Madagascar : la Jirama, le fardeau des finances publiques ?

Hery Rajaonarimampianina a été élu à la présidence de Madagascar en 2014. © Sandra Rocha pour Jeune Afrique

Si pour les services du FMI, la situation macroéconomique de la Grande Île s’est considérablement améliorée ces derniers mois, la compagnie publique d’eau et d’électricité Jirama continue de grever les finances publiques.

« Une croissance soutenue et stable en dépit des chocs », une hausse des réserves de change, générant des liquidités « bien gérées » par la Banque centrale, un recul prévu de l’inflation… Le FMI est rarement dithyrambique, mais la déclaration publiée ce 28 mars, suite à la visite à Madagascar d’une mission conduite par Marshall Mills, ne cherche pas à cacher la satisfaction des émissaires de l’institution financière internationale.

Dans un communiqué, la délégation souligne ainsi que « tous les critères de réalisation quantitatifs [imposés dans le cadre de l’accord triennal au titre de la facilité élargie de crédit, portant sur 304,7 millions de dollars, ndlr] pour fin décembre ont été remplis, pour la plupart avec des marges importantes » et que « la mise en œuvre des réformes structurelles prévues par le programme a généralement progressé comme prévu ». Des compliments qui ne devraient pas déplaire au président Hery Rajaonarimampianina, qui remettra son mandat en jeu le 24 novembre prochain.

Dans la colonne des bonnes nouvelles, une croissance qui devrait s’accélérer à 5 % en 2018 (contre 4,2 % en 2017), des réserves de change de plus de quatre mois et une inflation qui devrait repasser sous la barre des 8 % d’ici la fin de l’année.

Chocs climatiques

La Grande Île n’a pourtant pas été épargnée par les chocs en 2017 : la sécheresse a réduit les rendements agricoles et la production hydroélectrique ; le cyclone Enawo, en mars 2017, a fait 78 morts et a ravagé les cultures (provoquant par ailleurs une hausse du prix de la vanille, dont le pays est le premier producteur mondial) ; ou encore l’épidémie de peste, qui a ralenti le tourisme – le ministère de la Santé a annoncé début décembre 2017 la fin de l’épidémie, qui a causé 202 décès entre le 1er août et le 22 novembre.

La remontée des cours du pétrole n’a pas non plus été positive pour le pays, qui importe ses hydrocarbures, et en particulier sur les caisses de l’État, qui tarde à ajuster le prix à la pompe sur les prix mondiaux et a de ce fait « accumulé des engagements vis-à-vis des distributeurs ». Une situation que le FMI recommande d’aplanir d’ici la fin de l’année.

Lutte contre la corruption : le FMI préconise une accélération

Mais la principale difficulté pour les finances de Madagascar reste sa compagnie publique d’eau et d’électricité, la Jirama, « dont les difficultés financières continuent de grever les finances publiques, malgré le lancement d’un plan ambitieux de restructuration de la compagnie », précise le FMI. Selon le communiqué de fin de mission, « les pertes importantes enregistrées l’an dernier, aggravées par la sécheresse, ont dépassé les transferts inscrits au budget, ce qui accentue la pression sur les ressources publiques ».

Ce sera encore le cas en 2018, prévient l’institution, car « l’impact positif de la pluviométrie favorable sur la production d’hydroélectricité est insuffisant pour compenser l’impact négatif de la hausse des prix mondiaux des carburants et du service de la dette accumulée au cours des années ».

Par ailleurs, et alors qu’un ancien ministre des Finances, Jean Razafindravonona, a été arrêté le 21 mars dans le cadre d’une enquête pour « détournement de fonds publics », la délégation du FMI a instamment demandé aux autorités « d’adopter les lois sur le recouvrement d’avoirs illicites et la lutte contre le blanchiment de capitaux qui ont été soumises au Parlement, pour combattre la corruption et maintenir de bonnes relations bancaires à l’échelle internationale ». Une demande qui figurait déjà dans le compte-rendu de la précédente mission de l’institution sur l’île, en septembre dernier.

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