Start-up de la semaine : Legal Doctrine, la plateforme 2.0 du droit algérien

Tous les textes de loi votés par l'Assemblée populaire nationale seront recensés sur Legal Doctrine. © Anis Belghoul/AP/SIPA

L’entreprise Legal Doctrine propose une plateforme juridique en ligne des textes du droit algérien à destination des professionnels.

Faire tenir tous les textes de loi du droit algérien sur une même plateforme en ligne ? C’est le pari osé qu’a relevé Walid Ghanemi, le fondateur du site internet Legal Doctrine. Au total il lui aura fallu près de cinq ans de travail pour rassembler tous les textes législatifs, retrouver les jurisprudences, retranscrire certains recueils manuscrits à l’ordinateur… Un travail de longue haleine qui a abouti en février à la création d’une base de données regroupant près de 9 000 lois, 70 000 décrets, 300 000 articles et 1 000 jurisprudences du droit algérien.

Complexité du droit algérien

« J’ai commencé tout seul, au début je ne voulais parler à personne de mon projet parce que la mission était énorme, je n’étais pas sûr d’y arriver. J’ai travaillé comme un dingue », se rappelle l’autoentrepreneur algérien de 27 ans. Malgré l’ampleur de la tâche, Walid Ghanemi ne baisse pas les bras : il y consacre ses week-ends et ses vacances, alors qu’il travaille en parallèle dans plusieurs grands cabinets d’audit et de conseils : KPMG, Ernst & Young et aujourd’hui PricewaterhouseCoopers (PwC) où il officie comme auditeur senior depuis 2015.

Il était très difficile de se procurer un texte de loi, et puis on ne sait pas s’il a été modifié, s’il est toujours d’actualité

C’est d’ailleurs au cours de ses différentes expériences professionnelles qu’il réalise la complexité de l’accès à l’information juridique en Algérie. « Depuis le début de ma carrière, je me suis aperçu qu’il était très difficile de se procurer un texte de loi. On peut mettre plusieurs jours pour retrouver celui qui nous intéresse, et puis on ne sait pas s’il a été modifié, s’il est toujours d’actualité, etc. », explique le jeune homme, diplômé d’une licence en droit des affaires et d’un master de gestion et d’audit financier de l’École supérieure algérienne des affaires, à Alger.

Peu à peu le projet prend forme : il commence à en parler à sa famille et à ses proches qui le soutiennent. Grâce à leur aide et à ses propres économies, l’Algérien investit 10 000 euros et lance en septembre 2017 son entreprise. Le site web Legal Doctrine voit le jour quelques mois plus tard, le 18 février.

« Mettre le Big Data au service du droit »

« Legal Doctrine est une plateforme qui regroupe toute la législation algérienne depuis 1962 dans le secteur bancaire, fiscal, commercial, social ou encore dans le BTP accessible en quelques clics grâce à un système d’algorithmes de recherche », détaille Walid Ghanemi.

L’abonné bénéficie d’un accès à une base de données des textes de loi mais également à un dictionnaire juridique et économique ainsi qu’à une assistance composée de juristes disponibles « 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 » via un chat en ligne.

Autre fonctionnalité : la plateforme peut aussi aider l’utilisateur à produire le document juridique dont il a besoin et à créer son entreprise en ligne. « Notre objectif est de mettre le big data au service du droit » souligne l’autoentrepreneur.

Nous avons des clients français, suisses, italiens. Ils n’ont pas de visibilité sur le droit en Algérie

Côté prix, le coût de l’abonnement, annuel, varie entre 4 990 à 12 5000 dinars par mois (de 35 à 90 euros environ) selon la formule choisie, avec essai gratuit.

S’il est « encore trop tôt » pour se prononcer sur son chiffre d’affaires, Walid Ghanemi espère arriver à la rentabilité en 2019 grâce à un business model pensé sur un système d’abonnements.

En un mois, l’entreprise, basée à Baba Hassen en banlieue d’Alger, compterait déjà « près d’une centaine » de clients parmi lesquels : des autoentrepreneurs, des professions libérales, des PME et des entreprises multinationales, algériennes mais aussi étrangères. « Nous avons des clients français, suisses, italiens. Ils n’ont pas de visibilité sur le droit en Algérie alors nous les aidons à retrouver les textes et à les décoder », précise le fondateur.

Désormais il ne travaille plus seul, son équipe est composée d’une dizaine de salariés et de collaborateurs juristes, programmateurs et marketeurs. Le chef d’entreprise, qui préfère rester discret sur la suite de ses projets pour l’entreprise, confie qu’il travaille sur l’arrivée d’une version de la plateforme Legal Doctrine « en arabe d’ici la fin de l’année et en anglais pour 2019 ».

Fidèle à lui-même Walid Ghanemi préfère avancer avec prudence : « On ne veut pas se brûler les ailes, il faut d’abord que notre service soit parfait ici en Algérie avant de penser à s’exporter à l’international », conclut-il.

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