certains chefs se sont considérablement enrichis et seront peu disposés à se désarmer volontairement. Ghassan Salamé désire ouvrir la conférence nationale sur la réconciliation – qui devrait se tenir après le ramadan à la mi-juin– à plusieurs de ces groupes qu’il qualifie d’ « ostracisés et marginalisés », ce qui pourrait désigner les minorités, les tribus de l’Est ou même les soutiens de Seif el-Islam Kadhafi. Expulsé de Syrte en 2016 par les milices loyales au gouvernement d’union nationale, l’État islamique reste actif dans le sud et le centre de la Libye et peut encore, comme en témoigne le récent attentat, perturber le processus électoral.

Pour l’heure, la normalisation financière du pays est la priorité de Ghassan Salamé, qui espère réunir les deux banques centrales afin de relancer la machine d’État libyenne et financer plus efficacement la remise en ordre du pays. Autre urgence, la question des 320 000 déplacés, elle aussi liée au morcellement du territoire libyen et aux profondes rancœurs entre populations.

• Un projet de Constitution contesté

Enfin, si le plan d’action de Ghassan Salamé a été approuvé par le quartet le 2 mai, ses interlocuteurs libyens ne s’entendent pas sur les modalités du référendum censé avaliser la nouvelle Constitution. Certains contestent même le texte initial, adopté en juillet 2017 dans une ambiance houleuse, puis gelé suite à une décision du tribunal administratif d’El Beïda, dans l’Est.

Au milieu de ces complications, Ghassan Salamé trouve quelques motifs d’espoir : le million de Libyens supplémentaire inscrit sur les listes électorales par exemple, signe de l’intérêt de la population pour l’exercice démocratique. Par ailleurs, l’émissaire de l’ONU estime possible de tenir les élections législatives et municipales avant la fin de l’année, même sans accord préalable sur la Constitution. La présidentielle, en revanche, ne saurait s’en passer. Sur ce chapitre, le rapport de force sur le terrain risque d’être plus déterminant que la persévérance de Ghassan Salamé.

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