Comment réaliser notre valeur entrepreneuriale en Afrique francophone

Espace coworking de l'incubateur Etrilab, à Cotonou. © Jacques Torregano pour JA

L'Afrique, bien que riche en ressources minérales, a le plus bas niveau de commerce intra régional, selon le Forum économique mondial.

Tribune. En 2015, seulement 12 % environ des exportations de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) étaient destinées aux pays membres, 6 % à d’autres pays africains et 80 % à l’extérieur de l’Afrique. La tendance est encore plus prononcée en Afrique centrale, majoritairement francophone : la même année, seulement 1,5 % des exportations ont été versées à la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC).

Cette mauvaise intégration est basée sur des facteurs historiques et géopolitiques qui remontent à l’époque coloniale, lorsque le commerce était considéré par les puissances impériales occidentales comme un moyen d’accès aux produits de base et aux ressources naturelles. La France avait tendance à favoriser les politiques mercantilistes, ce qui a laissé un héritage institutionnel moins propice au libre-échange que dans les colonies britanniques.

Les entrepreneurs doivent avoir une vision régionale s’ils ont l’intention d’atteindre une taille substantielle pour attirer les investisseurs

Cela mérite d’être relevé car les économies africaines francophones sont en moyenne beaucoup moins importantes que leurs voisins anglophones. Même après une récession, l’économie nigériane en 2016 avait été estimée à 405 milliards de dollars pendant que le total des économies de la Cedeao (excepté le Nigeria et le Ghana) était inférieur à 120 milliards de dollars la même année, ce qui représente moins de 30 % de l’économie nigériane.

Ainsi, un entrepreneur nigérian pourrait démarrer une entreprise aujourd’hui, en faire une start-up dynamique en un an et une entreprise en croissance dans les trois ans ; Il existera toujours diverses opportunités de croissance à domicile s’il décide de rester au Nigeria. En revanche, en Afrique francophone, compte tenu de la taille réduite de leurs économies, la Côte d’Ivoire, le Mali ou le Sénégal ne se suffisent pas à eux-mêmes. Les entrepreneurs et les start-up doivent avoir une vision régionale s’ils ont l’intention d’atteindre une taille substantielle pour attirer les investisseurs.

La langue, un obstacle pas si insurmontable

Mais certains investisseurs potentiels (anglophones) en Afrique francophone considèrent la barrière de la langue comme un « obstacle insurmontable », selon une discussion au Forum stratégique de croissance d’Ernst & Young en 2016.

Je suis toujours un peu surprise quand j’entends cela. Lorsque les investisseurs occidentaux ont décidé de prêter attention au marché chinois par exemple, ils n’ont pas laissé la barrière de la langue faire dérailler leurs plans. Les investisseurs doivent s’assurer qu’ils puissent recruter des membres d’équipe qui sont francophones. Je pense en fait que le principal obstacle n’est pas le langage, mais plutôt le cadre institutionnel et juridique, qui est complètement différent de celui des pays du Commonwealth.

La majorité des investisseurs vous dira que le facteur le plus important dans la détermination d’une décision d’investissement est l’entrepreneur, pas son idée ou son modèle d’affaires.

Afin de stimuler l’innovation et de promouvoir l’esprit d’entreprise en Afrique francophone, nous devons repenser les modèles d’enseignement qui sont utilisés dès le plus jeune âge. Actuellement, le système d’éducation francophone se concentre encore sur l’apprentissage basé sur la mémoire par rapport à la pensée créative. Les aspirants entrepreneurs francophones africains doivent désapprendre cette tendance figée qu’ils ont développée à résoudre les problèmes et réapprendre une nouvelle façon de faire, peut-être axée sur une approche libre et souple.

Penser en blocs régionaux

Dans le même ordre d’idées, les entrepreneurs africains francophones doivent repenser leur manière de communiquer avec les investisseurs. Le système d’éducation francophone est devenu sujet à une communication verbeuse et enjolivée qui nécessite de feuilleter plusieurs pages d’information de base avant d’en arriver à l’essentiel. Ce n’est pas une stratégie qui convient aux investisseurs qui veulent des réponses rapides sur l’impact potentiel pour évaluer une opportunité.

Ces dernières années, les écosystèmes entrepreneuriaux africains francophones ont mûri à un rythme rapide, en particulier dans des pays comme le Sénégal. Nos entrepreneurs ont gagné de la visibilité dans des compétitions internationales telles que Coin Afrique dans le XL Africa de l’année dernière, FireFly Media dans PitchDrive de l’an dernier et InTouch, à l’Africa CEO Forum cette année.

Nous avons autant de potentiel que nos homologues anglophones mais pour réaliser pleinement notre valeur entrepreneuriale, nous devons optimiser les opportunités des blocs régionaux, ajuster notre communication et penser à saisir toutes les opportunités pour que nos entrepreneurs autochtones puissent se transformer en gazelles régionales agiles.

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