Gabon : le nouveau gouvernement face au défi des législatives

Lors de la prestation de serment du gouvernement gabonais, devant le président Ali Bongo Ondimba, le 7 mai 2018 à Libreville. © DR / Présidence Gabon / Ike Ngouoni

Le nouveau gouvernement gabonais a prêté serment lundi 7 mai. Annoncé vendredi, il mélange d'anciens ministres et des transfuges de l'opposition. Si sa composition agite l'opposition gabonaise, la mission de cette nouvelle équipe reste la même : organiser les élections législatives constamment repoussées depuis deux ans, mais aussi gérer les urgences économiques.

C’était le dernier acte d’une semaine politique rocambolesque au Gabon. Vendredi 4 mai dans la soirée, quatre jours après la dissolution de l’Assemblée nationale sur décision de la Cour constitutionnelle, le nouveau gouvernement gabonais a été nommé.

La principale nouveauté est l’arrivée de trois membres de l’opposition. Parmi eux Michel Menga M’Essone, nommé ministre de l’Habitat. Il était jusque-là secrétaire général du Rassemblement Héritage et Modernité, le parti d’Alexandre Barro Chambrier, candidat déclaré aux législatives. Mais Michel Menga M’Essone – exclu en 2016 du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir) – a été suspendu du RHM à l’issue d’une réunion du parti tenue en urgence suite à l’annonce de la nouvelle équipe gouvernementale.

Sept ministre issus de l’opposition

Il évoluera dans ce nouveau gouvernement aux côtés de deux autres membres issus de l’opposition :  Jean De Dieu Moukagni Iwangou (Union et solidarité), qui hérite du portefeuille de l’Enseignement supérieur, et David Mbanga (Union des patriotes Gabonais loyalistes), qui devient ministre du Commerce. Après avoir refusé une première proposition de poste au sein du gouvernement en 2015, Jean De Dieu Moukagni Iwangou a cette fois franchi le pas.

On a voulu divertir les gens avec cette dissolution du Parlement, mais la réalité est que l’on ne veut pas organiser ces élections

Après plusieurs semaines de tergiversations sur la stratégie à adopter pour les législatives, l’opposition subit de nouvelles pertes dans ses rangs. Il y a désormais dans le gouvernement sept ministres issus des six partis d’opposition suivants : Démocratie nouvelle, Union du peuple gabonais, Parti socialiste gabonais, Parti pour le développement et la solidarité sociale, Héritage et modernité et Union des patriotes gabonais loyalistes.

« C’est une stratégie du pouvoir pour nous diviser », estime Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi, porte-parole de la Coalition pour la nouvelle république de Jean Ping et cadre du parti d’opposition l’Union nationale. « Mais il ne faut pas se laisser distraire. La Cour constitutionnelle a fait ces choix parce qu’elle estimait que le gouvernement avait échoué dans l’organisation des législatives. Or le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur qui se chargeaient du dossier ont été reconduits. On a voulu divertir les gens avec cette dissolution du Parlement, mais la réalité est que l’on ne veut pas organiser ces élections », ajoute-t-il.

« Pour poursuivre sur la voie du développement, notre pays à besoin de toutes ses forces vives », a commenté sur Twitter Ike Ngouoni, conseiller chargé de la communication du président Ali Bongo Ondimba

Pression sur la nouvelle équipe et le CGE

Le nouveau gouvernement, qui compte 41 ministres, est aussi le fruit d’un jeu de chaises musicales sur certains postes.

Alain Claude Billie-By-Nze passe ainsi du ministère de la Communication à celui des Sports, de la Culture et du Tourisme. Il est remplacé au poste de porte-parole du gouvernement par Guy-Bertrand Mapangou, un historique du Parti démocratique gabonais, le parti au pouvoir, et ancien ministre de l’Enseignement supérieur.

Francis Nkéa Ndizigue laisse pour sa part le portefeuille de la Justice, après un passage marqué par la grève des magistrats, pour prendre le ministère de l’Éducation. La diplomatie gabonaise change aussi de visage puisque Régis Immongault Tatangani quitte le ministère de l’Économie pour celui des Affaires étrangères.


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Hormis ces quelques réajustements, le limogeage de certains cadres du PDG, est à souligner. Blaise Louembe, ministre de l’Égalité des chances et fidèle des gouvernements successifs sous Ali Bongo, tout comme Jean-Pierre Oyiba, éphémère directeur de cabinet du président gabonais devenu ministre des Travaux publics sont à ranger du côté des partants.

Avec les départs également de Paul Biyoghe Mba ou encore de Pacôme Moubelet Boubeya, c’est une partie de l’establishment du PDG qui est écartée de la nouvelle équipe, au profit de la jeune garde. Arnauld Engandji Alandji, le jeune quadragénaire et ancien directeur général de Gabon Oil Company en fait partie. Il a été nommé ministre du Travail.


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Nouvelle Constitution

La nouvelle équipe compte 13 femmes sur 41 ministres, une première dans l’histoire politique gabonaise. Le gouvernement a prêté serment lundi et sera responsable devant le président de la République, comme le veut la nouvelle Constitution gabonaise adoptée en janvier.

Force est de constater que le gouvernement n’a pas pu accomplir les missions qui lui sont dévolues

Il aura pour mission d’organiser les législatives repoussées depuis la crise post-électorale de 2016. La date doit être fixée par le Centre gabonais des élections (CGE) mis sur pieds fin avril et présidé par Moïse Bibalou Koumba, magistrat proche de Marie-Madeleine Mborantsuo, présidente de la Cour constitutionnelle.

Mardi 1er mai, à la surprise générale, la Cour avait dissous le Parlement, le jugeant de facto « illégitime », les élections législatives n’ayant pas été organisées avant la date butoir du 30 avril. « Force est de constater que le gouvernement n’a pas pu accomplir les missions qui lui sont dévolues, notamment la révision de la liste électorale depuis 2017 et la mise en place du Centre gabonais des élections, depuis janvier 2018 », pointait dans la foulée Marie-Madeleine Mborantsuo.

Malgré cette accusation d’échec de son gouvernement à organiser dans les temps le scrutin, sans cesse reporté depuis 2016, le Premier ministre Emmanuel Issoze Ngondet avait été reconduit dans ses fonctions, 48 heures après la démission du gouvernement.

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