Justice

Cameroun : les conseils de Jean-Marie Atangana Mebara pour survivre à l’opération Épervier

Jean-Marie Atangana Mebara, ancien secrétaire d'Etat à la présidence du Cameroun.. © UN Photo/Devra Berkowitz

Faut-il s’attendre à une nouvelle série d’arrestations en lien avec l’opération anti-corruption « Épervier » ? Après le remaniement ministériel, les rumeurs vont bon train, ce qui a poussé Jean-Marie Atangana Mebara, détenu depuis 2012, à s’exprimer depuis sa cellule.

Basile Atangana Kouna, ancien ministre de l’Eau et de l’Énergie, Edgar Alain Mebe Ngo’o, ex-ministre des Transports, Louis Ayina Ohandja, ancien directeur à l’Université de Douala. Les trois noms sont abondamment cités comme de probables futurs inculpés dans l’opération Épervier, vaste filet anti-corruption lancé en 2006 par le chef de l’État, Paul Biya.

Pour le moment, aucun d’entre eux n’a encore été officiellement inquiété. Mais les rumeurs vont bon train. Et les murs de la prison de Kondengui, à Yaoundé, ne les ont pas stoppées. À l’intérieur, dans la cellule qu’il occupe depuis 2012, Jean-Marie Atangana Mebara, l’ancien secrétaire général de la présidence, n’a pas manqué d’y prêter l’oreille. Il a même réagi, avec un humour que tout le monde n’appréciera pas.

Dans un texte diffusé mercredi 14 mars, l’ancien secrétaire général de la présidence, lui-même condamné dans le cadre d’Épervier pour détournement de fonds publics, a offert ses conseils « à vous qui avez quelque raison de penser que vous êtes dans le viseur, ou simplement que vous pourrez un jour être dans le viseur de l’opération « Épervier » ».

« S’entraîner à utiliser les toilettes à la turque »

« Voici quelques infos, quelques trucs qu’il est bon de connaître (…). Il s’agit de choses sans importance, lorsque vous êtes en liberté », écrit Atangana Mebara. « Dès les premières rumeurs sur l’envoi des services du contrôle supérieur de l’État (…), renseignez-vous auprès de cadres de ces services (…). Ne sollicitez pas les ministres. Comme chacun a peur de perdre son maroquin, aucun ne vous donnera la bonne information. Les courageux et honnêtes vous diront qu’ils sont tenus par une obligation de réserve, les falots vous diront qu’ils ne sont pas au courant », poursuit-il.

Et le prisonnier de Kondegui d’égrener ses conseils : « vous faire quelques amis (…) parmi les conseillers (…) de la présidence », « mettre en ordre vos dossiers [et] mettre en sécurité (…) tout document dont vous pourriez avoir besoin un jour », faire « un bilan de santé », « recevoir ou actualiser les vaccins essentiels », « mettre en ordre votre situation financière », « vous exercer à dormir dans des lits pour enfant », apprendre « à dormir dans une pièce, avec six ou sept personnes », « s’entraîner à utiliser les toilettes à la turque », « pratiquer l’abstinence », faire « un tour dans une morgue, pour voir emporter des corps »…

Un « labyrinthe des humiliations et du déshonneur »

« Préparez-vous à franchir la porte d’entrée du labyrinthe des humiliations et du déshonneur », prévient Jean-Marie Atangana Mebara, qui raconte sa propre histoire, sous forme de mise en garde. Insalubrité, bruit, suspicion, haine, absence de sommeil et d’hygiène, maladies contagieuses, « odeurs nauséabondes de toilettes sales » ou « d’individus qui ont pris leur dernière douche quelques semaines auparavant »…

L’ancien collaborateur de Paul Biya tombé en disgrâce dresse un portrait qui dérange. Celui d’une prison insalubre, pour les anciens puissants comme pour tous les autres, et d’une opération « mains propres » dont beaucoup doutent de l’équité. Il prévient enfin : « À vous qui pensez avoir essayé, toute votre carrière durant, d’être un serviteur de l’État, (…) vous qui pensez bénéficier d’une immunité à vie, ceci pourrait vous être utile un jour ».

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