Droits de l’homme

Congo-Brazzaville : « On ne peut parler de paix durable dans le Pool tant que l’impunité persiste »

De g. à dr. Christian Mounzeo, coordonnateur de la campagne « Publiez ce que vous payez au Congo », et Trésor Nzila Kendet, directeur exécutif de l'Observatoire congolais des droits de l'homme, à Paris, le 12 mars 2017. © Trésor Kibangula/J.A.

Lors d'un récent passage à Paris, Trésor Nzila Kendet, directeur exécutif de l'Observatoire congolais des droits de l'homme, et Christian Mounzeo, coordonnateur de la campagne « Publiez ce que vous payez au Congo », ont livré à Jeune Afrique leur regard sur l’état actuel du Congo-Brazzaville. Interview croisée.

« Pas facile » d’être défenseur de l’environnement et des droits humains au Congo-Brazzaville, souffle Christian Mounzeo, coordonnateur de la campagne « Publiez ce que vous payez au Congo ». Les bureaux à Pointe-Noire de son organisation, la Rencontre pour la paix et les droits humains (RPDH), ont été saccagés dans la nuit du 9 au 10 mars, dans des circonstances non élucidées. « Nous travaillons dans un contexte très difficile », confirme son camarade Trésor Nzila Kendet, directeur exécutif de l’Observatoire congolais des droits de l’homme.

Les deux militants congolais ont séjourné mi-mars à Paris, encadrés par l’ONG Fern, basée à Bruxelles. L’occasion de revenir avec eux sur la situation politique, sociale et économique de ce pays pétrolier en proie à des difficultés financières depuis la chute des cours du baril de brut.

Jeune Afrique : Quel rôle la société civile congolaise joue-t-elle dans un contexte de crise politique, économique et sécuritaire ?

Christian Mounzeo : Elle reste l’une des opportunités qui doit permettre aux citoyens de pouvoir s’exprimer. Nous avons lancé un certain nombre d’initiatives à travers lesquelles la société civile se fait entendre et dans le cadre desquelles nous avons eu quelques résultats…

Trésor Nzila Kendet : Mais nous sommes très profondément préoccupés par le rétrécissement de l’espace des libertés.

Quelles sont aujourd’hui les avancées enregistrées dans le domaine de la défense des droits de l’homme au Congo-Brazzaville ? 

Christian Mounzeo : Concernant les engagements internationaux relatifs aux droits et libertés fondamentaux, le Congo-Brazzaville a bien avancé. Le pays est à jour. Sur le plan interne, les libertés individuelles ont toujours été garanties dans toutes nos Constitutions. Il existe aussi un ensemble législatif qui garantit l’exercice des droits humains. Mais des défis persistent quant à leur mise en œuvre.

Au Congo-Brazzaville, le défi majeur demeure l’application même des textes.

Quels sont ces défis ?

Trésor Nzila Kendet : Au Congo-Brazzaville, le défi majeur demeure l’application même de ces textes. Nous vivons en effet dans un pays riche en législations, mais les violations des droits humains ne diminuent guère. On compte encore des prisonniers politiques, des personnes qui ont voulu jouir de leur liberté d’expression et qui se retrouvent aujourd’hui en prison.

Christian Mounzeo : Il faut aussi mentionner les tentatives de réformes législatives qui ont l’ambition de restreindre l’espace des libertés de la société civile. C’est le cas particulièrement de la loi sur le régime des associations, qui a été votée par le Parlement il y a un an. Même si elle n’est pas toujours promulguée, cette loi reste une épée de Damoclès sur la tête des défenseurs des droits humains.

C’est pourquoi nous exigeons une loi précise sur la protection des défenseurs des droits de l’homme, d’une part, et, de l’autre, une mise en application en urgence du code de transparence et de responsabilité dans la gestion des finances publiques. Car celui-ci prévoit également un espace de protection des médias et de la société civile.

Nous demandons que l’accord de Kinkala soit réécrit pour prendre en compte les questions de justice et de réconciliation

Sur le plan politique et sécuritaire, un accord a été signé en décembre à Kinkala, dans le Pool, où des forces de sécurité affrontent des miliciens du pasteur Ntumi depuis avril 2016. Est-ce le début de la fin de la crise post-électorale au Congo ?

Trésor Nzila Kendet : C’est un accord qui pose un certain nombre de problèmes, car il consacre l’impunité des violations des droits de l’homme commises dans le Pool. Des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité y ont pourtant été commis, par des forces gouvernementales comme par des miliciens. Or, on ne peut parler de paix durable dans une impunité totale.

Nous demandons donc que cet accord de Kinkala soit réécrit pour prendre en compte les questions de justice et de réconciliation. Ce compromis doit également mentionner clairement la nécessité de la mise en place d’une commission d’enquête internationale, seule instance capable de faire toute la lumière sur ce qu’il s’est passé dans le Pool.

Christian Mounzeo : Aucun accord ne peut en effet faire l’impasse sur le devoir de vérité, de justice, de réconciliation et de réparation. D’autant que cette situation dans le Pool n’est que le reflet de la crise politique dans le pays. Les solutions à apporter dans ce département doivent aussi tenir compte de la dimension globale du contentieux politique.

Huit ans après les Accords de partenariat volontaire (APV) conclus avec l’Union européenne, où en est le Congo-Brazzaville dans la gouvernance forestière ?

Trésor Nzila Kendet : Jusqu’ici, les avancées sont très minces. La réforme du code forestier, amorcée depuis 2011, n’est toujours pas achevée. Pourtant ce texte est attendu pour combler des vides juridiques et apporter des réponses aux préoccupations des communautés locales. Et ce, dans un contexte où l’exploitation illégale du bois prend de plus en plus d’ampleur au Congo-Brazzaville.

En définitive, pour sortir de la crise économique, le pays doit-il compter sur un accord avec le Fond monétaire international (FMI) ou plutôt se tourner résolument vers son partenaire chinois ?

Christiant Mounzeo : Ce dont les Congolais ont besoin aujourd’hui, c’est avant tout la transparence, la responsabilité des gouvernants dans la gestion de la chose publique et l’application des lois contre l’impunité. Le FMI l’entend-il aussi de cette oreille ? Oui. Mais les entreprises chinoises, elles, doivent encore prouver qu’elles sont redevables et responsables.

Trésor Nzila Kendet : Il nous faut en effet un partenaire qui se préoccupe des exigences de transparence, de redevabilité et d’intégrité.

Fermer

Je me connecte