Elections

Tunisie : l’intenable position de Youssef Chahed

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Frida Dahmani est correspondante en Tunisie de Jeune Afrique.

Youssef Chahed, chef du gouvernement tunisien, devant l'Assemblée des représentants du peuple. © Hassene Dridi/AP/SIPA

A quelques semaines des élections municipales du 6 mai 2018, le Premier ministre tunisien est dans une position de plus en plus difficile : ses marges de manœuvre se réduisent à mesure qu'il perd des alliés. État des lieux.

Le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, est donné pour partant depuis plusieurs semaines. Toujours en poste, mais avec des marges de manœuvres singulièrement rétrécies, le locataire de la Kasbah a surtout perdu l’appui de la centrale syndicale et du patronat ainsi que de partis signataires de l’accord de Carthage. Résultat, une tension politique malvenue, à quelques semaines des élections municipales du 6 mai 2018.

Beaucoup appellent au départ de Chahed, ou au moins à un remaniement pour les portefeuilles du Commerce, du Développement, de la Coopération internationale et de l’Investissement, dont les résultats ne sont pas probants en matière de contrôle de la balance commerciale et de relance de l’investissement.

Les poings liés

Les signataires de l’accord de Carthage, réunis le 12 mars par le président de la République, Béji Caïd Essebsi, ont temporisés en instaurant une commission chargée d’évaluer le gouvernement et de dresser une nouvelle feuille de route fixant les priorités économiques et un agenda pour la période à venir. Une parade qui n’aura cependant pas d’impact réel sur le rendement immédiat de l’exécutif, puisque le sort du gouvernement Chahed sera scellé avec la publication de ce nouveau programme de l’exécutif.


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Dans les faits Chahed a les poings liés. La lutte contre la corruption, qu’il a lancée, est accusée d’épargner les politiques véreux et de rester sans grands résultats tangibles. Mais sa politique a surtout été prise en otage par les partis majoritaires – Ennahda et Nidaa Tounes – qui lui imposent aussi bien leur volonté que certains hommes de son équipe. Le chef de l’exécutif est également pris sous le feu des surenchères de l’Union Générale Tunisienne du travail (UGTT) et les critiques de la Centrale patronale.

Sur la sellette

Désormais les signataires de l’accord de Carthage lui demandent d’exécuter les directives données par la feuille de route qu’ils ont établie. Sans plus. Ni plus ni moins qu’un travail de gestion des affaires courantes ; un camouflet pour celui qui pronostiquait en novembre 2016 la reprise avec un tonitruant « Tunisia is back ».

À cette aune, difficile pour Chahed de regagner en crédibilité. Les Tunisiens attendaient de lui de l’audace, des décisions et des prises de position fermes et qu’il soit simplement dans son rôle de chef du gouvernement. Les contraintes partisanes et économiques ont fait de lui un Premier ministre.


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Il sait désormais qu’il est sur la sellette et que son mandat risque d’être révoqué avant l’été ; l’issue la plus honorable, est qu’il dénonce publiquement les pressions qu’il subi et prenne des initiatives quitte à déranger les signataires de Carthage. Il y risquerait son poste, mais c’est déjà le cas. Il en sortirait surtout avec une nouvelle crédibilité qui contrebalancerait l’actuelle perte de confiance. Mais Chahed doit aussi se rassurer, la répartition des pouvoirs rend le pays ingouvernable, Habib Essid, son prédécesseur en a fait l’expérience, son successeur la fera aussi.

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