Religion

Maroc : Asma Lamrabet livre les raisons de sa démission de la Rabita des oulémas

Asma Lamrabet est l'auteur du livre "Islam et femmes : les questions qui fâchent". Ici en mai 2014 à Rabat. © Hassan Ouazzani pour JA

Sa démission de ce think tank royal avait suscité un tollé la semaine dernière. C'est bien à cause de sa position en faveur de l'égalité sur l'héritage qui a dérangé les conservateurs, affirme la réformiste marocaine dans un communiqué envoyé à Jeune Afrique.

« Je n’ai pas souhaité m’exprimer, depuis l’étranger, où je participais à un séminaire académique, sur les raisons ayant conduit à ma démission [lundi 19 mars, ndlr] et ce, pour éviter toute instrumentalisation malveillante qui viendrait travestir mon patriotisme, mes valeurs et mes profondes convictions ». C’est ainsi que la réformiste marocaine Asma Lamrabet s’est exprimée, une semaine après sa démission de la Rabita Mohammadia des oulémas, un think tank religieux placé sous la tutelle du roi.

Dans un communiqué envoyé à Jeune Afrique ce lundi 26 mars, elle confirme que c’est bel et bien sa position en faveur de l’égalité en matière d’héritage qui était derrière sa démission de cette organisation. Jusque-là, la chercheuse dirigeait le Centre des études sur les femmes en islam au sein de cette Rabita et était connue, depuis des années, pour ses prises de position réformistes qui dérangeaient les conservateurs.

« Contrainte » à présenter sa démission

À l’occasion d’une conférence universitaire de présentation d’un ouvrage collectif sur l’héritage (L’héritage des femmes, sous la direction de Siham Benchekroun), elle affirme que ses propos, exprimés à titre strictement personnel et rapportés par un organe de presse, ont suscité un tollé et une grande polémique lors de la 20e session du Conseil académique de la Rabita. Devant une telle pression, elle a été « contrainte à présenter sa démission » en raison des divergences portant sur l’approche de l’égalité femmes-hommes au sein du référentiel religieux.

« À ceux qui voudraient m’accabler, je dirais que mon action, à titre bénévole au sein de la Rabita, pendant près de dix ans, n’avait d’autre ambition que de servir mon pays et de promouvoir cette troisième voie, celui d’un islam apaisé, contextualisé et en phase avec les valeurs humanistes universelles compatibles avec nos valeurs culturelles », plaide-t-elle.

Une étape est terminée. Mais je poursuivrais sereinement et librement mon engagement

Celle qui dit porter en elle et défendre « la démarche royale » pour mener le Maroc vers la modernité, estime que l’islam ne saurait être « une barrière pour l’émancipation dans la justice et l’égalité des droits ». D’autant plus que le pays a toujours fait de son islam modéré un atout de richesse, de diversité et de spiritualité.

Soutenir « les droits légitimes des femmes pour un Maroc de justice et d’égalité »

« J’ai toujours prôné une lecture progressiste, réformiste et dépolitisée pour opérer une nouvelle approche de la question des femmes dans l’islam. C’est l’action que j’ai toujours menée à travers la déconstruction des lectures rigoristes et patriarcales, notamment à travers mes différents ouvrages et au sein du Centre d’études féminines, qui est devenu un espace de référence dans la réforme du champ religieux initié par la plus haute autorité politique du pays », plaide la réformiste musulmane.

Remerciant tous ceux et celles qui lui ont témoigné leur solidarité et leur soutien, elle affirme que le plus important aujourd’hui est de soutenir, plus que jamais, « les droits légitimes des femmes  pour un Maroc de justice et d’égalité ».

« J’ai donc pris mes responsabilités. Et comme je l’ai dit dans mon post Facebook : une étape est terminée. Je poursuivrai sereinement et librement mon engagement », conclut-elle.

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