Politique

Ports : deal au sommet entre Djibouti et l’Éthiopie

Le port de Djibouti est un carrefour stratégique. © Elias Messeret/AP/SIPA

Le nouveau Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, en visite à Djibouti le 28 avril, a proposé un marché inédit à son hôte, le président Ismaïl Omar Guelleh : prendre des parts dans les infrastructures portuaires en cours ou à venir sur Djibouti, en échange d’actions de la compagnie Ethiopian Airlines ou d’opérateurs du secteur télécom éthiopien.

Comme promis lors de son investiture le 27 mars, Abiy Ahmed, le désormais Premier ministre éthiopien, a bien réservé son premier voyage officiel à son voisin djiboutien. Un geste très apprécié par les autorités de la petite République, même si le nouveau chef du gouvernement, arrivé le 28 avril, a dû repartir le lendemain et écourter un séjour initialement prévu pour durer 48 heures.

Le programme n’en a été que plus dense pour Abiy Ahmed et la forte délégation d’officiels qui l’accompagnait. Le Numéro 1 éthiopien s’est longuement entretenu avec son hôte, le président Ismaïl Omar Guelleh (IOG), pour « renforcer l’intégration entre les deux pays ».

Proposition inédite

Au menu des discussions, les questions sécuritaires et commerciales, ce qui dans l’esprit des Éthiopiens revient à parler du port de Djibouti, aujourd’hui unique accès maritime pour le pays et ses 90 millions d’habitants. Abiy Ahmed a même profité de l’occasion pour proposer un deal inédit, mais tout à fait officiel, à IOG : prendre des parts dans les infrastructures portuaires en cours ou à venir sur Djibouti, en échange d’actions de la compagnie Ethiopian Airlines ou d’opérateurs du secteur télécom éthiopien.


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Aucun montant n’a été dévoilé quant à la valeur d’un tel échange, mais l’Éthiopie espère bien réduire significativement les 2 milliards de dollars de droits portuaires qu’elle doit payer chaque année à son voisin pour utiliser ses ports. Surtout qu’il y a une place à prendre, aux côtés de l’Autorité portuaire de Djibouti et des opérateurs chinois, depuis l’éviction de DP World, en février.

La balle est désormais dans le camp des autorités djiboutiennes, rassurées devant l’intérêt que leur porte un partenaire éthiopien qui prenait en mars 19 % du capital du port en construction de Berbera, dans le Somaliland.

Rapprochement entre ethnies ?

Mais au-delà de ces enjeux économiques, ce qui semble avoir davantage retenu l’attention des Djiboutiens reste la présence, auprès du Premier ministre fédéral, des deux présidents des régions Somali et Afar d’Éthiopie, respectivement Abdi Mohamoud Omar et Haji Suyyum Omar. Une présence que les Djiboutiens interprètent comme une volonté de rapprochement avec leurs propres communautés Issa et Afar.

Peut-être dans l’optique de les impliquer dans un processus de pacification interne à la fédération éthiopienne, minée par les affrontements inter-ethniques depuis plusieurs années ? Devant l’importance des dossiers évoqués, cette première visite d’Abiy Ahmed semble déjà en appeler d’autres.

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