Politique

Tunisie : seulement 33,7 % de participation pour les premières municipales de l’après-révolution

Un bureau de vote à Tunis le dimanche 6 mai 2018. © Hassene Dridi/AP/SIPA

L’abstention a largement remporté les élections locales qui se sont tenues en Tunisie ce 6 mai. Les islamistes d'Ennahdha sont arrivés premiers, talonnés par Nidaa Tounes. Mais leurs scores restent très modestes...

Après les législatives et présidentielle, les municipales sont la dernière étape du processus électoral de la Tunisie post-révolution. Reportées par quatre fois depuis 2015, elles se sont tenues dans un contexte de crise socio-économique qui met à mal le gouvernement. L’Instance des élections (Isie) a indiqué que 1 797 154 Tunisiens avaient voté, sur les plus de 5,3 millions d’électeurs inscrits dans un pays de 11,4 millions d’habitants. Selon les premiers résultats officiels, le taux de participation a été de 33,7 %.

Défiance

Boudées par les citoyens, les urnes ont donné la victoire au parti islamiste d’Ennahdha avec 27,5 % de voix suivi par Nidaa Tounes avec 22,5 % de votes. Un scrutin sans surprise qui souligne la bipolarisation politique qui prévaut à la direction du pays depuis les élections générales de 2014. 14,3 % des voix sont revenues à divers partis et 8 % aux alliances entre formations politiques.


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Ces résultats que prévoyaient et craignaient les Tunisiens reflètent d’abord  une perte de confiance à l’égard de la politique. « Je ne peux pas blâmer le Tunisien d’être dans la défiance », remarque Faouzi Charfi du parti Al Massar tandis que les islamistes ont la victoire modeste. Ils ont pourtant raflé la mise sur des circonscriptions clés telles que Tunis et Bizerte au nord, Medenine et Tataouine au sud, Kairouan et Kasserine au centre-ouest.

« Les islamistes sont installés durablement en Tunisie »

Cependant, les faibles écarts entre Ennahdha et Nidaa Tounes font que les deux partis devront composer l’un avec l’autre au sein des conseils municipaux. Si bien que le président d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, a indiqué que « le consensus entre Nidaa et Ennahdha est le principal vainqueur des élections municipales ». Pour certains, le pire des scénarios est arrivé. « Les islamistes sont désormais installés durablement en Tunisie. Comme en Turquie, ils commencent par les communes », précise Zohra qui a voté pour des indépendants qui ont recueilli en moyenne 28 % des suffrages contre 72 % pour les partis politiques. Une mention spéciale pour Fadhel Moussa, constitutionnaliste et ancien député de la Constituante, à la tête d’une liste d’indépendants, qui a remporté la circonscription de l’Ariana avec 31 % de voix.

Les jeux sont faits, mais en partie seulement. Il faut que les conseils municipaux se réunissent pour élire leur maire et surtout avoir les moyens de travailler. En l’état actuel et en l’absence de décret d’application du Code des collectivités locales, ils seront surtout amenés à gérer les affaires courantes sans avoir les ressources et les capacités d’appliquer une politique.

Les Tunisiens sont pour la plupart perplexes et sidérés par les résultats du scrutin. Même s’ils avaient été avertis des effets de l’abstention, ils n’ont pas encore pris toute la mesure de cette nouvelle donne locale. Seuls les observateurs internationaux se congratulent malgré les nombreux dépassements constatés lors des opérations de vote sur certains bureaux : « C’est un moment historique dans la consolidation des acquis démocratiques en Tunisie », souligne le chef la Mission d’observation électorale (MOE) de l’Union européenne en Tunisie, Fabio Massimo Castaldo.

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