À Tunis, Ennahdha et Nidaa en face-à-face pour les municipales du 6 mai

Des Tunisiens regardant des affiches électorales au premier jour de la campagne démarrée le 14 avril 2018. © Hassene Dridi/AP/SIPA

Dans la capitale tunisienne, les deux principaux partis Ennahdha et Nidaa Tounes, alliés dans le gouvernement, sont concurrents. Chacun a opté pour une stratégie différente mais tous deux doivent faire face à des défis similaires.

C’est le duel le plus tendu des élections municipales du 6 mai. Dans la première circonscription de Tunis, « Tunis 1 »,  enjeu majeur de ces échéances, Kamel Idir, l’ancien président du Club africain, affronte Souad Abderrahim, ex-membre de l’Assemblée nationale constituante, et symbole du parti islamiste Ennahdha.

Le premier est le candidat de Nidaa Tounes, le parti au pouvoir. La deuxième bat pavillon Ennahdha, son allié au gouvernement. La campagne électorale a été officiellement lancée samedi 14 avril et elle place les deux partis comme les favoris de ce scrutin, le premier depuis la chute de Ben Ali

Une femme pour la liste islamiste

Ancienne militante de l’Union générale des étudiants de Tunisie (Uget), cette pharmacienne avait déjà suscité l’attention lors des élections pour la Constituante en 2011 (chargée de rédiger la loi suprême). Pour certains, la candidature de femmes non-voilées est une stratégie à peu de frais du parti islamiste pour draguer un électorat urbain libéral. À Sidi Bou Saïd, banlieue huppée de Tunis, Ennahdha présente aussi une femme qui ne porte pas le voile, Salima Ben Soltane.

Naoufel Jammali, porte-parole du parti, assume ces choix : « Il n’y a pas de jeu électoraliste. Il y a la loi sur la représentation des femmes en politique et notre mouvement, très féminin. Ensuite, pour des élections locales, on trouve des profils qui ressemblent à leur implantation. Et si Souad Abderrahim prenait la présidence de la capitale, ce serait une première pour notre pays et la région. » Et le cadre islamiste de mettre en avant le savoir-faire de la candidate, « qui a présidé avec talent une commission lorsqu’elle était dans la Constituante. » 

Un technicien et sportif pour le parti du président 

Kamel Idir, pharmacien de profession comme Souad Abderrahim, ancien international de handball, s’est plus fraîchement rallié au parti dont il défendra les couleurs lors du scrutin du 6 mai, Nidaa Tounes. S’il a intégré la formation présidentielle en janvier 2018, sa vie politique, elle, remonte à plus loin : il a été vice-président de la municipalité de Tunis entre 1995 et 2005 et a émargé au Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), de Zine el-Abidine Ben Ali dans les années 1990.

À Ennahdha, on s’interdit tout commentaire déplacé sur ce passage par le parti unique. « Ce n’est pas la question. Les Tunisois doivent voter notamment sur un programme local », précise Jammali. Dans une ville où le maillage en pharmacies et en centres de soins suscite le débat, et liée à ses clubs sportifs, un ancien directeur général au ministère de la Santé, doublé d’un ancien président d’un des principaux clubs, est, sans aucun doute, un choix pertinent de la part de Nidaa.

Un défi commun

Les deux candidats incarnent le duel qui se prépare entre la formation islamiste Ennahdha et sa rivale du centre-droit, Nidaa Tounes, les deux partis travaillant ensemble au gouvernement dans le cadre d’une alliance pragmatique et qui s’abstiennent, depuis 2014, de s’opposer trop frontalement. Les deux partis sont les deux seuls à couvrir l’ensemble des circonscriptions. La concurrence est rude pour les deux formations, a priori antagonistes, mais qui sont apparues ces dernières années comme des forces conservatrices semblables à plus d’un égard.

Les deux partis doivent défendre un bilan dans une ambiance économique morose et préparer un programme de promesses locales crédibles

L’abstention, estimée à 61,2 % selon un sondage du cabinet de conseil stratégie Sigma Conseil, paru en janvier 2018, jouerait en faveur des deux formations les puissantes du pays, mais ne les départagerait pas. Et il y a les autres candidats : Lotfi Ben Aïssa est, par exemple, un challenger potentiel. Ce fiscaliste du Front populaire (extrême-gauche) s’est vite attaqué aux questions de pollution, de patrimoine et de manque de crèches et de transports publics. Le mouvement Al Irada de l’ancien président Moncef Marzouki, qui garde une réelle influence dans la capitale, y présente lui aussi un candidat, Rachid Sebei. En tout, 17 listes ont été présentées à Tunis 1.

Les deux partis de gouvernement, concurrents dans cette campagne, font face, en réalité, au même défi : défendre un bilan dans une ambiance économique morose, participer à la bataille électorale tout en respectant le partenaire gouvernemental et préparer un programme de promesses locales crédibles qui soit en adéquation avec les grandes orientations de l’État.

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