Défense

Libye : qui est Abdessalam al-Hassi, le successeur pressenti de Khalifa Haftar ?

Abdessalam al-Hassi, dans une vidéo diffusée par le service de presse de l'ANL, en octobre 2017. © DR / Image de l'agence officielle de l'ANL

Alors que l'état de santé du maréchal Khalifa Haftar donne lieu à des spéculations depuis le 13 avril, la Libye s'interroge sur l'identité d'un éventuel successeur. Un général discret, proche d'Abou Dhabi, qui a été actif sur le front contre les jihadistes, semble représenter l'option la plus concrète.

Le 13 avril, dans la soirée, les réseaux sociaux et certains médias internationaux se sont enflammés autour de la rumeur du décès du maréchal Khalifa Haftar, chef de l’autoproclamée Armée nationale libyenne (ANL) et homme fort de l’est libyen, soutenu par l’Égypte et les Émirats arabes unis (EUA). Si le flou règne sur l’état de santé de l’officier, son hospitalisation a toutefois été confirmée par l’ANL.

Une situation qui a conduit plusieurs sites d’information libyens à s’interroger : en cas de décès, qui pourrait-être le « khalife » – « successeur » en arabe ?

Le bras droit de Haftar

Dans la liste des dauphins potentiels, plusieurs titres de la presse libyenne désignent Abdessalam al-Hassi comme étant le favori. Ce que confirme à Jeune Afrique une source française qui suit de près le conflit libyen, ainsi que Jalel Harchaoui, chercheur à l’université Paris-8, spécialiste de la Libye. Sputnik, agence de presse pro-Moscou, qui soutient le maréchal Haftar, assure sur son site en arabe ce 18 avril que Le Caire a expressément émis le souhait de voir Hassi succéder à Haftar lors de discussions ayant lieu aux Émirats à ce sujet. Le site Arabi21, réputé proche du Qatar, hostile au camp Haftar, indique aussi le nom de Hassi comme candidat le plus sérieux. 

« Dès mai 2014, Abdessalam al-Hassi a été nommé au commandement de la salle de l’opération « Karama » [dignité] ». Lancée de manière autonome par Khalifa Haftar, cette opération avait pour objectif déclaré de « purger » la Libye des « groupes extrémistes ». Elle s’est très vite retrouvée confrontée à la résistance de milices islamistes issues de la révolution.

Début avril, Asharq al-Awsat, un média saoudien basé à Londres, a fait état de la présence de Hassi à Khartoum pour des discussions organisées, sous les auspices du Caire, avec des autorités militaires soudanaises. Les frictions entre le régime de Omar el-Béchir et le camp de Haftar sont récurrentes : Khartoum accuse notamment le Libyen d’employer et de soutenir militairement des rebelles soudanais. Quant à la présence égyptienne, elle semble logique : Le Caire soutient l’ANL et l’accompagne diplomatiquement.

Hassi serait le profil idoine : officier, versé dans la diplomatie en temps de guerre, il serait également capable d’assurer la cohésion de l’ANL, qui est un assemblage de groupes hétéroclites. Il est également un interlocuteur des chancelleries et états-majors étrangers présents en Libye. « De plus, il est discret, chose très appréciée par les partenaires de l’ANL pour qui la forte personnalité de Haftar était plus vue comme un handicap que comme un atout », précise Harchaoui.

Sur le front de Benghazi contre Daesh

Dans leur ouvrage The Libyan Revolution and its Aftermath (Oxford University Press, 2015), Peter Cole et Brian McQuinn reviennent sur le parcours de Abdessalam al-Hassi. Sous Kadhafi, Hassi est colonel dans la « Saiqa » – les forces spéciales, formées par des notables de l’Est et commandées par Abdel Fattah Younès, le ministre de l’Intérieur de Kadhafi, qui déserte et rejoint la rébellion en février 2011. La Saiqa est notamment chargée de la répression du Groupe islamique combattant en Libye.

Au cours de la révolution, Hassi déserte et prend la direction d’une petite cellule d’opérations montée « à la hâte » avec l’aide de l’Otan à Benghazi. De là, il devient le relais entre officiers déserteurs et Occidentaux.

En avril 2011, des tensions apparaissent entre ses troupes et des groupes de révolutionnaires, notamment le Bataillon des martyrs du 17 février, commandé par l’islamiste Abdelhakim Belhadj. Selon les auteurs, Hassi reçoit alors le soutien des Émiratis, mais il est marginalisé au cours de l’année 2011 par le Qatar, qui soutient des groupes révolutionnaires.

En décembre 2015, Hassi prend le commandement des troupes de l’ANL à Benghazi face aux groupes terroristes, après que son prédécesseur, Ali Al Thamen a été tué par une mine. Il combat Ansar al-Charia et les groupes affiliés à Daesh. En juillet 2017, son nom apparaît dans la presse internationale lorsque Benghazi est libérée des jihadistes.

Un candidat logique pour Abou Dhabi et Le Caire

« Il s’agit d’une figure conservatrice et non d’un révolutionnaire », résume Harchaoui. Le profil parfait pour Abou Dhabi et Le Caire, très influents dans le commandement de l’ANL et qui s’opposent à l’influence du Qatar et des Frères musulmans dans la région.

Hassi pourrait aussi apparaître pour les capitales occidentales comme un partenaire efficace dans la lutte contre le terrorisme. « En 2012, les Américains ouvrent un camp pour les forces anti-terroristes libyennes près de Tripoli. C’est Hassi qui l’a dirigé, alors qu’il officiait comme chef des opérations au ministère de la Défense », rappelle Harchaoui.

Si Hassi a des atouts, il n’est pas certain qu’il soit accepté par l’ensemble des forces actuellement rassemblées sous la houlette du maréchal Haftar. S’il semble, selon Harchaoui, que Hassi soit en bonne entente avec les madkhalis – salafistes rigoristes influents en Cyrénaïque et alliés à Haftar –, il se pourrait en revanche « que ce représentant de la tribu orientale des Hassa suscite la méfiance de la tribu du maréchal, les Ferjani. »

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