La guerre de la banane continue

Écrit par Pascal Airault

Moins d’un mois après l’échec des négociations sur le commerce mondial à Genève, l’Union européenne a fait appel le 29 août de l’accord proposé par l’Organe de règlement des différends de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) visant à régler son contentieux avec les producteurs latino-américains de bananes représentés par les États-Unis et l’Équateur. Cet accord prévoyait de ramener d’ici à 2016 le droit de douane européen sur la banane dite « dollar » (produite en Amérique latine) à 114 euros par tonne, contre 176 euros actuellement. Ce qui représentait un danger pour les producteurs d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (les pays ACP), qui bénéficient quant à eux d’un accès au marché européen en franchise de droits, un avantage qu’ils estiment nécessaire à la survie de leur filière.
« À moins de 150 euros de taxe par tonne, nous craignons des opérations de dumping de la part des Latino-Américains et une baisse des prix », indique Pierre Arnaud, vice-président de la Compagnie fruitière, spécialisée dans la banane et l’ananas en Côte d’Ivoire, au Cameroun et au Ghana. Les pays ACP et les représentants des producteurs antillais se sont retrouvés au Cameroun les 25 et 26 août et ont lancé « l’appel de Yaoundé », dans lequel ils appellent les autorités européennes à ne pas hypothéquer leur avenir. Une opération de lobbying, soutenue par le ministre français de l’Agriculture, Michel Barnier, qui vise à faire pression sur Peter Mandelson, le commissaire européen au Commerce, plus enclin à mettre fin à la « guerre de la banane », qui empoisonne les relations transatlantiques depuis le début des années 1990. Les multinationales américaines Dole, Chiquita et Del Monte ne devraient pas tarder à réagir, même si elles contrôlent déjà 95 % des exportations vers l’Europe (17 millions de t en 2007) contre un peu plus de 800 000 t pour les pays ACP. Le Cameroun (250 000 t), la Côte d’Ivoire (220 000 t), la République dominicaine (200 000 t) et le Ghana (50 000 t) sont les principaux exportateurs vers le Vieux Continent.

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