Nigeria : libération de 104 écolières de Dapchi enlevées par Boko Haram

Par Jeune Afrique avec AFP

Lai Muhammed, ministre nigérian de l'Information, à Dapchi, le jeudi 22 février 2018 © AP/SIPA

Les autorités nigérianes ont annoncé la libération de 104 écolières de Dapchi (État de Yobe) ce mercredi matin après un mois de captivité au sein de Boko Haram. Parmi les 110 jeunes filles enlevées le 19 février dernier, certaines seraient décédées.

Nous n’avons « jamais été maltraitées » : Aisha Alhaji Deri, 16 ans, fait partie des 104 écolières relâchées ce mercredi 21 mars, une information annoncée par le ministère nigérian de l’Information et de la Culture. Le 19 février dernier, 110 jeunes filles de 10 à 18 ans avaient été enlevées dans leur pensionnat de l’école pour filles de Dapchi, dans le nord du Nigeria, par des combattants présumés de Boko Haram, affiliés au groupe État islamique.

Les 104 jeunes filles libérées ce mercredi ont été « déposées sur la route, d’où elles ont naturellement rejoint leur foyer », a annoncé Lai Mohamed, le ministre nigérian de l’Information et de la Culture. Le nouveau décompte fait état de 106 enfants relâchés : les écolières de Dapchi, ainsi qu’un garçon et une autre fille, libérés dans les mêmes circonstances.

Quelques heures plus tôt, Bashir Manzo, le dirigeant d’une association d’aide aux parents des enfants enlevés, avait de son côté affirmé que « les filles ont été ramenées dans neuf véhicules et déposées devant l’école vers 8 h 00 [ce mercredi 21 mars, ndlr] ». Elles n’étaient « accompagnées d’aucune force de sécurité », ajoute-t-il, précisant que « leurs ravisseurs les ont juste déposées et sont partis, sans parler à personne ».

Ils « nous ont relâchées, nous ont dit d’aller directement à la maison et pas chez les militaires, parce qu’ils diraient que ce sont eux qui nous ont sauvées », ajoute ainsi Aisha.

Nous avons passé trois jours sur l’eau et ensuite ils nous ont rassemblées sur des véhicules et nous ont dit qu’on rentrait à la maison », détaille Fatima

Fatima Gremah (13 ans), également libérée ce matin, a donné plus de détails sur leur détention : « Ils nous ont dit samedi de monter dans des bateaux. Nous avons passé trois jours sur l’eau et ensuite ils nous ont rassemblées sur des véhicules et nous ont dit qu’on rentrait à la maison ». Selon des sources contactées par l’AFP avant leur libération, les captives auraient été gardées sur des îles du lac Tchad.

Plusieurs jeunes filles décédées

Les autorités nigérianes élaborent actuellement un décompte précis, affirme Bashir Manzo. « [J’ai] une liste des filles manquantes avec moi, et là je me rends à l’école pour faire l’appel et voir si certaines d’entre elles sont toujours disparues », souligne-t-il.

Le jour du kidnapping, cinq d’entre nous sont mortes », déplore Aisha

« Pour l’instant nous savons qu’au moins une d’entre elles est décédée », déplore-t-il toutefois. Un autre père de famille affirme de son côté que « quelques-unes […] ne sont plus en vie ». « Le jour du kidnapping, cinq d’entre nous sont mortes », atteste ainsi Aisha.

« Nous avons de la chance parce que nous sommes jeunes et musulmanes », confie Fatima. « Une d’entre nous, qui est chrétienne, est toujours avec eux. Ils ont dit qu’ils la libéreraient si elle se convertissait à l’Islam ».

La présidence du Nigeria a annoncé sur Twitter que « les détails à propos de la libération des filles de Dapchi seront mis à disposition en temps voulu », tout en indiquant que « les filles sont actuellement entre les mains des services de renseignement (DSS) ».

Accusations d’Amnesty International

Cette libération soudaine soulève des interrogations. Elle intervient en effet le lendemain des accusations d’Amnesty International, mardi 20 mars, qui accusait ainsi l’armée nigériane d’avoir été informée des déplacements de combattants juste avant ce kidnapping de masse, mais de ne pas avoir réagi à temps.

Ce n’est pas le premier kidnapping au Nigeria : les enlèvements de Dapchi font en effet écho à celui de Chibok, en avril 2014, où plus de 200 lycéennes avaient été enlevées, déclenchant une vague d’émotion à l’international. Si une partie d’entre elles se sont depuis échappées ou ont été libérées suite à des négociations avec le gouvernement, plus d’une centaine sont encore introuvables.

Selon les experts, les rançons versées et les prisonniers libérés, en échange de la libération d’une centaine de lycéennes de Chibok, ont pu motiver Boko Haram à commettre un nouveau enlèvement de masse à Dapchi.

Soupçons sur le paiement de rançons

Certains soulèvent en effet des soupçons de rançons. « Cette libération est assez étonnante pour ne pas soulever beaucoup de questions, notamment sur le paiement de rançons », avance ainsi Yan St-Pierre, expert en contre-terrorisme du Mosecom (Modern Security Consulting Group), qui souligne également que les filles de Dapchi ne sont pas les premières otages à avoir été libérées cette année.

Aucune rançon n’a été payée pour libérer les écolières », affirme le gouvernement nigérian

« Si c’est ce qu’il s’est passé, le gouvernement nigérian a dû payer une somme importante pour accélérer le processus et éviter un autre Chibok », à un an de la présidentielle.


>>> A LIRE – Nigeria : à Dapchi, la crainte d’un « nouveau Chibok »


Des soupçons que l’expert n’est pas le premier à soulever. Dimanche dernier, le Wall Street Journal publiait ainsi une enquête sur le paiement de rançons au Nigeria, mettant en lumière le potentiel lucratif des enlèvements pour Boko Haram.

Une accusation réfutée dans la matinée de ce mercredi par les ministres nigérians de la Justice et de l’Information, qui précisent « qu’aucune rançon n’a été payée » pour libérer les écolières.

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici