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Tunisie : la campagne pour les municipales du 6 mai est lancée

Les élections municipales tunisiennes ont eu lieu le 6 mai 2018. © Ilyess Osmane/AP/SIPA

La campagne pour les élections municipales du 6 mai a été officiellement lancée samedi. Le scrutin, déjà plusieurs fois reporté, est menacé par la non adoption du Code des collectivités locales, toujours en discussion à l'Assemblée des représentants du peuple.

Reportées quatre fois depuis 2015, les élections municipales, qui bouclent le cycle électoral après les législatives et la présidentielle, se tiendront le 6 mai. Ce scrutin est d’autant plus important qu’il est le premier concernant les collectivités locales depuis la révolution de 2011 et l’adoption de la Constitution en 2014.

La campagne électorale a démarré ce samedi 14 avril, alors que certains évoquent encore un éventuel report en raison de la non adoption du Code des collectivités locales par l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) et l’absence, après le nouveau découpage électoral, de statut officiel pour 53 communes.

En jeu, une gestion locale démocratique basée sur la décentralisation mais aussi un positionnement des partis à 18 mois des élections générales de 2019. Pas moins de 2074 listes ont été validées par l’Instance supérieure indépendante des élections (Isie) qui constate que 52 % des candidats ont moins de 35 ans et que 49 % sont des femmes. Des éléments qui vont dans le sens de la démocratie participative prévue par la Constitution pour la gestion des collectivités locales.

Sidi Bouzid, le symbole

Ouverte par les présidents de parti, la campagne a connu son premier tour de chauffe avec un week-end sur le terrain. De manière très classique et souvent festive, les candidats ont distribués tracts et sourires sur les marchés, entamé des discussions et multiplié les réunions d’information sur leur programme.

Nidaa Tounes, donné comme favori avec Ennahdha, choisissait Sidi Bouzid, ville où l’immolation de Mohamed Bouazizi a nourri la révolte aboutissant à la chute du régime de Ben Ali en janvier 2011,  pour une rencontre menée par Borhane Bsaiess, chargé des affaires politiques du parti.


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Un symbole que s’est aussi approprié Moncef Marzouki, ancien président de la République et fondateur du parti Al Irada, venu soutenir les candidats de sa formation. « Cela fait de l’animation pour un dimanche », lance avec ironie Jamel, un habitant de l’Ariana qui n’ira pas voter. Hafedh, opticien, tient pour sa part à comparer les programmes : « Je penche pour des indépendants, mais auront-ils assez de volonté pour remettre les municipalités sur les rails sans népotisme et corruption ? »

Ennahdha au centre du jeu

Toute l’attention se focalise désormais sur Ennahdha. Avec 170 listes, la formation est présente partout, soutenant même des indépendants – une situation paradoxale qui questionne la notion même de l’étiquette indépendante. Et le parti islamiste, après avoir fait le buzz avec un candidat de confession juive sur sa liste à Monastir, fait de nouveau parler de lui pour avoir choisi des femmes à l’allure émancipée en têtes de liste de circonscriptions branchées comme Sidi Bou Saïd en banlieue de Tunis.

De fait, la formation islamiste a retenu les leçons des législatives de 2014 où le vote massif des Tunisiennes a porté Béji Caïd Essebsi à la présidence de la République. Une attitude que Saïda Ounissi, secrétaire d’État à la formation professionnelle d’Ennahdha, interprète cependant comme une instrumentalisation regrettable des femmes. « Des femmes portant un foulard pour les régions dites conservatrices, des femmes en jeans moulants pour la banlieue nord, des femmes jeunes pour les quartiers populaires, des femmes issues de la bourgeoisie pour les grandes villes. Nous ne nous sommes pas battues pour cela », dénonce-t-elle.

Premiers accrocs au processus électoral

Signe de l’enjeu, la campagne s’annonce tendue. Les observateurs de l’Association tunisienne pour l’intégrité et la démocratie des élections (Atide) et du réseau citoyens Mourakiboune ont d’ailleurs déjà relevé les premiers incidents du processus électoral : des affiches lacérées et un refus des Instances régionales indépendantes des élections (IRIE) d’accrocher les manifestes de certains partis, dont le Front populaire, dans diverses localités.

Pendant ce temps, les électeurs attendent les débats télévisés pour affiner leurs choix, même s’ils ne semblent globalement pas pressés d’aller voter. L’abstention au scrutin est estimée à 61,2 %, selon les derniers sondages de Sigma Conseil, en janvier 2018. Les candidats ont trois semaines pour convaincre les indécis de se rendre aux urnes et de voter pour eux.

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