Tunisie : faible participation des militaires et des sécuritaires aux élections municipales

Pour la première fois depuis la chute de Ben Ali, les militaires et les sécuritaires ont voté aux élections municipales le 29 avril 2018. © Hassene Dridi/AP/SIPA

À l'issue de la journée de vote qui a été consacrée à ce corps électoral dimanche, le taux de participation n'a pas dépassé les 12 %. Mais tout se jouera le 6 mai, date du vote des civils.

Une semaine avant les civils, qui se rendront aux urnes le 6 mai prochain, 36 495 militaires et sécuritaires inscrits sur les listes électorales, soit 1,67 % du corps électoral, étaient invités à voter le dimanche 29 avril pour élire les conseillers municipaux. Interdits de vote sous Habib Bourguiba et Ben Ali, qui leur imposaient un devoir de réserve et les maintenaient ainsi à l’écart de la politique, les corps armés ont désormais le droit de se rendre aux urnes.

Mais avec seulement 12 % de participation – soit un total de 4 492 électeurs – à la fermeture des bureaux, selon l’Instance supérieure indépendante des élections (Isie), ce premier scrutin est en deçà des attentes. Une ville comme Monastir a enregistré un taux de participation de 22 %, tandis qu’aucun électeur ne s’est présenté sur onze circonscriptions.

Les faibles pourcentages de participation révèlent et confirment la tendance à une forte abstention qui menace les élections municipales et qui avait été annoncée par différents sondages. Il s’agit pourtant du premier scrutin local organisé depuis la chute de Ben Ali en 2011. « La foi s’est émoussée, nous ne croyons plus à une réelle démocratie avec la corruption qui gangrène tous les milieux dont la politique », assène Rafik, un policier qui, ayant travaillé en nocturne, a préféré dormir que d’aller voter.

Désaccord sur le principe du vote

Le Syndicat national des forces sécuritaires de l’Intérieur a invité ses adhérents à renoncer au vote, estimant, selon son porte-parole Chokri Hamad, que : « l’institution sécuritaire est à la disposition du peuple et il faut qu’elle soit neutre, avec ce vote elle sera politisée ». Sans compter que les sécuritaires ne peuvent ni être candidats ni participer à la campagne.

Des conditions spéciales

Devant assurer la bonne tenue des opérations de vote le 6 mai, les sécuritaires étaient appelés à voter une semaine avant les civils. Toutes les précautions ont été prises pour protéger les militaires et représentants des forces de sécurité qui se sont rendus à l’un des 359 bureaux de vote ouverts sur les 350 circonscriptions que compte la Tunisie.

Pour éviter qu’ils ne soient identifiés, les listes électorales n’ont pas été affichées dans les bureaux de vote, tandis que les votants n’ont pas été obligés de marquer leur empreinte digitale d’une encre bleue, comme ce sera le cas pour tous les autres électeurs afin d’éviter les fraudes et les doubles votes.

Mais rien n’est encore joué

Les bulletins mis dans les urnes le 29 avril seront dépouillés avec ceux du 6 mai. En attendant, elles seront sous bonne garde dans des lieux secrets prévus à cet effet par l’Isie.

Un sursaut de mobilisation reste possible le 6 mai, quoiqu’il reste bien aléatoire, reconnaissent aussi bien des candidats du Front populaire à La Soukra, que ceux de Nidaa Tounes à Hammam Lif. Seuls les islamistes d’Ennahda ne semblent pas préoccupés par une abstention massive.

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