Politique

Crise à Madagascar : « Plus question de négocier »

Des manifestants à Antananarivo, le 25 avril 2018. © REUTERS/Clarel Faniry Rasoanaivo

L'opposition malgache est redescendue dans la rue jeudi pour la sixième journée consécutive pour exiger le départ du président Hery Rajaonarimampianina. Elle refuse de retourner à la table des négociations entamées la veille avec le pouvoir, sous l'égide de l'Union africaine.

Partis une nouvelle fois de la Place du 13 mai, lieu historique de la contestation sur la Grande Ile, des centaines de manifestants ont convergé dans le calme vers le tribunal d’Anosy, sous la protection de gendarmes armés. Ils y ont déposé plainte contre le chef de l’État et le gouvernement, accusés d’être les « responsables de la tuerie de samedi », qui a fait deux morts parmi les partisans de l’opposition.

« On a un ami qui est mort durant la manifestation, donc le président doit partir tout de suite », s’insurge Annie Rakotomanga, une étudiante, en écho à la foule qui criait « Tout de suite, tout de suite ». Des élections présidentielle et législatives sont prévues à la fin de l’année. Mais les manifestants sont pressés d’en finir avec celui qu’ils accusent notamment de museler l’opposition et de « piller les richesses du pays ».

Pourparlers au point mort

Après plusieurs jours de fronde populaire, des négociations ont finalement débuté mercredi soir entre le parti au pouvoir HMV et l’opposition, sous l’égide de l’Union africaine (UA).

« La communauté internationale, par le biais de l’Union africaine, a invité les protagonistes à se mettre autour de la table », explique Augustin Andriamananoro, bras droit d’Andry Rajoelina, l’un des chefs de l’opposition. « L’Union africaine cherche une voie consensuelle pour une sortie de crise », a-t-il ajouté.


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Mais la rue ne l’entend pas ainsi. « Plus question de négocier », scandait la foule jeudi. « Ces négociations sont juste des stratégies pour détourner l’attention du peuple. Et je ne vois pas trop l’intérêt de faire appel à des étrangers. Les Malgaches peuvent très bien parler entre eux », estime Ralaivao Hajatiana, un manifestant.

Discussions « très virulentes »

« Il est trop tard », confie Victor Razafindrakoto, un autre manifestant. « Les députés ont déjà appelé à la négociation mais en vain. Maintenant, du sang a été versé, il n’y a plus d’autre issue que le départ de Rajaonarimampianina ».

Les pourparlers, auxquels participent des députés de l’opposition et le président du HMV, Rivo Rakotovao, devaient reprendre jeudi en fin d’après-midi mais l’opposition a décidé de ne pas s’y rendre.

L’Union africaine « nous donne rendez-vous ce soir (jeudi) à 17 heures, mais nous n’allons pas y assister », a prévenu la députée de l’opposition, Hanitriniaina Razafimanantsoa, précisant que les discussions de la veille avaient été « très virulentes ».

Cette nouvelle crise à Madagascar a éclaté samedi avec la manifestation, interdite par les autorités, qui a dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre.

A l’origine du mécontentement : les nouvelles lois électorales que l’opposition juge favorables au gouvernement. Depuis, les manifestations, d’assez faible ampleur, se poursuivent tous les jours, et dans le calme, dans la capitale, avec un nouveau mot d’ordre : la chute du président.

Tentative de « coup d’État »

Jeudi, les partisans de l’opposition attendaient avec impatience la décision de la Cour constitutionnelle qui devait se prononcer sur la constitutionnalité des nouvelles lois électorales. « J’attends aujourd’hui la suppression de ces trois lois électorales scandaleuses par la Haute cour constitutionnelle. Autrement, je n’ose même pas imaginer ce qui va se passer », a prévenu Sahondra, une manifestante qui préfère taire son nom de famille.

Dimanche soir, le président Hery Rajaonarimampianina avait dénoncé une tentative de « coup d’État ». Élu en 2013, il n’a pas encore annoncé s’il allait briguer un second mandat cette année.

En revanche, les deux principaux chefs de l’opposition, Marc Ravalomanana, président de 2002 à 2009, et Andry Rajoelina, au pouvoir de 2009 à 2014, ont déjà laissé entendre qu’ils étaient prêts à se lancer dans la bataille. Dans la fronde actuelle, ces deux anciens ennemis font cause commune contre le régime en place.

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