RDC : Carbone Beni, de Filimbi, hospitalisé en urgence après quatre mois de détention à l’ANR

Des policiers dans les rues de Kinshasa, lors de la répression de la manifestation du 31 décembre 2017. © John Bompengo/AP/SIPA

L'un des leaders du mouvement citoyen Filimbi, Carbone Beni, a été admis à l'hôpital mardi 1er mai, après quatre mois de détention dans les geôles de l'Agence nationale de renseignement.

« Il a été admis la nuit dernière à l’hôpital », confirme à Jeune Afrique son frère, Arciel Beni. Incarcéré depuis plus de quatre mois dans l’un des cachots de l’Agence nationale de renseignement (ANR), Carbone Beni – qui fait parti des ténors du mouvement citoyen Filimbi – a vu son état de santé se dégrader rapidement.

« Cela fait près de deux semaines qu’il se plaint de douleurs atroces au ventre, explique Arciel Beni. Un docteur est venu hier [mardi 1er mai] l’ausculter et lui a diagnostiqué une hernie et une appendicite. » Un tableau clinique nécessitant des examens approfondis et une hospitalisation d’urgence à Ngaliema, selon le médecin.

L’activiste Carbone Beni sur son lit d’hôpital le 2 mai 2018. © DR

L’ANR agit en-dehors de tout texte de loi

Âgé d’une trentaine d’années, Carbone Beni a été arrêté le 30 décembre dernier, avec quatre autres activistes de Filimbi (Grâce Tshionza, Cédric Kalonji, Mino Momponi et Palmer Kabeya). Revenant sur les circonstances de leur interpellation, Kally Mwela Meji, membre du mouvement à Kinshasa, explique « qu’ils participaient à une campagne de sensibilisation de la population en vue de la marche du 31 décembre [une manifestation initiée par les catholiques congolais contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, ndlr]. »

« Après avoir fait du porte-à-porte dans la commune de Limete, ils sont allés prendre un verre, poursuit-il. Des gens des services spéciaux, vêtus en civil, sont apparus et les ont presque braqués avec leurs armes, avant de les conduire à l’ANR. »

Pas d’accès à leur avocat

Depuis, les cinq activistes ne se sont toujours pas vus notifier le motif de leur arrestation et de leur détention. Ils n’ont toujours pas, non plus, eu le droit de s’entretenir avec leur avocat. « Il n’y a pas de volet judiciaire dans cette affaire, estime Me Jacquemain Shabani, qui représente Carbone Beni. Car l’ANR agit en-dehors de tout texte de loi, sans tenir compte de leurs droits. » Même son de cloche du côté de Floribert Anzuluni, coordonateur de Filimbi, qui juge que « l’ANR agit avec ses détenus comme s’il s’agissait de sa propriété privée ».

Le frère de Carbone Beni, qui a pu le voir à plusieurs reprises à l’ANR, dénonce également les mauvais traitements infligés aux cinq activistes. « Ils ont été tabassés et torturés dès le premier jour de leur détention, affirme-t-il. Depuis, mon frère souffre terriblement au genou. »

Carbone Beni avait déjà eu maille à partir avec l’ANR au mois de décembre 2016. Il avait été arrêté devant le siège de la Conférence épiscopale nationale du Congo, où il appelait les évêques à réclamer le départ de Joseph Kabila. Il avait alors passé près d’un mois en détention. Il avait alors affirmé au site  Actualite.cd : « On a subi des atrocités énormes qu’on ne peut pas détailler ».

Contacté par Jeune Afrique, le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende, indique pour sa part « ne pas connaître les raisons de l’arrestation » de Carbone Beni. « Mais il ne peut y avoir de détention supérieure à 48 h sans une décision de justice, assure-t-il. S’il est détenu depuis quatre mois, c’est forcément de la compétence d’une autorité judiciaire. Rappelons que l’ANR est l’auxiliaire du Parquet. »

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