Histoire

« Histoire des révoltes panafricaines » : l’ouvrage de C.L.R. James traduit pour la première fois en français

« Histoire des révoltes panafricaines » de l'auteur C.L.R. James vient d'être publié en français. © Wikimedia Commons/CC

Dans un livre radical, C.L.R. James se proposait dès 1938 d'écrire une histoire populaire des peuples noirs et de leur lutte contre le colonialisme, le racisme ou la vision eurocentrique qui justifiait la domination de l'Occident sur le reste du monde.

C’est un petit livre d’un grand auteur qui est traduit pour la première fois en français aux éditions Amsterdam. Histoire des révoltes panafricaines est paru pour la première fois en anglais en 1938. Son auteur, C.L.R. James, né en 1901 dans la colonie britannique de Trinité-et-Tobago, dans les Caraïbes, est journaliste et chroniqueur de cricket, intellectuel et militant marxiste et panafricain, plus connu pour son célèbre ouvrage Les Jacobins noirs, déjà traduit en français et republié par les éditions Amsterdam en 2017.

Une biographie de l’auteur est parue en janvier 2016, écrite par Matthieu Renault, qui signe la postface de l’Histoire des révoltes panafricaines. L’ouvrage balaie du regard et analyse le sens de mouvements hétéroclites en apparence, apparaissant aux Caraïbes, aux États-Unis et en Afrique et évoluant à des rythmes différents. Le but du livre est net : « s’attaquer au mythe du ‘Noir docile’ », comme l’écrit Selim Nadi, le préfacier de l’édition française.

Une histoire transatlantique

L’émancipation des peuples noirs à travers le monde passe, selon C.L.R. James, par une réécriture de l’histoire contre les mythes diffusés par les pouvoirs occidentaux. Il revient ainsi sur différents épisodes qui prouvent la richesse des oppositions à la colonisation et au racisme, des grèves organisées par des syndicats de cheminots ou de marins en Gambie et en Sierra Leone, aux révoltes religieuses, comme celle du menuisier et prédicateur Kibangu qui, dans les années 1920 au Congo belge, appelle à boycotter les églises européennes et à déserter des plantations essentielles au fonctionnement de la colonie.

C.L.R. James développe de manière implicite l’idée d’une histoire commune à tous les peuples noirs du monde

En écrivant une histoire transatlantique, il développe aussi de manière implicite l’idée d’une histoire commune à tous les peuples noirs du monde. La première édition anglaise de cette oeuvre est baptisée A History of Negro Revolt. « Pour montrer – comme le fera Malcolm X bien plus tard, lorsqu’il dira que les événements au Congo peuvent se répercuter sur la situation des Africains-Américains […] – que la situation des Noirs aux États-Unis est totalement liée à celle des Africains, afin de créer un sentiment de solidarité politique internationale », écrit Selim Nadi.

Nyerere, président révolté

En 1969, l’auteur ajoute un épilogue à son premier travail de 1938, qui est aussi traduit dans l’édition française. À cette occasion, il change le titre de son livre, qui devient A History of Pan-African Revolt. Il revient sur le développement de la lutte des Noirs aux États-Unis – il y a vécu entre deux – et sur les expériences gouvernementales des nouveaux régimes guinéens, zambiens ou tanzaniens.

Il considère la Tanzanie de Nyerere comme « le plus haut sommet atteint jusqu’ici par les révoltes noires »

De la Tanzanie dirigée par Julius Nyerere, il en pense le plus grand bien et la considère comme « le plus haut sommet atteint jusqu’ici par les révoltes noires ». Il ne cache pas avoir personnellement correspondu avec le président de la Tanzanie et donné ses impressions sur les expériences agricoles et coopérativistes radicales entreprises par le régime et baptisées « Ujamaa ». D’époque en continent, C.L.R. James esquisse avec rigueur les contours d’un panafricanisme dont, en plus d’en constater l’existence, il propose aux historiens comme aux révolutionnaires occidentaux et africains d’en faire un élément incontournable de toute analyse globale.

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