Sécurité

Incendie du marché de Madina à Conakry : plus d’un millier de sinistrés

Le marché de Madina, à Conakry, après l'incendie qui l'a en partie détruit, dans la nuit du 17 au 18 mars 2018. © Diawo Barry pour Jeune Afrique

Un violent incendie a ravagé le marché de Madina, à Conakry, dans la nuit de samedi à dimanche. Aucune victime n'est à déplorer, mais les flammes ont causé d'important dommages matériels, notamment en raison des difficultés d'accès.

Madina, le plus grand marché du pays, est traversé d’est en ouest par l’unique route « Niger », elle-même envahie par des dizaines d’étalages. S’y ajoutent une corniche, qui passe au sud, et des petites ruelles innombrables, certaines sans issues, toutes en mauvais état et sans aucun éclairage public, que se disputent piétons, charretiers et autres gros-porteurs qui déchargent leurs marchandises.

C’est dans ce dédale chaotique, qui est aussi l’un des principaux poumons économiques de Conakry, qu’un violent incendie a démarré peu avant minuit, dans la nuit de samedi à dimanche. Le feu a pris au marché M’Balia, situé à l’ouest de Madina. Les flammes ont ravagé plus de 1500 mètres carrés, et plusieurs dizaines de boutiques et échoppes de vendeurs sont parties en fumées en quelques minutes.

La thèse du court-circuit

L’origine du feu reste encore à élucider. Mais Mohamed Lamine Camara, administrateur adjoint du marché, évoque l’hypothèse d’un court-cuit. Selon lui, « le courant faisait des vas-et-viens, et l’incendie a démarré après la troisième coupure ». Dans un communiqué publié dimanche, le gouvernement guinéen a lui-aussi avancé l’hypothèse du court-cuit, tout en promettant « des investigations complémentaires pour déterminer la cause exacte du sinistre ».


>>> A LIRE – Pourquoi les marchés d’Afrique brûlent-ils ?


Électricité de Guinée (EDG), la société publique, se défend d’avoir manqué à ses obligations. « Aucun de ceux qui sont installés à cet endroit n’est abonné à EDG. Mais ils ont du courant. Il y a des producteurs privés qui leur donnent du courant, en utilisant des câbles qui ne répondent pas aux normes. Avec l’échauffement, la variation de tensions, l’absence de fiabilité des groupes électrogènes entraînent souvent des problèmes », affirme Madiou Diallo, le directeur de communication d’EDG – une société dont le contrat de gestion a été remporté en 2015 par le français Veolia.

« En cas d’incendie, ils accusent EDG. Or, EDG ne donne pas du courant sans les normes », assure encore Madio Diallo. « Aucun commerçant d’ici n’a un abonnement ou une facture. Ce sont les producteurs privés qui alimentent à 90% le marché. La preuve, la zone est isolée depuis hier par EDG, mais vous voyez bien qu’il y a du courant. »

L’enclavement, facteur aggravant

Le représentant d’EDG affirme également que l’entreprise, qui avait un poste isolé de 630 KvA sur place, a fini par l’abandonner, « à cause de l’inaccessibilité ». Car c’est bien l’un des problèmes principaux qui se pose dans ce marché : les occupations anarchiques qui freinent, voire empêchent les interventions des différents services.

Mohamed Lamine Camara renchérit: « Le fait qu’il n’y ait pas d’accès explique l’ampleur des dégâts », renchérit Mohamed Lamine Camara. « Même le gouverneur a sensibilisé durant trois jours les vendeurs sur étals pour les pousser à libérer les accès, afin de faciliter l’intervention en cas d’incendie », assuret-il. Et l’administrateur adjoint de suggérer la mise en place d’une « concertation avec le ministère de l’Habitat et la commune pour urbaniser et assainir Madina ».

Les sapeurs-pompiers sont arrivés rapidement sur les lieux. Boubacar Diallo, foulard sur le nez et la bouche et pèle en main, est au milieu des décombres pour aider un ami commerçant qui a tout perdu. A son arrivée, vers minuit, il assure avoir trouvé les sapeurs-pompiers sur le site, à pied d’oeuvre. « Une heure plus tard, il y avait six camions de secours sur place. Ils ont fait vite », juge-t-il.

Mais les difficultés d’accès ont largement freiné leur travail. « C’est très compliqué voire même impossible (d’intervenir). Il y a tellement d’obstacles. Toutes les issues sont fermées par des conteneurs, des murs à béton et des kiosqu », expliquait dimanche à l’AFP un sapeur pompier intervenu sur l’incendie. Résultat : 352 kiosques détruits, et leurs contenus partis en fumée ; 24 ateliers de couture et 62 étals brûlés, selon un bilan livré par l’administration du marché. Le « Groupe organisé des hommes d’affaires » (GOHA), qui représente une partie des commerçants du marché, parle d’environ « mille personnes sinistrées ».

Fermer

Je me connecte