Politique

Égypte : Abdel Fattah al-Sissi réélu, sans surprise, avec 97% des voix

Un partisan d'Abdel Fattah al-Sissi, le 2 avril 2018 au moment de la promulgation des résultats officiels de la présidentielle. © Nariman El-Mofty/AP/SIPA

Abdel Fattah al-Sissi a été réélu pour un second mandat de quatre ans avec 97,08% des voix validées, dans une élection où son seul adversaire était aussi l'un de ses partisans.

Le taux de participation l’un des principaux – sinon le seul – enjeu de ce scrutin des 26, 27 et 28 mars s’établit à 41,5%, selon l’Autorité nationale des élections. Lors d’une conférence de presse lundi, Lachine Ibrahim, président de cette Autorité a annoncé que le président sortant a récolté environ 22 millions de voix.

Si près de 25 millions d’Égyptiens on exprimé leur vote, plus de 92% des bulletins ont été validés, le reste ayant été rejeté comme non-conforme.

La participation desÉgyptiens reflète leur « foi dans la voie démocratique », s’est félicité M. Ibrahim avant d’annoncer sous les applaudissements la « victoire » d’Abdel Fattah al-Sissi.

Les estimations annoncées depuis jeudi par la presse d’Etat, au lendemain d’un scrutin de trois jours, donnaient déjà Sissi victorieux à plus de 90%.

La stabilité au prix de violations des droits humains

Mostafa Darwish / AP / Sipa

Qualifiée de « mascarade » par certaines figures de l’opposition, cette présidentielle n’a pas réservé de surprise. Archi-favori, Sissi avait pour seul adversaire Moussa Mostafa Moussa, un homme politique méconnu du grand public et partisan affiché du chef de l’État. Celui-ci a obtenu 2,92% des voix.

Élu avec 96,9% des voix en 2014, Sissi est arrivé au pouvoir un an après la destitution par l’armée, dont il était alors le chef, du président islamiste Mohamed Morsi, à la suite de manifestations massives contre ce dernier.

Artisan de la stabilité selon ses partisans, son régime est régulièrement pointé du doigt par les organisations nationales et internationales de défense des droits de l’Homme qui dénoncent des violations des libertés individuelles et la répression des opposants.


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La réélection de Sissi ne faisait aucun doute. Depuis le début de la campagne, le chef de l’État est omniprésent à la télévision comme sur les affiches dans les rues.

Renoncement et mise à l’écart

Amr Nabil/AP/SIPA

Moussa Mostafa Moussa est arrivé in extremis dans la course après la mise à l’écart ou le renoncement d’autres prétendants plus sérieux.

Fin novembre, l’ex-Premier ministre Ahmed Chafiq avait annoncé sa candidature depuis les Emirats arabes Unis où il vivait. A son arrivée en Egypte début décembre, il a disparu pendant environ 24 heures, avant d’annoncer qu’il renonçait.

L’ex-chef d’état-major Sami Anan a été exclu de en janvier, poursuivi par la justice militaire pour s’être engagé « sans l’autorisation des forces armées ».

L’ancien député devenu dissident Mohamed Anouar El-Sadate, neveu de l’ex-président Anouar El-Sadate, et l’avocat défenseur des droits de l’Homme Khaled Ali ont eux aussi jeté l’éponge, dénonçant des pressions.

Plusieurs personnalités égyptiennes avaient appelé en janvier au boycott du scrutin, accusant le régime « d’empêcher toute compétition loyale ».

Sécurité et économie : les deux défis à venir

Abdel Fattah al-Sissi devra s’atteler à deux défis majeurs pour son second mandat, la stabilité sécuritaire et le redressement économique.

L’armée soupçonne des membres du groupe État islamique (EI) de s’installer dans le Sinaï à la suite de leurs défaites en Irak et en Syrie.

Depuis le 9 février, elle mène une vaste campagne militaire pour « nettoyer » le pays du terrorisme. Au total, au moins 22 militaires ainsi que plus de 100 jihadistes ont été tués depuis le lancement de cette campagne dans le Sinaï, selon les bilans officiels.

L’économie égyptienne est par ailleurs en berne depuis l’instabilité politique et les menaces sécuritaires à la suite du soulèvement populaire de 2011.

Le Caire a lancé en 2016 un programme drastique de réformes économiques en vue de l’obtention d’un prêt de 12 milliards de dollars approuvé en novembre 2016 par le Fonds monétaire international.

Avec la dévaluation brutale de la monnaie, qui a perdu la moitié de sa valeur par rapport à l’euro et au dollar, ainsi que la réduction drastique des subventions, la population se plaint des hausses des prix qui ont eu un impact important sur les familles modestes et de la classe moyenne.

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