Politique

Référendum au Burundi : selon le Cnared, « la porte d’une solution négociée va définitivement se fermer »

Pancrace Cimpaye interviewé par TV5 Monde, en juillet 2017. © Capture d'écran YouTube

La campagne pour le référendum controversé sur le projet d'amendement de la Constitution, fixé au 17 mai, s’ouvre le 1er mai. Elle s’achèvera le 14 mai au soir, à 48 heures d'un vote qui semble joué d’avance et qui se prépare dans un climat tendu. Pancrace Cimpaye, porte-parole du Cnared, la coalition de l'opposition en exil, a répondu aux questions de Jeune Afrique à la veille du début de la campagne.

Bujumbura lançait le 1er mai la campagne pour le référendum sur la réforme constitutionnelle, dont le projet a été adopté fin octobre 2017. Le 17 mai prochain, plus de 5 millions de Burundais inscrits sur les listes électorales, selon la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), seront amenés à se prononcer « pour » ou « contre » ce projet de révision. Le nouveau texte permettrait au président Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005, de briguer, à partir de 2020, deux mandats supplémentaires de sept ans chacun.

L’opposition, qui dénonce un « deux poids, deux mesures » dans cette campagne, s’est insurgée, ces derniers mois, contre les arrestations de plusieurs dizaines de ses militants accusés de faire campagne pour le « non » au référendum. Pour le Conseil national pour le respect de l’accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi et de l’État de droit (Cnared), ce référendum, qui se prépare dans un contexte tendu, signe la fin de l’accord d’Arusha, signé en 2000 et qui avait mis fin à la guerre civile.

Alors qu’un ultime round du dialogue inter-burundais, qui devait se dérouler du 25 au 29 avril, n’a finalement pas eu lieu, Pancrace Cimpaye, porte-parole du Cnared, répond aux questions de Jeune Afrique sur l’enjeu de ce référendum.

Jeune Afrique : Quel bilan dressez-vous du travail de la médiation de l’East African Community (EAC) ?

Pancrace Cimpaye : Elle a échoué. Le facilitateur est d’accord avec nous pour dire que les chefs d’État de la Communauté est-africaine ne lui ont pas apporté l’appui nécessaire pour faire fléchir Bujumbura. Ils n’ont, à aucun moment, été unanimes sur le traitement à réserver à Pierre Nkurunziza. C’est pour cette raison que ce dernier a pu narguer tout le monde et saboter cette médiation. La trame de ces négociations était basée sur le respect de l’accord d’Arusha. Maintenant que celui-ci est enterré, la porte d’une solution négociée va définitivement se fermer.

Pierre Nkurunziza était au courant des divisions des chefs d’État de la région, et il en a habilement joué

Quelle peut être, désormais, la mission du facilitateur ? 

Ce dont il faut se rappeler c’est qu’au dernier sommet des chefs d’État de la CEA , le facilitateur, [l’ancien président tanzanien] Benjamin Mkapa, avait menacé de démissionner. La condition, pour que cela n’arrive pas, était que Pierre Nkurunziza reporte son référendum au plus tôt en 2020, ou après. Cela n’a pas été fait. Mais le 17 mai, date du référendum, sa mission prendra fin de facto.

La difficulté qu’il a eu par rapport à ses prédécesseurs actifs au moment des négociations de l’accord d’Arusha est que ces derniers agissaient à l’époque avec plus d’implication et étaient allés jusqu’à mettre en place un embargo économique pour amener le président Buyoya à la table des négociations. Ce soutien, le facilitateur n’en a pas bénéficié. Les chefs d’État de la région sont beaucoup plus divisés qu’à l’époque. Pierre Nkurunziza le sait, et il en a habilement joué.

Vous avez appelé au boycott de ce référendum. Après toutes ces années d’exil, arrivez-vous encore à avoir une prise sur le terrain ? 

Je pense que la question qui se pose n’est pas d’avoir des militants ou une assise sur le terrain : elle consisterait plus à s’interroger sur le terrorisme d’État, qui empêche tout le monde de bouger. Si ce que nous faisons n’avait pas d’impact, on ne verrait pas tous ces gens emprisonnés sous prétexte qu’ils prêchent pour le « non » ou s’opposent à l’idée du référendum.

S’il y avait des élections libres et crédibles aujourd’hui au Burundi, Pierre Nkurunziza perdrait, et il le sait

On sent chez vous une forme de résignation. N’aurait-il pas été plus efficace de faire campagne pour le « non » ? 

Le pouvoir veut étouffer toute contestation. S’il y avait des élections libres et crédibles aujourd’hui au Burundi, Pierre Nkurunziza perdrait. Et il le sait. Même si le « non » devait gagner dans les urnes, il a une commission électorale à sa botte qui proclamerait l’inverse. Il est sûr à 100 % qu’il va l’emporter. Le principe du boycott est une bonne chose pour le Cnared, on reste constant sur notre position. Mais on sait que les résultats sont déjà fixés par Pierre Nkurunziza.

Certains partis sur place, comme l’Union pour le progrès national (Uprona), ont appelé à voter lors du référendum. Le Cnared semble divisé à l’approche de ce référendum…

Vous savez, dans un combat politique comme celui-là, il y a une équipe qui commence la lutte, une autre qui la finit, une autre qui change de stratégie en cours de route, démissionne et rentre dans les rangs du pouvoir. Cela n’enlève rien à la détermination du Cnared. Ce qu’il faut saluer, c’est qu’une coalition pareille tienne depuis trois ans.

Les problèmes de saute d’humeur entre les membres de la plateforme, je les attribue plutôt à une crise de croissance. La nature même des gens qui composent la coalition l’illustre. Parmi tous les partis présents, certains ne se serraient même pas la main à une époque. C’est normal qu’ils ne s’entendent pas sur tout.

Vous savez, quand les jeunes décident de partir dans le maquis, ils ne demandent pas l’autorisation

Si la porte du dialogue est, comme vous le dites, définitivement fermée, qu’adviendra-t-il de la stratégie du Cnared ?

Le conflit qui nous oppose à Bujumbura, c’est le troisième mandat, et la violation de l’accord d’Arusha. Aujourd’hui, la Constitution et l’accord sont enterrés, l’objet des négociations n’existe plus. Le 17 mai, on devra redéfinir la fonction du Cnared, qui s’était formée sur l’idée du respect de l’accord.

Une fois toutes les portes des négociations fermées, le risque est que les jeunes opposants au régime descendent dans le maquis et qu’ils aient recours à la violence et aux armes pour pousser à la négociation et rétablir le rapport de force. Pierre Nkurunziza est bien placé pour le savoir. Il sait très bien qu’en 1993, les conditions qui l’avaient poussé à descendre dans le maquis sont réunies aujourd’hui.

Dans l’éventualité de telles violences, quelle serait la position du Cnared ?

Vous savez, quand les jeunes décident de partir dans le maquis, ils ne demandent pas l’autorisation. Le moment venu, le Cnared dévoilera sa stratégie. La ligne rouge, Nkurunziza la franchira le 17 mai. Dès lors, je ne sais pas ce que la coalition arrêtera comme décision.

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