Politique

Centrafrique : au moins 19 morts lors d’un affrontement dans le quartier musulman de Bangui

Casques bleus dans le quartier PK5 de Bangui, en février 2016. © Jerome Delay/AP/SIPA

Des affrontements entre des milices du quartier musulman PK5 à Bangui et une patrouille composée de Casques bleus et de soldats centrafricains ont fait au moins 19 morts et une centaine de blessés mercredi.

Des « bandits ont pris la population en otage » dans le quartier musulman du PK5 à Bangui, a déclaré mercredi 11 avril le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra, à la sortie d’une réunion avec des représentants de l’ONU et de l’Union africaine, selon une vidéo diffusée par l’ONU.

Mardi, des affrontements entre une patrouille composée de Casques bleus et de soldats centrafricains, et des milices du quartier du PK5, ont fait au moins 19 morts, dont un Casque bleu, et une centaine de blessés.

Cette flambée des violences, inédite dans la capitale depuis l’élection de Faustin-Archange Touadéra en 2016, intervient alors que la mission de l’ONU (Minusca) et les forces de sécurité centrafricaines mènent depuis dimanche une opération militaire contre les milices armées du quartier PK5.

Pas une « question de religion », selon le gouvernement

« Cette opération n’avait que pour seul objectif d’appréhender les responsables [des milices armées]. Ce n’est pas contre une communauté ou contre la population » du quartier, a déclaré mercredi le président centrafricain.

L’opération militaire au PK5 « n’est pas une question de religion. C’est une question de maintien d’ordre et de sécurité. D’aucuns ont voulu créer l’amalgame en voulant transformer ceci en une situation confessionnelle. C’est faux », a-t-il martelé.

La majorité des musulmans de Bangui vivent enclavés dans le quartier PK5 depuis que le président Michel Djotodia – qui, à la tête de la coalition musulmane de la Séléka, avait renversé le président François Bozizé par la force en 2013 – a été chassé du pouvoir en 2014 par une intervention militaire internationale.

Depuis l’élection de Touadéra en 2016, soutenue par l’ONU et la France, les groupes armés issus de l’ex-Séléka ne cessent de clamer une connivence entre le pouvoir à Bangui et les milices anti-balaka, groupes « d’autodéfense » se présentant comme chrétiens.

Manifestation de la population

Mercredi matin, des centaines d’habitants du PK5 ont marché jusqu’au QG de la Minusca, en centre-ville, pour y déposer les cadavres de 17 hommes.

« Le président Touadéra, quand il était en campagne, nous a promis de ne pas toucher un seul cheveu d’un sujet musulman si nous votions pour lui, ce que nous avons fait. Voilà le résultat », a déploré Ryad, un des manifestants.

Depuis plusieurs mois, le quartier PK5, est le théâtre de violences meurtrières. La population commerçante du quartier avait arrêté de payer les milices armées début 2018 pour protester contre leurs violences, qui se sont poursuivies. Ces commerçants n’ont cessé de demander à la Minusca et au gouvernement d’intervenir pour déloger ces milices.

La Centrafrique est embourbée dans un conflit meurtrier depuis 2013. Les groupes armés contrôlent une majeure partie du territoire, où ils combattent pour le contrôle des ressources naturelles et de l’influence.

L’État centrafricain n’a lui d’autorité que sur une maigre partie du territoire. La capitale Bangui avait été jusque-là relativement épargnée des combats entre l’ONU et les groupes armés.

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