Tunisie : la grève dans l’enseignement, signe des tensions entre le gouvernement et l’UGTT

Par - à Tunis

Manifestation d'enseignants, à Tunis en novembre 2016. © REUTERS/Zoubeir Souissi

Depuis le 17 avril, une grève suivie par 97,6 % enseignants des collèges et lycées publics, marque une nouvelle étape dans l’escalade de tension entre la puissante centrale syndicale de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) et le gouvernement de Youssef Chahed.

Situation inédite en Tunisie, les enseignants du secondaire ont entamé vendredi leur quatrième jour de grève, et rien ne laisse augurer qu’il puissent fléchir. Le mouvement est mené par la Fédération générale de l’enseignement secondaire, affiliée à l’UGTT, dans un contexte qui voit la puissante centrale durcir le ton à l’égard du gouvernement.

Une conjoncture délicate à quelques semaines des examens nationaux, d’autant que depuis février les professeurs n’ont pas remis les notes des élèves, nécessaires aux orientations scolaires.

Nous ne renoncerons ni à nos enseignants ni à nos revendications

L’objectif des grévistes est double. D’une part, l’adoption d’un départ à la retraite à 55 ans, l’enseignement ayant été classé parmi les métiers à forte pénibilité. Ensuite, le règlement de différentes primes, dont celle de rentrée scolaire et la prime dite « de la craie », supposée couvrir les dépenses en consommables que les professeurs prennent en charge.


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Ces différentes mesures ont été avalisées par l’exécutif depuis 2011, mais n’ont jamais été mises en oeuvre, d’où la colère des syndicalistes. De report en négociations, ils ont patienté jusqu’en 2015 et les élections qui ont installé un gouvernement qui, n’étant plus provisoire, pouvait prendre des décisions. Mais aucune de ces demandes n’a abouti.

Bras de fer avec le gouvernement

La crise entre la Kasbah et la centrale syndicale est installée depuis deux ans. L’UGTT avait même obtenu en avril 2017 le départ de Néji Jalloul, précédent ministre de l’Éducation Nationale, qu’elle tenait pour responsable des blocages.

Son successeur, Hatem Ben Salem, ne fera pas mieux. Au contraire, le bras de fer s’intensifie et la tension est portée à son paroxysme. « Nous ne renoncerons ni à nos enseignants ni à nos revendications », a lancé Noureddine Taboubi, secrétaire général de la Fédération de l’enseignement secondaire, qui refuse que les négociations soient conditionnées par la remise des notes, comme le requiert le ministre.

« Les revendications mirifiques du syndicat de l’enseignement secondaire ont des incidences financières dépassant les 500 millions de dinars », insiste d’ailleurs Hatem Ben Salem.

Dans les faits, l’exécutif a les mains liées : les caisses sont vides et le gouvernement s’est fixé pour objectif de juguler les dépenses publiques, réduisant ainsi ses marges de manœuvres budgétaires, en dépit des engagements pris en 2011. L’UGTT, de son côté, refuse d’envisager un nouveau report de la mise en oeuvre des promesses, et réclame ce qu’elle estime être un dû.

Risque d’une année blanche

Ni les partis politiques, ni le chef du gouvernement, Youssef Chahed, ne se sont prononcés sur cette crise qui intervient à trois semaines des élections municipales. L’UGTT est en position de force et ne cache pas ses désaccords avec Chahed : la centrale syndicale est l’un des piliers de l’accord de Carthage, et étudie actuellement une nouvelle feuille de route destinée au gouvernement d’Union nationale, dont elle souhaite une refonte.

L’impasse est telle que l’intervention du président de la République, Béji Caïd Essebsi, semble être le dernier recours pour sauver l’année scolaire. D’autant que Lassaad Yacoubi, secrétaire général de la Fédération générale de l’enseignement secondaire et meneur de la fronde, estime que « la suspension des cours est un grand défi et une épopée historique » pour les enseignants du secondaire.

Le ministre a beau assurer « qu’aucun effort ne sera épargné pour faire réussir l’année scolaire et les examens nationaux », le risque d’une année blanche inquiète près de 800 000 élèves concernés et leurs parents qui tentent de se mobiliser contre ce qu’ils qualifient de « prise d’otages ». Du jamais vu en Tunisie où l’éducation depuis l’indépendance est un ascenseur social et un vecteur de modernité.

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