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Cet article est issu du dossier «Sommet de Kigali : l'UA en route vers la Zone de libre-échange continentale»

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Politique

Union africaine : l’arrivée de Ramaphosa ouvre-t-elle une nouvelle ère entre Rwanda et Afrique du Sud ?

Paul Kagame et Cyril Ramaphosa, lors dun World Economic Forum en Suisse, en janvier 2018. © DR / Présidence sud-africaine.

Après l’arrivée au pouvoir de Cyril Ramaphosa, officiellement élu le 15 février, la mise en place d’une nouvelle administration en Afrique du Sud pourrait ouvrir la porte à une amélioration des relations avec le gouvernement rwandais.

Dans les couloirs du très moderne Convention Center de Kigali, où se déroule le sommet extraordinaire de l’Union africaine censé lancer la Zone libre-échange, ce n’est pas un secret : le départ de Jacob Zuma, au pouvoir en Afrique du Sud depuis 2009, est perçu comme une bonne nouvelle côté rwandais.

« Tous les changements de président donnent naissance à de nouvelles rencontres et sont l’occasion d’un nouveau départ », se contente de commenter un membre de la représentation sud-africaine à l’Union africaine.

Nos administrations ont décidé de mettre les sujets sur la table pour aboutir à une solution et assurer un retour à une forme de normalité

Le symbole est pourtant fort. Mardi en fin de matinée, à l’issue de la première réunion à laquelle il participait dans le cadre du sommet, le président rwandais Paul Kagame s’est absenté du Convention Center pour se rendre à l’aéroport et accueillir personnellement son homologue sud-africain qui assiste, à Kigali, à son premier rendez-vous de l’Union africaine en tant que chef d’État.

Les deux hommes devaient ensuite s’entretenir une heure. « Il y a des problèmes que nous devons régler entre nous et ce rendez-vous sera l’occasion d’aborder ces questions. Ce sont des différends qui durent depuis longtemps, et qui n’ont fait qu’empirer nos relations. Mais nos administrations ont décidé de mettre ces sujets sur la table pour aboutir à une solution et assurer un retour à une forme de normalité », explique à Jeune Afrique Lindiwe Sisulu, ministre des Affaires étrangères sud-africaine.

Les cas Kayumba Nyamwasa et Patrick Karegeya

« Nous nous réjouissons de l’arrivée au pouvoir de Cyril Ramaphosa », glisse un officiel rwandais qui confirme que le changement d’administration, plus précisément le départ de la ministre des Affaires étrangères Maite Nkoana-Mashabane, replacée au ministère du Développement rural et de la Réforme agraire, peut faciliter les rapports entre les deux pays.

Les officiels rwandais reprochaient à Maite Nkoana-Mashabane sa proximité avec l’ancien chef des renseignements militaires du Front patriotique rwandais (FPR), Kayumba Nyamwasa, parti dans l’opposition.

Proche de Jacob Zuma, et ambassadrice d’Afrique du Sud en Inde au moment où Kayumba Nyamwasa y occupait le poste d’ambassadeur du Rwanda, Maite Nkoana-Mashabane était suspectée par les officiels rwandais de garder des liens avec l’opposant, qui vit désormais en exil en Afrique du Sud.

Outre le cas de l’ancien cadre des renseignement rwandais, d’autres contentieux sont régulièrement venus polluer des relations déjà tendues entre les deux pays depuis l’assassinat, en décembre 2013 dans un hôtel de Johannesburg, de Patrick Karegeya, ancien directeur des services de renseignements extérieur rwandais et exilé depuis 2004.

Tensions autour de la méthode Kagame à l’UA

Dernièrement, la tension entre les deux pays s’est notamment cristallisée autour des réformes menées par le président Paul Kagame qui a débuté son mandat à la tête de l’Union africaine en janvier dernier, au sommet d’Addis-Abeba. À l’occasion de ce traditionnel rendez-vous de début d’année de l’organisation panafricaine, le sujet des réformes pour mener à l’autofinancement de l’UA avaient fait débat.

Alors à la tête de la Communauté de développement d’Afrique austral (SADC), Jacob Zuma avait présenté les notes de l’organisation régionale qui critiquaient le manque de consultation de l’administration Kagame dans la conduite des réformes, ce qui avait passablement irrité les diplomates rwandais.

« Certains l’accusent de mener ses réformes avec des méthodes d’homme de village, mais c’est absurde. L’Union africaine n’aime simplement pas voir ses habitudes bousculées », commente l’un d’entre eux. « Les deux hommes présentaient surtout des personnalités trop différentes », constate un observateur.

DR / South African Government

Il est dans notre intérêt commun de trouver une solution qui puisse satisfaire les deux pays

« À l’Union africaine les diplomates n’aiment pas se sentir court-circuités. Paul Kagame ne peut pas mener ses réformes en adoptant constamment la stratégie d’un passage en force. Ce n’est pas comme ça que l’institution fonctionne », explique à Jeune Afrique un membre de la SADC.

Si la ministre sud-africaine des Affaires étrangères Lindiwe Sisulu reconnaît qu’il reste encore certains désaccords qui doivent être débattus sur le projet de Zone de libre-échange, en négociation à Kigali, la diplomate se montre optimiste quant à l’évolution des relations entre les deux pays.

« Je ne sais pas si le changement à la tête de l’État améliorera les choses mais cela amène assurément de nouvelles perspectives. Au fur et à mesure des années nos relations se sont détériorées. Il est dans notre intérêt commun de trouver une solution qui puisse satisfaire les deux pays», conclut-elle.

Les premiers signes d’amélioration ne se sont pas fait attendre. Dès mardi après-midi, le Cyril Ramaphosa a annoncé lors d’une conférence du forum économique prévu dans le cadre du sommet qu’après sa rencontre avec le président Kagame, la question des visas entre le Rwanda et l’Afrique du Sud pouvait être considérée comme « réglée ».

Le président sud-africain a également ajouté que sa ministre des Affaires étrangères, Lindiwe Sisulu, se chargerait avec son homologue rwandaise Louise Mushikiwabo des détails de cette mesure. Les Rwandais pourront à nouveau obtenir leurs visas pour l’Afrique du Sud depuis Kigali.

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