Start-up de la semaine : Andela mise sur la jeunesse africaine pour trouver les développeurs de demain

Par - à Nairobi

Le développeur Joshua Mwaniki est à la tête de la filiale d’Andela au Kenya depuis son lancement en 2015. © D.R.

Alors que plus d’un million de postes de développeurs sont à pourvoir pour assurer la croissance du secteur dans le monde, la société Andela s'est installée au Kenya, mais aussi au Nigeria et en Ouganda pour former des apprentis et les mettre à disposition d'entreprises étrangères.

Thika, petite ville industrielle kenyane à une heure de route au nord-ouest de la capitale, Nairobi. Derrière les murs d’une ancienne école catholique, un open space flambant neuf accueille des dizaines de jeunes geeks derrière leur ordinateur. Pour leur confort, des fauteuils de couleurs vives ont été installés, ainsi qu’un babyfoot, une table de jeu d’échecs, un espace lounge… Comme un air de Silicon Valley, en Californie. C’est le siège de la filiale locale d’Andela, une société de services en informatique.

Outre les espaces de travail branchés, une partie des bâtiments est dédiée depuis peu à une cantine ouverte 24 heures sur 24. Une annexe est également en construction pour permettre aux développeurs en herbe de loger sur place. Certains d’entre eux collaborent en effet avec les États-Unis ou d’autres régions du monde, ce qui les oblige à travailler en horaires décalés.

Basket, jean, chemise à carreaux. Joshua Mwaniki est le manager de cette entité kenyane. À 38 ans, ce juriste de formation est accro aux nouvelles technologies. « Quand j’avais 25 ans, à l’université, j’ai lancé un magazine en ligne qui mettait en relation les campus de la région. C’était une sorte de réseau social avant l’heure, raconte-t-il. Je me suis de plus en plus intéressé à l’informatique et me suis rendu compte du pouvoir de la technologie. Un bon logiciel, une bonne application, peuvent changer le monde ».

Quatre offres d’emploi derrière chaque développeur

Quelques années plus tard, Joshua Mwaniki délaissera le droit pour devenir développeur. Il prendra la tête de la filiale d’Andela au Kenya à son lancement en 2015. « Mon travail me permet d’allier l’humain et la technologie. Mes deux passions ».

Andela est une pépinière de développeurs de logiciels en Afrique. Arrivée au Nigeria depuis 2014, au Kenya l’année suivante et en Ouganda il y a un an, l’entreprise déniche la crème des talents du continent. Elle les forme au codage durant quatre ans, tout en leur dégotant des missions en tant que consultant pour les grands noms du secteur mondial des technologies, parmi lesquels GitHub, Mastercard, SeatGeek ou encore Crunchbase.

Le challenge du secteur : trouver des programmateurs compétents afin d’assurer sa croissance

Il faut dire que l’entreprise, basée à New York, a été lancée en 2014 par cinq professionnels du secteur au carnet d’adresse bien fourni. Deux d’entre eux sont Américains, les autres sont Canadiens, Camerounais et Nigérian. Ensemble, ils ont voulu répondre à l’un des plus gros challenges du secteur : trouver des programmateurs compétents afin d’assurer sa croissance. Car aujourd’hui, derrière chaque développeur, il y a quatre offres d’emploi disponibles. 1,2 million de postes seraient vacants à l’échelle mondiale.

Détecter les talents

Pour combler ce déficit, l’entreprise mise sur l’Afrique et ce n’est pas un hasard. 60 % de la population y a moins de 35 ans et près de la moitié est au chômage. Andela s’est fait une place sur le continent en moins de cinq ans, renforçant sa présence depuis octobre 2017 grâce à une levée de fonds, la troisième, de 40 millions de dollars. Parmi les investisseurs, on retrouve la Fondation Chan-Zuckerberg, Learning Capital ou encore TLcom, un fonds spécialisé dans le capital risque du domaine des technologies. Pas encore rentable, l’entreprise vise avant tout la croissance.

Au Kenya, 40 % des développeurs n’ont aucune formation, un tiers seulement sont arrivés jusqu’au collège. « L’une des principales difficultés a été de nous faire connaître auprès des talents qui vivent parfois loin des grandes villes et qui n’ont aucune idée du potentiel qu’ils représentent », explique Joshua Mwaniki. Pour y remédier, Andela compte avant tout sur les communautés locales, mais aussi sur les collèges et les universités. Depuis son implantation il y a trois ans, 75 000 candidats ont postulé en ligne. Mais seuls 600 d’entre eux ont été retenus à l’issue de deux mois de tests poussés et au final, un tiers on été engagés.

À ce jour, 700 développeurs ont intégré Andela au Nigeria, au Kenya et en Ouganda

Aujourd’hui, 252 développeurs travaillent pour Andela au Kenya, encadrés par les 113 employés des différents départements (marketing, finance, opérations, etc.). « Nous recherchons l’excellence, la crème de la crème », explique Joshua Mwaniki. Une fois intégrés dans le programme, les apprentis suivent une formation de six à neuf mois pour apprendre les ficelles du codage avant de devenir consultants et se perfectionner au fil des ans. L’année 2019 sera celle de la première vague de développeurs confirmés et formés par Andela au Kenya. Tous ont déjà des propositions d’embauche, selon le dirigeant. À ce jour, 700 développeurs ont intégré Andela au Nigeria, au Kenya et en Ouganda.

Des salaires bien inférieurs aux standards internationaux

Andela fait fortement penser à l’école parisienne « 42 » de Xavier Niel. Le fondateur de Free leur a d’ailleurs rendu visite il y a deux ans. Une comparaison que Joshua Mwaniki accepte avec plaisir, tout en y apportant une nuance de taille : « La grande différence avec l’école de Xavier Niel est que nous ne sommes justement pas une école. Il n’y a pas de diplôme à l’issue de l’apprentissage et il n’y a pas des élèves ici mais bien des employés rémunérés. »

Les apprentis gagnent en effet de 800 à 2 500 dollars (650 à 2 000 euros) par mois grâce à leur travail de consultant. Des salaires particulièrement élevés par rapport à la moyenne du pays mais qui ne représentent souvent que le quart de ce à quoi peut prétendre un développeur américain. Andela convainc ses partenaires grâce à la qualité de sa formation et au prix peu élevé de sa main d’œuvre, mais il répond également à un problème de taille pour les grandes entreprises du secteur : le turnover.

Face à la multitude d’offres d’emploi, les développeurs, très vite démarchés par la concurrence, restent rarement plus de quelques mois dans la même entreprise. Les apprentis d’Andela, eux, se targuent de rester au moins un an dans l’entreprise, pouvant dès lors se concentrer sur un même programme à long terme. Un atout important et rare dans le milieu.

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici