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Adame Ba Konaré

Écrit par Propos recueillis par Georges Dougueli

Historienne malienne, épouse du président de la Commission de l'Union africaine

Ancienne première dame du Mali, Adame Ba Konaré est historienne et femme de lettres, auteur d’une dizaine d’ouvrages consacrés à son pays. Sa proximité avec le pouvoir ne l’a jamais conduite à mettre une sourdine à son franc-parler. La récente controverse suscitée par le discours du président français Nicolas Sarkozy à Dakar l’a incitée à lancer un appel à ses collègues historiens dans le but de défendre et de réhabiliter la mémoire du continent.

Jeune Afrique : Qu’est-ce qui vous a choquée dans le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar, le 26 juillet ?
Adame Ba konaré : L’énoncé d’un certain nombre de poncifs empruntés à l’ethnologie coloniale, qui participent d’un déni de l’existence d’une histoire africaine. Je veux bien accorder au président français le bénéfice de la bonne foi, mais j’ai été à nouveau déçue par les déclarations de Jean-Marie Bockel, son ministre de la Francophonie, qui explique que « l’Afrique est enfin entrée dans le débat d’idées ». Cela m’a confortée dans ma conviction qu’ils n’ont pas fait l’effort de comprendre le continent.
Vous avez lancé un appel aux historiens africains pour qu’ils contribuent à « mettre à niveau » les connaissances des responsables français
Cela va bien au-delà. Quand j’ai lu ce discours, l’Africaine et l’historienne que je suis s’est sentie interpellée. J’ai donc écrit cet appel et l’ai mis sur Internet à l’intention de mes collègues. Il s’agit de ne laisser personne écorcher la mémoire de l’Afrique.
Comment comptez-vous procéder ?
J’ai demandé à tous les historiens africains, chacun dans sa spécialité, d’écrire un article sur l’un des thèmes évoqués par le président Sarkozy. Les différentes contributions sont attendues au plus tard en décembre. Nous allons mettre en place un comité scientifique pour diriger l’ouvrage, dont la publication est prévue dans le courant de 2008. Ensuite, nous constituerons un comité de défense, afin de dénoncer les atteintes à la mémoire de l’Afrique.
Avez-vous déjà reçu des contributions ?
Énormément. Elles émanent tant de citoyens ordinaires que d’intellectuels africains et français. Parallèlement, j’ai sollicité des institutions telles que l’Association des historiens africains ou le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales (Codesria)
Après le discours de Dakar, votre mari a déclaré que Sarkozy avait besoin de mieux connaître l’Afrique. Vous êtes-vous concertés ?
Pas du tout. Monsieur Konaré est un homme politique ; moi, je suis dans une posture strictement scientifique. Mon idée est de décrire et d’expliquer, pour les démentir, un certain nombre de contrevérités. Je lui en ai évidemment parlé, mais il n’a en aucune façon influé sur cette initiative ni ne l’a commanditée.
Cela ne va-t-il pas le gêner en tant que président de la Commission de l’Union africaine ?
Non, je ne le crois pas. Dans une telle situation, il n’y a plus de place pour des états d’âme ni pour les calculs. Bien sûr, je suis consciente du caractère délicat des tâches de mon conjoint, mais il n’est pas question de laisser passer sans rien faire une chose qui a heurté ma conscience.
Ses relations avec Sarkozy risquent d’en souffrir
Je ne le crois pas. Pendant sa campagne électorale, Nicolas Sarkozy n’a pas arrêté d’appeler les gens à s’exprimer librement. Et il a promis de rompre avec l’ancienne politique africaine de la France. Nous allons l’aider à sortir de l’impasse dans laquelle il risque de se retrouver.
Thabo Mbeki a adressé une lettre de félicitations au président français
Je pense qu’il n’a pas lu son discours, à moins que sa compréhension n’ait été altérée par des problèmes de traduction. Je ne vois pas d’autre explication.
Que pensez-vous de la nouvelle loi française sur l’immigration et de l’amendement qui autorise des tests ADN ?
J’ai appris que le Sénat avait rejeté l’article sur les tests ADN. Convoquer la biologie dans ce genre d’affaire me paraît une évolution préoccupante. La France ne doit pas cesser d’être la patrie des droits de l’homme. Elle doit assumer sa position d’ancien colonisateur, qui lui a permis de tisser toutes sortes de relations avec l’Afrique francophone.

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