Grand invité de l’Économie RFI/Jeune Afrique – Jean-Louis Guigou : « Le libre-échange a fait son temps »

Jean-Louis Guigou, dans les locaux de RFI, mai 2048. © Jean-Pierre Boris/RFI

Jean-Louis Guigou, président de l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (Ipemed), est le Grand Invité de l’économie RFI-Jeune Afrique, samedi 5 mai sur RFI, à 12 h 10 heure de Paris, 10 h 10 TU.

Professeur d’université, haut fonctionnaire français, spécialiste de l’aménagement du territoire, Jean-Louis Guigou, époux de l’ancienne garde des Sceaux française Élisabeth Guigou, a participé à la création de l’Ipemed, l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen. Depuis trois ans, il en assure la présidence. Il est le Grand invité de l’émission Éco d’ici Éco d’ailleurs RFI-Jeune Afrique diffusée ce 5 mai à 12 h 10, heure de Paris. Extraits.

  • Diasporas

« Les diasporas sont sous-utilisées, dispersées, parfois concurrentes et mal organisées. Pourtant, avec un effort d’organisation, elles pourraient participer aux politiques publiques, recevoir des subventions européennes et être des acteurs irremplaçables de la relation nord-sud.

L’Europe a mis en place un plan d’investissement extérieur, un projet considérable. Habituellement, la commission travaillait avec les ministères africains et ils se sont aperçus que les ministères n’étaient peut-être pas les bons véhicules et qu’il fallait aller vers le secteur privé. Ils ont mis en place ce plan d’investissement extérieur. C’est une révolution méthodologique ! Les diasporas ont un rôle à jouer si elles arrivent à s’imposer comme intermédiaires, surtout maintenant que l’Europe modifie son attitude dans l’aide au développement, qui est devenue une aide aux projets. »

  • Migrants

« Je vis assez mal la manière dont les migrants sont traités en France. Dans le Nord-Pas-de-Calais, à Lampedusa, c’est déjà trop tard (…). Pourtant, les migrants, c’est à la fois un fardeau et une chance. Les gens qui viennent ce ne sont pas les plus malheureux, les plus déshérités. Les plus malheureux restent scotchés à leurs territoires. C’est aussi un déficit de populations éduquées pour les pays africains. »

  • Coproduction

« Les pays du Sud n’ont pas besoin qu’on exporte des produits du Nord, souvent produits grâce à des émigrés africains. Il y a deux ans, lors d’une réunion avec le président Hollande à l’Élysée, le président du patronat ivoirien d’alors, Jean Kacou Diagou, responsable d’une très grande entreprise d’assurance, disait : « Monsieur le président. Nous ne sommes plus en Afrique des petits moineaux qui allons absorber des productions venues d’Europe. Si vous voulez vendre des voitures en Afrique, venez les produire sur place. »

Cette coproduction est stratégique. Les chefs d’entreprise africains recherchent de plus en plus des partenaires européens pour produire, opérer des transferts de technologies, partager la valeur ajoutée et progresser dans les niveaux de développement. Il y a un intérêt à l’Europe à jouer la proximité, mais le Sud a aussi intérêt à revendiquer la coproduction pour viser les marchés européens. Ne nous y trompons pas, les Chinois sont en train de s’implanter en Afrique du Nord pour alimenter le marché européen. »

  • Égypte

« L’Égypte se positionne dans trois domaines pour devenir un hub très important. Sur le plan énergétique avec la découverte de gaz dans la Méditerranée. D’ici une dizaine d’année, les experts disent que la production va dépasser celle du Qatar. Le deuxième hub qui se prépare, c’est celui du transport avec la rénovation du canal de Suez. Ce canal était avant un tuyau, non seulement il a doublé, mais tous les 40/50 kilomètres, vous avez une zone industrielle. L’Égypte va devenir une zone de transformation énorme.

Le troisième hub, c’est leur participation à la zone de libre-échange tripartite (Zlet, réunissant la Communauté de développement de l’Afrique australe, le Marché commun de l’Afrique orientale et australe et la Communauté d’Afrique de l’Est), qui concerne 650 millions d’habitants. Cela va attirer les industries européennes, l’industrie lourde, la chimie, la pharmacie, qui vont y trouver une capacité de production, mais aussi d’exportation. »

  • Libre-échange

« Le libre-échange, qui nous amené son lot de succès et de bonheur, mais aussi son fardeau de populisme et de désindustrialisation, a fait son temps. Nous disons qu’à côté de la mondialisation, il y a la régionalisation. C’est le retour de la proximité avec la perspective d’une régulation qui semble impossible au niveau mondial.

Selon les économistes, dans les quinze à vingt prochaines années, le commerce Sud-Sud va se développer, tandis qu’on assistera à une stabilisation du commerce Nord-Sud et à un déclin du commerce Nord-Nord. »

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici