Moines de Tibhirine : ce que nous apprend la dernière expertise

Par Jeune Afrique avec AFP

Photo non datée montrant, au premier rang de gauche à droite, Frère Paul, Frère Christophe, et au second rang Frère docteur Luc Dorchier (deuxième à gauche), Frère Michel (troisième à gauche), Père Amède (deuixème à droite) et Frère Jean-Pierre (1er à droite), six des sept moines kidnappés à Tibéhirine en 1996. © AFP

Les experts qui ont analysé les échantillons des crânes des sept moines français du monastère de Tibhirine, assassinés en 1996 en Algérie, ne disposent pas d'élément nouveau sur "la cause directe" de leur mort. Mais ils confortent pour la première fois de manière scientifique certaines hypothèses, notamment que les religieux auraient été tués bien avant l'annonce de leur décès.

Dans leurs conclusions remises le jeudi 23 février aux juges antiterroristes, les experts affirment que « les résultats des analyses n’apportent aucun argument nouveau concernant la cause directe de la mort » des religieux. Les sept moines de l’ordre cistercien de la stricte observance avaient été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 dans leur monastère de Notre-Dame de l’Atlas, sur les hauteurs de Médéa, en Algérie. Deux mois plus tard, le 23 mai, un communiqué du Groupe islamique armé (GIA) revendiquait leur assassinat deux jours plus tôt, la gorge tranchée. Seules les têtes avaient été retrouvées sur une route.

Mais cette version d’un crime islamiste perpétré en pleine guerre civile a été mise en doute et des soupçons sont apparus sur une possible implication des services secrets militaires algériens. Les prélèvements avaient été effectués à l’automne 2014 lors d’une exhumation des crânes des religieux enterrés à Tibhirine, mais les juges et les experts français qui y avaient assisté n’avaient pu les rapporter d’Algérie.

« Décapitation post-mortem »

Finalement, en juin 2016, la juge d’instruction française Nathalie Poux avait ramené des prélèvement des têtes des moines en France et ordonné une expertise dans la foulée. Si celle-ci n’est pas en mesure de lever toutes les zones d’ombre, elle permet toutefois de confirmer des hypothèses déjà évoquées en 2015 sur la base des seules constatations effectuées sur place par les enquêteurs français.

Ce dernier rapport vient une nouvelle fois mettre en doute les conditions de la mort décrite dans la revendication du GIA, notamment sur le point crucial de la datation des meurtres.

Ainsi, « l »hypothèse de décès survenus entre le 25 et le 27 avril », soit bien avant l’annonce officielle de leur mort « reste plausible », estiment les experts qui ont notamment mené des analyses sur l’apparition de cocons d’insectes.

L’absence de traces de balles sur les crânes vient une nouvelle fois amoindrir la version d’une éventuelle bavure de l’armée algérienne

Les experts confirment par ailleurs que des traces d’égorgement n’apparaissent que pour une minorité des moines et que tous présentent les signes d’une « décapitation post-mortem », de quoi alimenter les soupçons sur une possible mise en scène. Ils jugent aussi « vraisemblable » l’hypothèse d’une « première inhumation » avant la découverte des têtes.

Enfin, l’absence de traces de balles sur les crânes vient une nouvelle fois amoindrir la version d’une éventuelle bavure de l’armée algérienne lors d’une opération menée depuis un hélicoptère.

« Ce rapport n’apporte pas la démonstration d’une vérité absolue mais il en résulte quand même des pistes concordantes qui mettent en doute la version officielle », a réagi Me Patrick Baudouin, avocat des familles des religieux.

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